Le kommando de WERNIGERODE

Localisation : A 60 km au nord de NORDHAUSEN (Carte N°3)

Ouverture : 25 mars 1943

Évacuation : 10 avril 1945

Effectifs : 800 à 900 hommes

Activités : travail à l’intérieur des usines d’avions JUNKERS Flugzeuge und Motorenwerke, regroupées sous le sigle WERNIGERODE AG.

Dès 1943, les Allemands doivent pouvoir affronter les changements stratégiques qu’ont apporté les défaites allemandes fin 1942, début 1943. Tous les allemands sont sur le front, et le problème de la main d’œuvre se fait vivement ressentir et aura une influence déterminante sur l’ensemble et l’avenir de la population concentrationnaire. Fritz Sauckel, Gauleiter de Thuringe obtient les pleins pouvoirs le 21 mars

  • pour recruter toute la main d’œuvre nécessaire aux besoins de l’industrie de guerre allemande, aussi bien parmi les hommes et femmes vivant sur les territoires de l’Est occupés par l’Allemagne, que parmi le vivier des camps de concentration, dont les détenus seront dispersés par milliers dans les kommandos industriels.

Déjà en décembre 1941, les usines JUNKERS avaient fait construire trois baraques situées Veckenstedterweg et sur le Mont Galgenberg, qui allaient devenir le camp de Weraigerode. (Ironie des noms ! Galgenberg signifie « le mont de la potence.) C’est au printemps

  • que le camp du Veckenstedterweg devint un kommando de Buchenwald, « Wemigerode », ouvert le 25 mars 1943. Les déportés furent d’abord chargés de la construction définitive de l’infrastructure du camp, c’est à dire des baraques pour les SS, des cuisines, des systèmes de sécurité, de l’installation de barbelés électrifiés à 380 volts et des miradors. En automne 43, Wernigerode comptait sept baraques pour les déportés, une pour les SS située à l’extérieur du camp. L’entrée se faisait par le Veckenstedterweg. De l’extérieur, on ne distinguait rien du camp, si ce n’est un immense portail, sans inscription. Les baraques étaient insalubres, seul le sol de la cuisine était en dur pour mieux se protéger des rats. 65 S.S. surveillaient Wemigerode, chiffre qui fut réduit à 49 à la fin de la guerre.

Le commandant du kommando fut TObersturmführer Grossmann, remplacé plus tard par le tristement célèbre Brenning, responsable du massacre de la grange de Gardelegen. Le kommando fut ensuite cconduit dans les derniers mois de la guerre par le commandant de l’air Handke et son adjoint, un officier de l’air nommé Duma.

Le travail des déportés se répartissait entre les usines Wernigerode AG, et celle de Rautal, pour la production de cylindres et de pièces de moteurs pour avions, véhicules blindés et moteurs de bateaux. Ces pièces étaient par la suite livrées aux usines Junkers-werke de Dessau et aux usines Volkswagen de Wolfsburg. Les déportés qui ne travaillaient pas en usine étaient affectés à la gare de Wernigerode pour toutes sortes de travaux.

Le travail, notamment à la fonderie des usines, était si dur que les détenus tenaient en général trois mois à ce rythme. Les pièces à fondre pesaient plus de 80 kg, et l’épuisement total les gagnait tous rapidement. Les déportés allemands bénéficiaient d’un vrai traitement de faveur, en ce sens qu’ils recevaient un litre de plus de soupe par jour. Tous les quinze jours, des convois arrivaient de Buchenwald avec de nouvelles recrues et ramenaient les plus faibles ou les morts qui étaient brûlés à Quedlinburg ou à Bemburg. La lutte entre les détenus « verts » et les « rouges » fut sans merci, et une grave mutinerie éclata au printemps 1944, qui fut sévèrement réprimée par les SS. Une résistance clandestine s’organisa : des pièces de moteur cassaient, des outils de même (perceuses, fraises), un court-circuit ralentissait la poursuite du travail, etc…. Les déportés résistants réussirent même un jour à fausser les dessins industriels avant que ceux-ci ne fussent distribués. Toutes ces courageuses actions ne se firent par petites touches, pour ralentir et abîmer la production tout en évitant l’effondrement de l’organisation de résistance illégale. Chaque action de sabotage perçue comme telle par les SS fut très durement et collectivement réprimée. Les deux grands noms de la résistance de Wernigerode furent Andrjew Rappoport et Roman Wolny. Il faut aussi souligner la résistance de la population de Wemigerode, qui fut courageuse et généreuse, telle celle du boulanger Kaps, du boucher Abel, de la laiterie Harmonia, des épiciers Bruder. La soupe de midi était préparée par les femmes de Wernigerode, qui s’arrangeaient toujours pour qu’il restât un supplément de cinquante litres. Une femme donnait alors un signal, et cinq déportés venaient chercher le supplément qui apportait à quarante hommes environ un soutien physique et ce coup de pouce moral indispensable à leur survie.

Les transports de malades vers Buchenwald servaient de courroie de transmission entre le kommando et le camp. L’été 1944 fut le point culminant de tension entre la direction du kommando et les détenus. Les SS se doutaient d’une résistance clandestine et vérifièrent avec des membres de la Gestapo chaque centimètre carré du camp. Ils ne purent rien trouver, mais un certain nombre de détenus politiques furent renvoyés à Buchenwald, et l’entrée du camp fut désormais strictement interdite à tout civil.

Le camp fut évacué le 10 avril 1945 à l’approche des troupes américaines. 57 des 500 prisonniers qui entreprirent la longue marche de la mort survécurent et parvinrent jusqu’en Tchécoslovaquie, à Leitmeritz, après seize jours de tyrannie SS et de bombardements. Le 9 mai 1945, les derniers détenus vivants furent libérés par l’armée rouge. Le camp du Veckested fut transformé en camp de réfugiés.

(in Le Livre Mémorial de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos)

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