Charles Palant (né en 1922)

palantArrive à Buchenwald le 26 janvier 1945, matricule 122453.
Né de parents juifs polonais arrivés en France peu avant sa naissance, Charles Palant grandit dans le quartier de Belleville, à Paris. Le père est ouvrier tailleur et travaille dur. Il tombe malade et décède alors que le petit Charles n’a que 11 ans. Sa mère doit assurer la survie de la famille, qui comprend quatre enfants. après avoir obtenu le certificat d’études, Charles entre au cours complémentaire puis commence bientôt à travailler comme apprenti maroquinier. Il adhère à la CGT et, après une prise de parole remarquée – il n’a alors que 14 ans –, il est élu délégué syndical. A 15 ans, il est membre de la LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme), future LICRA. En mai 1941, il passe la ligne de démarcation vers Lyon, où sa famille le rejoint l’année suivante. Il a 21 ans lorsque, le 17 août 1943, il est dénoncé et arrêté avec sa mère et sa sœur par la Gestapo. Son frère, de cinq ans son cadet, absent de la maison, échappe à l’arrestation. après plusieurs semaines de détention au fort Montluc, Charles, sa mère et sa sœur sont conduits au camp de Drancy. Le 7 octobre, ils font partie du convoi n° 60 vers Auschwitz-Birkenau. Des mille Juifs de France de ce convoi, deux cent soixante jeunes hommes sont sélectionnés pour le travail et transportés vers le camp tout proche de Buna-Monowitz. La, les plus anciens leur apprennent le sort funeste des femmes et des hommes, des enfants et des vieillards arrivés par le même train. « On comprend que si on cède au chagrin, on est mort », dit-il dans un témoignage où il raconte « la descente dans l’animalité » des déportés de Buna-Monowitz (Auschwitz III).
En janvier 1945, devant l’avancée de l’armée soviétique, les camps de Haute-Silésie sont évacués vers l’extérieur du Reich. Un long cortège de 60 000 déportés se met en route sous la garde des SS, qui impitoyablement abattent ceux qui, épuisés, ne peuvent plus avancer. après des jours et des jours de marche, des wagons découverts emportent les survivants vers divers camps de concentration en Allemagne. C’est ainsi que Charles Palant arrive à Buchenwald le 26 janvier 1945. Dans Je crois au matin, il parle des conditions de travail, les appels interminables, le matin et le soir, la promiscuité, la sous-alimentation, le manque d’hygiène, les hurlements et les brutalités des SS que secondent d’impitoyable Kapos, souvent issus de la pègre et qui ont eu rapidement raison du plus grand nombre. Il évoque aussi l’esprit de résistance des hommes face à la barbarie des bourreaux, pour sauvegarder la dignité, condition première de la survie, et pour rester solidaire des compagnons d’infortune.
Le 11 avril 1945, Buchenwald est libéré. Comme une centaine de compatriotes survivants, il adhère au Parti communiste français. Ce fut pour lui « l’engagement de prendre part à la construction d’un monde plus fraternel et plus juste, plus libre et plus tolérant entre les hommes, un monde apaisé et d’amitié entre les peuples », comme il le dira soixante ans plus tard dans un discours marquant prononcé au congres des anciens déportés de Buchenwald. Rapatrié le dernier dimanche d’avril, Charles Palant reprend bientôt sa place de militant contre le racisme. Il est élu au comité central de la LICRA. En 1949, il participe à la création du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix (MRAP) dont il devient, en 1950, le secrétaire général, poste qu’il va occuper pendant vingt et un ans, avant d’en devenir le vice-président. En 1993, il est à l’origine du monument à la mémoire des disparus de Buna-Monowitz, au cimetière du père-Lachaise, à Paris. Charles Palant est vice-président de l’Union des déportés d’Auschwitz, administrateur de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et, depuis 1983, membre de la Commission nationale consultative des Droits de l’homme.

Extrait de BUCHENWALD PAR SES TEMOINS, Histoire et dictionnaire du camp de concentration de Buchenwald-Dora et de ses kommandos (1937-1945), éditions Belin, 2014

buchenwald

Auteurs : Dominique Orlowski (dir), membre de l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos, Michelle Abraham, Hélène Houssemaine-Florent, Jeanne Ozbolt et Dominique Durand, filles et fils de déporté français ainsi que Franka Gunther, petite-fille de déporté allemand. Préface de Bertrand Herz, ancien déporté, président du Comité International Buchenwald-Dora et Kommandos.

COMMANDEZ L’OUVRAGE

SITE DES ÉDITIONS BELIN

Découvrir le témoignage en vidéo de Charles Palant