Histoire du camp de Buchenwald

L’HISTOIRE COMPLEXE DE BUCHENWALD

“O Buchenwald, ich kann dich nicht vergessen… »

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Grille de la porte d’entrée du camp de Buchenwald « Jedem das Seine » : « A chacun son dû »

En décembre 1938, un chant solennel monte des rangs des prisonniers en rangs par cinq qui se rendent au travail sous l’œil vigilant des S.S. « Ô Buchenwald, je ne pourrai t’oublier ». Les paroles sont sobres, les vers remarquablement façonnés. La musique est lente, chargée de douleur et d’espoir. Deux musiciens autrichiens, Lôhner Beda et Hermann Leopoldi ont composé le chant. Lôhner Beda avait été le librettiste du célèbre Franz Lehar. Le commandant S.S. du camp, Koch, avait exigé des détenus qu’ils créent un hymne de Buchenwald. Les plus graves sanctions avaient été promises en cas de défaillance. Finalement la tâche revînt à deux professionnels. Mais comme ils étaient juifs, il n’avaient pas le droit d’écrire ou de composer. Leurs noms demeurèrent donc secrets et le Kapo de la poste fut désigné comme auteur. Il y trouva quelques marks de récompense.

Photographie d’Ilse KOCH et du commandant KOCH, son mari©AFBDK
Photographie d’Ilse KOCH et du commandant KOCH, son mari©AFBDK

Les rares survivants allemands et autrichiens de cette époque n’ont jamais oublié ce que fut l’apprentissage du Chant de Buchenwald sous les ordres du commandant S.S. et de son État-major, tous ivres, qui les firent répéter des heures durant, dans la nuit glaciale, jusqu’à obtenir un ensemble parfait. Ce fut une séance de torture. Mais le chant était beau et donnait du courage. Il fut interprété par la suite, chaque jour, lorsque les colonnes de détenus partaient au travail. Aujourd’hui encore, les Allemands anciens de Buchenwald le chantent avec émotion lors des cérémonies commémoratives.

-I-

NAISSANCE D’UNE TOUR DE BABEL

Photographie des premiers détenus allemands arrivant à Buchenwald le 17 juillet 1937©AFBDK

A quelques exceptions près, les Français déportés à Buchenwald n’ont jamais connu ce chant. Au cours des dernières années de la guerre, les Allemands et les Autrichiens n’étaient plus qu’une minorité. La grande masse des détenus était constituée d’étrangers. Il n’était plus question de les faire chanter en chœur, de surcroît en allemand…

Cet aspect des choses traduit l’ampleur des mutations qu’à connues le camp de concentration nazi de Buchenwald au cours des huit années de son existence. Ce serait abusivement déformer son histoire que de l’homogénéiser et d’en donner une image unique. Ce qu’ont connu ses derniers occupants était très différent de ce que fut la vie des déportés étrangers des premières années de la guerre et, plus encore, des abominables conditions d’existence des derniers arrivés, provenant, fin 1944 et début 1945, des camps évacués de l’Est, généralement de Pologne, notamment d’Auschwitz.

Ces différences s’expriment tout d’abord dans l’origine des détenus et dans leur nombre. Au début, il n’y a que des Allemands. En 1938, au lendemain du pogrom dit Nuit de Cristal, les premiers juifs allemands sont internés. Fin 1938, après l’annexion de l’Autriche, arrivent des antifascistes et des juifs autrichiens, ceux-ci étant souvent des intellectuels (médecins, avocats, artistes, etc.) Jusque là, il s’agit uniquement de germanophones.

Les choses vont changer au fur et à mesure des conquêtes de la Wehrmacht. Ce sont d’abord des Tchèques qui arrivent, puis des Slovaques ; ensuite des Polonais. Des pays occupés de l’Ouest européens, les Hollandais sont suivis des Belges, des Luxembourgeois, puis des Français. Ces derniers, au début, sont souvent passés par Sachsenhausen. Sur le plan des nationalités, les derniers sont les Italiens, soit qu’ils aient été transférés de camps mussoliniens, soit qu’ils fussent victimes de la répression qui frappe la Résistance ou même qu’ils soient des militaires prisonniers de guerre après la chute de Mussolini. Ceux-là seront majoritairement transférés à Dora. Nous verrons par la suite qu’il existait également des différenciations sans rapport direct avec la nationalité.

De 149 à 86.000

L’évolution de la situation à Buchenwald tient, nous l’avons dit, en grande partie au nombre des détenus rassemblés. On ne “gère” pas quelques milliers de prisonniers comme on le fait lorsqu’ils sont des dizaines de milliers. Cela va, pour ainsi dire, de soi. Or lorsque le camp est fondé, le premier “appel” recense 149 détenus. Dès la fin de l’année, ils sont 2.561. En 1939, ils sont 11.807. Le chiffre tombe à 7.440 en 1940, atteint 9.517 en 1942, 37.319 en 1943, 63.048 en 1944. Dans les premiers mois de 1945, c’est-à-dire avant la libération, 43.823 d’entre eux sont au camp même, les autres, soit à peu près le même nombre, dans des Kommandos extérieurs, quoique cette comptabilité soit quelque peu différente selon les sources, surtout pour les derniers mois de la guerre. De 1937 à 1945, 238.980 détenus ont été immatriculés à Buchenwald. Le nombre officiel des morts dûment enregistré est de 56.545.

Ajoutons pour être précis, que les effectifs officiels sont de 80.297 en janvier 1945, de 86.232 en février et de 80.436 en mars. Au cours de ce trimestre, le nombre des morts s’élève à 2.002 en janvier, 5.523 en février et 6.948 en mars.

Tous ces chiffres figurent dans les statistiques officielles des S.S. et peuvent être considérés comme relativement exacts.

-II-

Les éléments que nous venons de produire permettent de comprendre pourquoi toute relation historique concernant Buchenwald doit tenir compte de périodisations particulières.

Mais il lui faut, en outre, ne pas négliger les rôles successifs attribués par les nazis aux camps de concentration en général et à Buchenwald en particulier.

Les camps de concentration ont eu, à l’origine, pour but d’écarter de la société ceux qui représentaient un danger pour l’établissement d’un système politique fondé sur la destruction de la démocratie et l’instauration d’un ordre fasciste caractérisé par le principe de la primauté de la “race” allemande et de l’obéissance au Führerprinzip totalitaire, c’est-à-dire à la soumission absolue à une “élite” disposant de tous les pouvoirs en toutes matières.

DES VERTS ET DES ROUGES

Les premières victimes de ce système furent donc les opposants qui se manifestaient comme des ennemis irréductibles du nazisme. C’est pourquoi on vit capturés et mis hors d’état de nuire d’abord les communistes, considérés par Hitler comme d’incorrigibles adversaires, puis les social- démocrates et, enfin, tous ceux qui entraient dans cette catégorie. On vit ainsi l’arrestation et l’incarcération de démocrates de diverses tendances, à commencer par des libéraux chrétiens ou, tout simplement, hostiles au nouveau régime, ceux-ci restant d’ailleurs minoritaires. On leur adjoignit peu à peu dans les camps des criminels de droit commun, des personnes considérées comme “nuisibles” et “inadaptables”, tels les chômeurs (traités de “saboteurs”) ou les homosexuels.

Dans une première phase, tous ces suspects entrèrent dans les camps sous prétexte de “rééducation”, le régime le plus sévère leur étant voué.

De tous, les politiques étaient les plus visés, notamment les communistes, bêtes noires du régime, que l’on s’efforça de placer sous le contrôle des éléments les plus criminels, munis d’un triangle vert alors que les politiques se voyaient attribuer un triangle rouge. De là une lutte sans merci entre les verts, hommes de sac et de corde, qui servaient les S.S., maîtres des camps à la suite des S.A, en mettant aux services de leurs maîtres leurs sens de la rapine et de la cruauté. Ce système resta en vigueur jusqu’au bout dans la plupart des camps et il fallut aux politiques de longues années de combat pour prendre le dessus et, dans quelques cas, de l’emporter pour l’essentiel. Telle fut l’évolution pour Buchenwald et cela changeait tout.

A partir de 1942, les politiques avaient réussi à occuper les postes principaux de l’administration interne du camp, l’arrivée d’antifascistes étrangers renforçant peu à peu -et non sans difficultés- la prééminence des rouges sur les verts. A Buchenwald, ce phénomène fut particulièrement bénéfique aux déportés. Mais il ne changeait évidemment pas le caractère meurtrier d’un système fondamentalement destiné à éliminer par la mort ceux qui étaient considérés comme les ennemis du Reich hitlérien.

Himmler à Weimar le 6 novembre 1938. Photo prise par Theodor Hommes, un garde SS de Buchenwald (mars 1938-janvier 1939)

QUESTION D’ÉCONOMIE

L’autre aspect fondamental de l’évolution des camps fut la décision par les plus hautes autorités de l’État et de l’industrie de mettre à la disposition de l’économie de guerre la main d’œuvre quasiment gratuite des camps. Des usines furent installées dans l’enceinte du camp (usine Gustloff, par exemple ou MIBAU SIEMENS) et une grande partie des détenus fut envoyée dans des Kommandos extérieurs (parfois fort éloignés de Buchenwald) où les industriels alléchés par cette masse de travailleurs corvéables à merci faisaient tourner leurs usines et grossir leurs bénéfices. C’est dans ces conditions qu’arrivèrent à Buchenwald (comme dans les autres camps) des milliers de Français, surtout à partir de 1943. Voici les dates des principaux transports arrivés de Compiègne et de Bruxelles en 1943 et 1944 à la suite des décisions baptisées Aktion Meerschaum (écume de mer) et Fruhlingswind (vent de printemps) :

21/05/43 : 50 détenus (qui passèrent d’abord par Mauthausen)

27/06/43 : 962

04/09/43 : 896

18/09/43 : 926

30/10/43 : 911

16/12/43 : 921

19/01/44 : 1 940

24/01/44 : 1 991

29/01/44 : 1 580

09/05/44 : 907 (arrivant de Bruxelles)

14/05/44 : 2 052

14/05/44 : 1 667 (arrivant d’Auschwitz)

22/05/44 : 891 (arrivant de Bruxelles)

19/06/44 : 574 (arrivant de Bruxelles)

03/07/44 : 435

06/08/44 : 1 080

10/08/44 : 827

20/08/44 : 1 650

21/08/44 : 285

05/02/44 : 1 246 (arrivant de la prison de Gross Sterlitz)

Soit, au total, pour cette seule période, 21 851 détenus, dont quelques 2 000 Belges.

Ces simples chiffres donnent une idée de l’ampleur de la déportation à partir de la France (et de la Belgique), étant précisé qu’il s’agit du nombre de déportés arrivant vivants, sans que soient comptabilisés par les S.S. les morts durant le voyage ou les évadés. La grande masse de ces déportés étaient des Français ou des Belges, mais figuraient également parmi eux des étrangers arrêtés dans l’un ou l’autre des deux pays.

•Photographie d’un document tapuscrit en allemand, de la Farbenindustrie au Dr. HOVEN, le 18 février 1943 © AFBDK
Photographie d’un document tapuscrit en allemand, de la Farbenindustrie au Dr. HOVEN, le 18 février 1943 © AFBDK

-III-

Une grande part de ces déportés -de même que ceux qui arrivèrent avant ou après eux- ne séjourna que peu de temps à Buchenwald avant d’être mutés dans des Kommandos extérieurs, notamment à Dora et dans ses annexes, camps terribles dont il est question ci-après, ou dans d’autres lieux (usines, mines, chantiers souterrains ou ferroviaires qui sont également évoqués plus loin). Avant leur départ, ils étaient parqués en quarantaine dans le petit camp dont faisait partie le Zeltlager (camp des tentes) où les conditions de vie étaient beaucoup plus difficiles que dans le grand camp où une certaine organisation et des Blocks en ciment ou en bois offraient des lieux de détention plus sûrs.

DES CONDITIONS TRÈS DIFFÉRENTES

Tous les détenus restant au camp étaient affectés à un travail. La complexité des tâches dans l’administration d’une ville qui finit par comprendre près de 40 000 habitants supposait un nombre considérable d’équipes de travail qui étaient toutes placées sous la direction d’un S.S. et d’un Kapo détenu, assisté parfois par un Vorarbeiter. Dans les entreprises industrielles, des Meister civils faisaient, en plus, office de contremaîtres.

Ces équipes connaissaient des conditions de travail très différentes les unes des autres. Très dures étaient celles de la carrière ou des vidangeurs (Kommandos disciplinaires) ou, dans les débuts, de la construction (bâtiments, routes, etc.) ; plus favorables celles des électriciens ou des éplucheurs de pommes de terre, pour ne citer que ces exemples.

Les employés de la désinfection ou des douches, des cuisines ou les tailleurs connaissaient des conditions de travail infiniment plus favorables que les transporteurs de cadavres. Mais partout régnait l’ombre de la mort. L’arbitraire S.S. n’avait pas de limite. Oublier de se découvrir à temps devant le représentant de la «race» des maîtres pouvait valoir aussi bien un coup de poing ou de matraque qu’une balle de revolver. La pendaison ou le supplice du chevalet sur lequel était attaché un coupable que l’on battait souvent jusqu’à la mort n’était jamais exclus.

Les kommandos qui étaient chargés de l’incroyable bureaucratie S.S. n’étaient pas à l’abri de répressions furieuses. Qu’il s’agisse de l’Arbeitsiatistik, chargée des affectations aux travaux les plus divers et des départs en Kommandos extérieurs, ou la Politische Abteilung -en fait la Gestapo-, ou encore de la Schreibstube (Secrétariat), les détenus employés vivaient sous une menace constante dans la mesure où leur rôle militant était de saboter les mesures décidées par la S.S. et de favoriser leurs camarades au détriment de la machine nazie comme ce fut le cas après la mise en place de détenus politiques de toute confiance.

Autre photographie de Himmler visitant le camp©AFBDK

TOUT LE MONDE NE SAVAIT PAS

En fait, à Buchenwald, rien ne peut s’expliquer sans la Résistance. A partir du moment où les antifascistes allemands parvinrent à s’emparer, au prix d’une lutte parfois sanglante, de l’administration interne du camp, c’est-à- dire, en gros, à partir de 1942, ils parvinrent peu à peu, en donnant aux S.S. l’illusion qu’ils feraient mieux que les droits commun régner l’ordre dans le camp, jusqu’à installer une sorte de police (Lagerschutz) qui, en réalité, était une formation militaire clandestine entièrement dévouée à la survie des détenus.

Des déportés étrangers – notamment français – purent renforcer leurs rangs. Quand les menaces de bombardements se firent plus certaines, ils purent renforcer le corps des pompiers et mirent sur pied des équipes de secouristes qui, en réalité, permirent de renforcer l’organisation de la Résistance.

Tout cela ne se fit pas, évidemment, sans difficultés, ni, parfois, incompréhension de la part de ceux qui n’étaient pas au courant de ce travail souterrain, et c’était, forcément, pour mille raisons, le plus grand nombre. Il fallut, de même, faire preuve de beaucoup d’intelligence et de courage pour organiser le sabotage de la production de guerre dans les usines du camp, la Gustloff, notamment.

Les autorités militaires, industrielles et policières avaient d’ailleurs fini par s’apercevoir que le sabotage était massif. Une commission d’enquête s’installa dans le camp. Son travail ne fut interrompu que par le bombardement qui, le 24 août 1944, détruisit complètement les usines d’armement. Ce fut une occasion inespérée pour les détenus organisés de la Résistance de s’emparer d’armes en quantité importante en vue des combats espérés de la libération.

-IV-

Tout cela n’est pas aussi simple qu’il pourrait paraître. Toute vision idyllique de la vie à Buchenwald, de ses péripéties et de ses luttes serait absurde. Mais il faut retenir l’essentiel et comprendre le fond des choses. L’histoire n’est pas un amoncellement d’anecdotes, même si celles-ci gardent toute leur valeur.

UN CERTAIN RAPPORT DE FORCES

La vie en commun dans un ensemble international dépend d’un certain rapport de forces. Chaque groupe national essaie d’user à son profit des possibilités diverses que lui offrent les institutions et le nombre de ses membres influe sur sa puissance. Or les Français, durant toute une période, étaient très minoritaires. Le tableau des effectifs du camp par nationalités est très explicite (en pourcentage) :

Dates                             Français            Soviétiques               Polonais                          Tchèques

28/08/42

0,1

12

12

6

25/12/43

13

39

20

8

15/10/44

15

27

20

6

 Durant cette période, le nombre des Allemands dits Reichsdeutsche, c’est- à-dire provenant de l’Allemagne proprement dite, passe de 31% à 8% (1)

LES FRANÇAIS FORT MAL VUS

Il faut noter que les Français, pendant toute une période, sont fort mal vus des autres nationalités. La propagande nazie les présente comme des dégénérés, des combinards, des paresseux, des parasites. Cela ne va pas sans influencer l’opinion générale. A un niveau plus politique, les Français sont tenus pour responsables de la politique de Munich, qui a sacrifié la Tchécoslovaquie à Hitler. Ils sont coupables d’avoir accepté l’annexion de l’Autriche sans réagir. Ils ont pratiqué la politique de non intervention en Espagne au profit du dictateur Franco. Ils n’ont pas défendu la Pologne. Ils ont livré leur propre pays à Hitler en à peine plus d’un mois et soutiennent l’occupant par leur politique de collaboration. Tel était le tableau.

Pour redresser la situation, il fallait que les Français fussent plus nombreux (l’occupant s’en chargea), mieux organisés, aptes à expliquer que ce qu’on leur reprochait était précisément ce qu’ils avaient combattu eux-mêmes et que leur RÉSISTANCE, cause de leur présence à Buchenwald, se confondait avec la lutte des alliés et l’opposition à Hitler dans toute l’Europe. Il fallait, d’autre part, que leur attitude au sein de la collectivité internationale, véritable Tour de Babel, fut exemplaire.

Photographie de la Häftlings-Personal-Karte d’Emil Palliés (KLB 14666),
Photographie de la Häftlings-Personal-Karte d’Emil Palliés (KLB 14666)

LA FORCE DE LA RÉSISTANCE FRANÇAISE

On a vu dans le tableau ci-dessus que le nombre des déportés français devint significatif à la fin de 1943 et se consolida en 1944. Ce que les chiffres ne disent pas, c’est que la proportion de Résistants expérimentés et politiquement mieux armés, notamment parce que l’action du général de Gaulle s’imposait de plus en plus tandis que s’unissaient sur le sol national les forces diverses de la Résistance (création du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) sous l’autorité de Jean Moulin), avait augmenté rapidement.

Dès 1943, des dirigeants nationaux de la Résistance arrivent à Buchenwald. Parmi eux, le colonel Manhès qui avait été jusqu’à son arrestation le dirigeant de la Résistance pour la zone occupée aux côtés de Jean Moulin (les nazis, évidemment, ne le savaient pas). Il y avait aussi -entre autres- Christian Pineau (arrêté sous le faux nom de Grimaud) qui avait rencontré à Londres, à plusieurs reprises, le général de Gaulle et qui avait fourni à Jean Moulin le texte qui servit de base à la charte du Conseil national de la Résistance. Il y eut, dans la dernière période, un autre membre éminent du C.N.R., Claude Bourdet, dirigeant national de Combat, collaborateur direct de Jean Moulin.

Avec les convois du début de 1944 arrivèrent par milliers des Résistants qui avaient connu en France les prisons de Vichy pendant des années souvent et avaient combattu les armes à la main dans divers mouvements, notamment les FTPF, bras armé du Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, créé en mai 1941, l’organisation la plus nombreuse et l’une des plus combatives.

Parmi eux, les militants communistes étaient nombreux, aguerris et forts d’une expérience de la clandestinité que favorisait leur sens aigu de la bonne organisation et leur volonté sans réserve d’unir tous les Résistants, quelle que fût l’organisation à laquelle ils appartenaient. Parmi ces déportés, le plus connu était Marcel Paul, dirigeant syndical de renommée internationale avant la guerre, élu communiste, dirigeant de la lutte armée contre l’occupant dès 1940. Immédiatement repéré par les dirigeants communistes de la Résistance allemande dans le camp, il allait devenir à leurs yeux le dirigeant principal de la Résistance française à Buchenwald.

Photographie d’une vue du camp©AFBDK
Photographie d’une vue du camp©AFBDK

L’UNITÉ DE LA RÉSISTANCE FRANÇAISE

Il l’était en fait, dans la mesure même où il fut à l’origine, avec le colonel Manhès, qui, non communiste, mais connaissant d’expérience “au sommet” ce que représentait le P.C.F. dans la Résistance, de la création dans le camp d’un “Comité de défense des intérêts français” organisé sur le modèle du CNR. Tous les mouvements de Résistance existant en France étaient représentés, souvent par des hommes de premier plan.

C’est grâce à cette réalisation hautement significative que la Résistance française à Buchenwald put se faire reconnaître à part égale dans le concert international de la Résistance et y prendre une place non négligeable.

Dès lors, des Français furent admis dans les cadres de l’administration détenue qui, dans son ensemble, obéissaient à la direction clandestine de la Résistance mise sur pied par les antifascistes allemands, souvent survivants des terribles années de la construction du camp en 1937 et par la suite. Ce sont eux qui avaient la plus parfaite compréhension de tous les rouages des KZ, connaissaient le mieux la cruauté des S.S., trouvaient les moyens de les surveiller, de contrer leurs ordres, de les corrompre parfois.

L’unité de la Résistance française et sa force d’organisation donnèrent aux autres détenus une nouvelle image de la France. La solidarité qu’elle instaura comme règle dans le collectif français et dont elle témoigna à l’égard des prisonniers les plus démunis (les enfants juifs et tziganes, notamment) fit monter sa cote d’estime. La fermeté avec laquelle Marcel Paul fit mettre fin à des mœurs brutales de certains chefs de Blocks ou Kapos allemands qui, quoique politiques, étaient imprégnés par les règles nazies selon lesquelles le seul argument convaincant est la trique, eut de grandes répercussions.

Sous la direction de son CNR, baptisé innocemment Comité de défense des intérêts français et travaillant dans la clandestinité la plus complète, la Résistance française, toutes tendances confondues, réussit à regrouper la plupart des Français dans des Blocks nationaux gérés par eux-mêmes dans la mesure du possible. Il devint possible d’avoir une influence sur les affectations dans les Kommandos de travail et jusque sur les départs vers des Kommandos extérieurs.

DES TÂCHES SECRÈTES

Sur ce dernier point, la règle était inexorable : sauver le plus grand nombre possible de Français des Kommandos les plus périlleux ; favoriser le maintien au camp des Résistants, désignés par les dirigeants des organisations de Résistance sur un plan d’égalité absolue, de façon à maintenir, dans la mesure du possible, les structures permettant d’assurer aux Français les meilleures conditions de survie et de conserver tout combattant potentiel pour la lutte libératrice qu’il fallait prévoir et organiser.

L’une des tâches les plus secrètes du Comité de défense français concernait, en effet, la poursuite du combat contre le nazisme. C’est pourquoi il organisa, comme nous l’avons déjà dit, un sabotage systématique et scientifiquement mené dans les industries d’armement. Et c’est pourquoi, dans le cadre d’une organisation militaire internationale, il mit sur pied une Brigade française d’action libératrice, commandée par le colonel Manhès, structurée selon le modèle de l’armée française et pour laquelle furent recensés plusieurs milliers de Français au terme d’un travail hautement clandestin que les aléas des départs pour les Kommandos extérieurs remettaient sans cesse en cause.

UN TRAVAIL MORTEL

Ce survol rapide de la vie souterraine de Buchenwald serait incomplet et falsificateur s’il n’était pas rappelé que tout cela se passait dans l’un des plus grands camps de concentration du terrorisme hitlérien, où la S.S. avait le droit le plus absolu de vie et de mort sur chaque détenu, dans l’arbitraire sans limite de la “race élue” à l’encontre de tout autre.

Les membres de la Résistance clandestine, ceux qui organisaient la solidarité sur une grande échelle, ceux que leurs fonctions conduisaient à assurer des liaisons dangereuses, à saboter, à préparer concrètement une insurrection étaient en permanence menacés de la torture et de la mort.

Les peintres, les musiciens, les poètes qui exerçaient clandestinement leur art pour le soutien du moral de tous et le témoignage de la culture dans le monde de l’inculture S.S. couraient les mêmes dangers.

Ne l’oublions pas. Et n’oublions pas non plus que dans un temps très court (en moyenne un an et demi) la moitié des déportés français sont morts au camp et dans ses Kommandos extérieurs, ou au cours des marches de la mort finales, lors de l’évacuation partielle de Buchenwald. N’oublions pas qu’ils avaient tous connu la famine, la maladie et la peur…

Et n’oublions pas non plus que c’est à Buchenwald que furent assassinés, au manège S.S., près de 10.000 prisonniers de guerre soviétiques tués d’une balle dans la nuque ; que le Block 50 était réservé à des “expériences médicales” qui menèrent à la mort des centaines de cobayes humains ; qu’avant la construction d’une chambre à gaz dont la Résistance empêcha la réalisation, plus de 15.000 malades furent tués par piqûres dans le cœur au Block 61, transformé par les S.S. en station d’abattage sous la direction du S.S. Wilhelm.

Non ! Il ne faudra jamais oublier…

Photographie de l’arrivée des détenus au camp©AFBDK
Photographie de l’arrivée des détenus au camp©AFBDK

-V-

L’histoire de Buchenwald et de ses Kommandos ne peut se résumer en quelques pages. Il nous semble toutefois qu’une brève relation des événements principaux qui l’ont marquée peut en donner un certain aperçu. Voici donc, sans détail et sans commentaires, quelques dates et quelques faits.

(Source : le Livre-mémorial de l’AFBDK)


LE CAMP DE BUCHENWALD EN QUELQUES DATES

1938

janvier : le “politique” Walter Kràmer, l’un des dirigeants clandestins, commence à travailler au Revier (infirmerie) jusque là domaine réservé aux Verts et centre d’assassinat des politiques.

20 avril : le pasteur Schneider refuse de se découvrir lors d’une cérémonie d’hommage à Hitler sur la place d’appel. Il est jeté au Bunker (cachot). Il y sera étranglé par le S.S. Sommer le 18 juillet 1939.

5 mai : arrivée de grands transports de prisonniers accusés d’Arbeitsscheu (allergie au travail) parmi lesquels de nombreux Tziganes.

septembre : 2.000 Autrichiens, les premiers étrangers, arrivent au camp.

9 novembre : A la suite du pogrom dit par les nazis Nuit de cristal, plus de 10.000 juifs arrivent au camp. Ils sont parqués à part, affreusement maltraités et pillés par les S.S. qui leur redonnent la liberté contre des “dons” extorqués par les coups et les menaces (magasins, maisons, autos, sommes importantes). Le camp des juifs est supprimé le 15 février 1939.

31 décembre : Effectifs : 11.028

1939

janvier-février : Kurt Arndt devient chef de Block. Il est le premier “politique” à détenir cette fonction. Son Block devient le centre de la Résistance.

de mars à avril : nombreuses libérations. Mais la plupart des libérés seront repris pour activité antinazie et renvoyés à Buchenwald ou dans d’autres camps.

septembre : arrivée des premiers Tchèques.

5 octobre : arrivée des premiers Polonais.

15-16 octobre : 2.098 Polonais sont internés dans un camp spécial à Buchenwald même.

9 novembre : 21 détenus juifs sont fusillés en “représailles” de l’attentat du 8 novembre contre Hitler.

décembre : épidémie de typhus. Forte augmentation de la mortalité.

31 décembre : Effectifs : 11.807

1940

janvier-février : fin de l’épidémie. Suppression du camp spécial des Polonais dont 600 sont admis au “grand camp” où, malgré les soins des détenus du Revier, ils meurent très nombreux.

Printemps : mise en marche du premier four crématoire. Un crématoire mobile avait auparavant fonctionné sur la place d’appel.

3 mai : Rudi Arndt est relevé de ses fonctions au Revier, envoyé à la carrière, abattu à bout portant par un SS.

2 juillet : Les premiers Hollandais arrivent au camp.

Décembre : mise en fonction du Block de la Pathologie.

31 décembre : Effectifs : 7.440, y compris les deux Kommandos extérieurs existant alors.

1941

13 et 14 juillet : Transport vers la chambre à gaz de Sonnenstein (Aktion 14 f 13)

septembre : Le premier commandant S.S. du camp, Koch, est déplacé à Lublin et remplacé par le Standartenführer (général) Hermann Pister.

16 septembre : Arrivée de 300 officiers soviétiques qui seront immédiatement fusillés au champ de tir de la DAW.

18 octobre : Arrivée de 2.000 prisonniers de guerre soviétiques.

12 novembre : Les Kapos communistes du Revier, Walter Kràmer et Karl Peix sont fusillés.

31 décembre : Effectifs : 7911 Kommandos extérieurs : 5

1942

Début 1942 : Arrivée de quelques Français.

11-12 mars : Transports vers les chambres à gaz de Bernburg (Aktion 14 f 13)

26-27 mars : Les “politiques” qui occupent des fonctions administratives sont regroupés dans un kommando spécial.

Début de la bataille contre les Verts et pour la libération de ceux qui ont été isolés dans ce Kommando spécial. Les “politiques” finissent par l’emporter en juin.

Printemps : Formation, sur ordre des S.S., d’un corps de pompiers (Feuerwehi). Installation du Petit camp

Juillet : Formation du corps des Lagerschutz (protection du camp). La direction illégale allemande met sur pied une première organisation militaire. Les prisonniers de guerre soviétiques mettent leur propre organisation clandestine sous les ordres de leurs camarades allemands (négociations entre Walter Bartel et Nikolai Simakov).

31 décembre : Effectifs : 9.517. Nombre de Kommandos extérieurs : 6.

1943

Début 1943 : Participation des organisations clandestines tchèques à l’organisation militaire.

Mars : Un détenu Français et un Soviétique construisent un appareil de radio qui est caché au Block 50

12 mars : Mise en service de l’usine

17 mars : Ordre de construire une voie ferrée entre Weimar et Buchenwald. 21 juin : Mise en service de cette voie ferrée.

27 juin : Arrivée du premier grand convoi français

été : Création du Comité international illégal à l’initiative des antifascistes allemands.’

Août : les dix premiers fusils de l’organisation militaire sont cachés dans le camp.

27 août : Premier transport vers Dora, essentiellement des Français.

Septembre : Arrivée des premiers déportés italiens et de grands transports yougoslaves.

Fin 1943 : Création du Sanitatstrup (secouristes)

Français, Belges et Espagnols sont intégrés dans l’organisation militaire clandestine.

31 décembre : Effectifs : 37.319 – Kommandos extérieurs : 20

1944

12 janvier : Arrivée des étudiants norvégiens. Parmi les Français qui arrivent en janvier se trouve le colonel Manhès.

Février : Participation des Italiens au comité militaire international.

14 mai : Arrivée de deux grands transports français. Marcel Paul en est, venant d’Auschwitz avec son convoi (les tatoués).

25 mai : Arrivée des premiers Hongrois.

25 mai : Fondation du Comité de défense des Intérêts français et de la Brigade française d’action libératrice.

Juillet : Mise sur pied de la Brandwache (sécurité contre les risques d’incendie)

Août : Internationalisation du Lagerschutz auquel des Français vont participer.

18 août : Assassinat du président du parti communiste allemand, Ernst Thâlmann, dans la cave du crématoire où il a été mené de nuit venant de la prison centrale de Bautzen.

24 août : Bombardement du camp. 364 détenus y trouveront la mort. Le nombre des victimes parmi les S.S. n’est pas exactement connu, mais il s’agit de plusieurs centaines. Parmi les détenus morts se trouve le dirigeant social-démocrate allemand Breitscheid qui était prisonnier à l’extérieur du camp dans des baraques spéciales où séjournèrent d’autres prisonniers d’honneur, tels la princesse italienne Mafalda, l’ancien président du Conseil français, Léon Blum, etc. Ce dernier se maria durant ce séjour forcé qui n’avait évidemment rien à voir avec le sort des déportés du camp.

30 septembre : Arrivée des policiers danois.

Octobre : Les S.S. tentent de mobiliser les détenus allemands dans la division Dirlewanger. Ils se heurtent à un refus total.

29 octobre : Le Kommando extérieur DORA devient KZ de pleine fonction sous le nom de MITTELBAU-DORA.

31 décembre : Effectifs : 63.048. Kommandos extérieurs : 86.

Dora n’est plus compté en tant que Kommando extérieur et ses effectifs ne sont plus intégrés dans ceux de Buchenwald.

1945

26 janvier : L’organisation militaire s’empare d’une mitrailleuse et la cache au camp.

9 février : Bombardement de l’usine Gustloff de Weimar où travaillaient de nombreux détenus de Buchenwald.

15 février : Les prisonniers de guerre soviétiques protestent contre les conditions qui leur sont faites et se mettent en grève… Pendant plusieurs jours, ils seront privés de leur ration de pain. L’organisation de solidarité française leur fournit un sac de pain par jour durant cette période.

3 avril : Dernier appel à Buchenwald. Désormais, les détenus refusent de s’y rendre et de travailler

5 avril : Premières évacuations massives

6 avril : 46 détenus politiques soupçonnés d’être des dirigeants de la Résistance sont appelés par les S.S. mais le Comité international les prend en charge et les cache. Parmi eux, l’avionneur français Dassault.

7-10 avril : L’évacuation du camp se poursuit. Les Français organisent le sabotage de l’opération et y parviennent partiellement. Les quelque mille enfants juifs et tziganes qui sont au petit camp sont protégés et échappent à l’évacuation vers la mort.

8 avril : Le Comité militaire international lance sur son émetteur clandestin caché au Kino un appel à l’armée américaine.

11 avril : Les S.S. évacuent le camp sous la menace de l’avance américaine et des détenus dont ils n’ignorent pas les préparatifs. Ceux-ci attaquent les miradors, cisaillent les barbelés et font plus de 200 prisonniers.

Les premiers militaires américains à pénétrer dans le camp libéré sont deux Français, le sergent Paul Bodot et le lieutenant Emmanuel Desard, engagés dans l’armée américaine et qui patrouillaient en éclaireurs à l’avant des lignes.

Le 12 avril, le médecin français, Joseph Brau, est nommé médecin-chef du camp. 4.700 malades sont transférés dans les casernes SS.

Un quart d’entre eux meurt dans les jours qui suivent.

13 avril : L’armée américaine prend le contrôle du camp non sans avoir reconnu le mérite exceptionnel des Résistants et avoir confié l’administration interne à un détenu politique allemand, le Doyen N° 1, Hans Eiden, et au Comité international. Il s’agit là d’un cas unique dans l’histoire de la libération des camps nazis.

16 avril : Sur ordre du commandement américain, 1 000 habitants de Weimar sont conduits au camp pour y constater ce qu’y fut la barbarie S.S.

19 avril : Les survivants, au nombre d’environ 21000, prêtent ce qui restera dans l’histoire “Le Serment de Buchenwald”.

LA LIBÉRATION HEURE PAR HEURE

5 heures – Au dessus de l’Ettersbert apparaissent les avions alliés.

Il y a un grand remue-ménage à la Kommandantur ; des unités SS marchent en direction de Hottelstedt (par où arriveront les armées américaines).

L’état «Alerte 2» est ordonné ; les armes cachées sortent et sont distribuées.

11h50 – Une nouvelle fois les avions américains survolent le camp ; les SS donnent l’alerte par sirène.

12h10 – Une dernière fois se fait entendre la voix méprisée du Rapport- führer Hermann Hofschulte : «Tous les SS en dehors du camp !» Restent en place les compagnies qui occupent les miradors et les positions dans la forêt autour du camp.

13 heures – Les premiers tanks américains sont en vue de Hottelstedt.

14 heures – Une compagnie SS se positionne au nord du camp dans la forêt.

Le commandant du Comité militaire international ordonne «Alerte 3» ; tous les groupes de combattants des différentes nationalités prennent position selon le plan envisagé. Le Comité installe son quartier général aux

premières lignes de l’action. Il se trouve dans le baraquement de l’atelier DAW, face à la porte centrale du camp, et y installe la mitrailleuse légère de l’armement clandestin.

14h30 – Sur ordre du Comité international du camp, le commandant du Comité international militaire donne l’ordre d’attaque.

Les groupes attaquent la clôture du camp – le courant électrique a été interrompu par l’action courageuse du kapo électricien, Arthur Ullrich – et les miradors. L’action générale se dirige vers le Sud et le Sud-Ouest, en direction de l’entrée principale et des casernes SS. D’autres groupes couvrent les flancs de cette attaque vers l’Ouest et l’Est. Une autre attaque sert de couverture à l’attaque générale et est guidée vers le Nord pour arriver, à travers la forêt, jusqu’à la route Hottelstect-Ettersberg.y installer un relais et prendre contact avec les alliés.

Presque en même temps, les barbelés sont détruits aux endroits déterminés et les miradors occupés. Les armes capturées – 4 mitrailleuses lourdes et 18 légères, les fusils, 180 roquettes antichar sont distribuées aux combattants qui avancent jusqu’à trois kilomètres autour du camp.

Pendant le soulèvement, des détenus politiques de toutes nationalités assurent la sécurité dans les blocks afin d’éviter la panique, le vol ou autres brutalités.

15h30 – Une jeep américaine avec deux combattants français à bord, le lieutenant Desard et le sergent Bodot, arrive au camp, guidée par des détenus en armes.

16h – Les groupes de détenus combattants ont vaincu la résistance des SS dans tout le périmètre du camp. Jusqu’à la nuit, ils feront 120 prisonniers qui seront mis sous bonne surveillance. Ce chiffre augmentera sensiblement dans les deux jours suivants, atteignant 220 lorsque les troupes d’occupation américaines prendront position dans le camp. Ces SS prisonniers seront remis en bon état à ces dernières. Le camp de concentration de Buchenwaid s’est libéré lui-même rendant la liberté à 20.000 détenus.

Pendant ces jours de combat, le Comité international clandestin s’est réuni pour constituer une direction au grand jour, formant six commissions pour accomplir les tâches nécessaires pour assurer la vie au camp. A l’unanimité, il a confirmé Walter Bartel à la présidence, désignant l’ancien doyen du camp, Hans Eiden, comme responsable principal du camp. Par tous les haut-parleurs, il lit alors le premier appel du Comité légal :

«Attention ! Attention ! Ici parle le doyen du camp au nom du Comité du camp composé de toutes les nations.

  1. Les SS ont quitté le camp.
  2. Des représentants de toutes les nations ont formé une direction du camp. Leurs ordres sont à exécuter absolument.
  3. Restez tous dans vos blocks, maintenez les barrages.
  4. Tous les vivres, vêtements sont propriétés des membres du camp, celui qui commet un vol sera puni comme pillard. Tous les responsables restent à leurs postes et assument leur travail d’ordre et de ravitaillement.»

16 h 45 – Sur ordre du Comité, la direction du Comité militaire prend les mesures immédiates pour la sécurité du territoire se trouvant toujours entre deux fronts. A cet effet, les groupes combattants forment une ceinture de défense de deux kilomètres autour du camp qui sera maintenue jusqu’à l’arrivée des troupes américaines, afin de protéger la liberté obtenue ce jour.

Pierre Durand

(1) Sur l’histoire de Buchenwald en général, il existe, en dehors de l’œuvre capitale d’Eugen Kogon, “L’État S.S.”, deux ouvrages fondamentaux, l’un déjà ancien mais toujours inégalé, l’autre récent et très documenté. Le premier a été rédigé par un collectif international dirigé par Walter Bartel. Roger Arnould et Pierre Durand y ont participé. Il s’intitule Buchenwald-Mahnung und Verpflichtung (Berlin 1961) ; le second, Konzentrationslager Buchenwald 1937-1945 a été édité par le Mémorial de Buchenwald sous la plume de Harry Stein en 1999. Aucun de ces deux livres n’a été, jusqu’ici, traduit en français.

Sur l’histoire particulière des déportés français, on se reportera à notre ouvrage Les Français à Buchenwald et à Dora publié par les Éditions sociales en 1982, (réédité avec des informations nouvelles sous le titre La Résistance des Français à Buchenwald et à Dora aux Éditions Messidor-1991)

2 commentaires sur “Histoire du camp de Buchenwald

  1. merci d’avoir pris la peine de relater l’histoire de Buchenwald, j’ai moi-même connu à la libération , j’avais 5 ans alors ,un de mes oncles Michel qui est venu voir sa soeur et sa famille dans la région de Pau; je me souviens de la phrase qu’il nous a confié: »enfants ne jugez pas vous ne savez pas de quoi l’homme est capable ». c’est une phrase qui m’a suivi tout au long de ma vie, de même sa silhouette ,amaigrie +++,un véritable dénutri depuis de nombreux mois et, même si nous avions faim nous aussi à cette époque cela nous paru à mes soeurs , mon frère et moi aussi tellementsurprenant merci encore de leur redonner un peu de vie par l’histoire, mon oncle est mort dans les mois qui ont suivi de tuberculose

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  2. Mon oncle Jacques KATRY MEURISSE est revenu en France dans un état physique et moral totalement déplorables. Il ne c’est JAMAIS plaint et n’a JAMAIS voulu parler de son martyr à Buchendwald. Je veux ici témoigner de toute la bonté et de l’amour qu’il faisait de lui un être exceptionnel .
    Je ne t’oublirai jamais mon cher oncle et parrain .

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