Julien Cain (1887-1974)

Auguste Favier : J. Cain, directeur de la Bibliothèque Nationale.
Auguste Favier : J. Cain, directeur de la Bibliothèque Nationale.Arrive à Buchenwald le 24 janvier 1944, matricule 42170.

Fils d’un imprimeur parisien, juif d’origine lorraine, Julien Cain est agrégé d’histoire. Mobilisé en 1914 dans l’infanterie, il est grièvement blessé en 1916. Reconnu inapte, il est affecté en 1917 au service de documentation étrangère commun aux ministères de la Guerre et des Affaires étrangères. Julien Cain est nommé, en 1930, administrateur général de la Bibliothèque nationale, avec pour mission de la réorganiser. En 1936 et 1937, il se trouve associé à la politique culturelle du Front populaire, où il promeut une action en faveur du livre et des bibliothèques. Il y développe les « bibliobus » et les bibliothèques pour enfants. Son activité déborde le cadre national, puisqu’il est également membre de la Commission de coopération intellectuelle de la Société des nations. En mars 1940, refusant la défaite, il cherche à rejoindre l’Afrique du Nord mais n’y parvient pas et revient à Paris. Révoqué de la Bibliothèque nationale par le gouvernement de Vichy, il est arrêté en 1941, incarcéré à la prison de la Santé pour « agissements antiallemands », puis transféré au fort de Romainville. Après un passage par le camp de Royallieu, à Compiègne, il est déporté à Buchenwald par le convoi I.172, parti le 22 janvier 1944. « Hospitalisé » par le docteur Joseph Brau, radiologue du Revier, il se remet d’une angine qui aurait pu évoluer de façon dramatique, et est affecté à des tâches de traducteur aux archives politiques du camp. Au milieu des pires horreurs, il conserve sa foi dans l’avenir et l’insuffle à ses camarades du Block 34, auxquels il lit des passages de Valéry, Maupassant, Goethe, Schiller…, ne perdant jamais l’espoir d’être « l’an prochain, à la Nationale ». Rapatrié en France après la libération du camp, Julien Cain retrouve aussitôt son poste d’administrateur général de la Bibliothèque nationale.
Des le 16 novembre 1945, il est à Londres, où il participe à la création de l’Unesco, dont il sera élu vice-président du conseil exécutif l’année suivante. En 1946, il cumule les charges d’administrateur de la Bibliothèque nationale, de directeur des Bibliothèques de France et de la Lecture publique, de président du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS), qu’il rattache à la Lecture publique. Il a aussi l’occasion de revenir à l’histoire, sa vocation première, comme président de la Commission d’histoire de la Déportation au sein du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et comme président de la Commission d’histoire économique et sociale de la Révolution française (1959). Il prend sa retraite en 1964.

Extrait de BUCHENWALD PAR SES TEMOINS, Histoire et dictionnaire du camp de concentration de Buchenwald-Dora et de ses kommandos (1937-1945), éditions Belin, 2014

buchenwald

Auteurs : Dominique Orlowski (dir), membre de l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos, Michelle Abraham, Hélène Houssemaine-Florent, Jeanne Ozbolt et Dominique Durand, filles et fils de déporté français ainsi que Franka Gunther, petite-fille de déporté allemand. Préface de Bertrand Herz, ancien déporté, président du Comité International Buchenwald-Dora et Kommandos.

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