Le kommando de WITTEN ANNEN

Localisation : A quelques km à l’ouest de BOCHUM (Carte Générale)

Ouverture : 16-17/09/1944

Évacuation : Avril 1945

Effectifs : Environ 700 déportés

Activités : Firme AGW, fabrication de pièces d’armement.

Le camp est situé à la limite de Annen, à quelques kilomètres de la ville de Bochum que les prisonniers voient brûler le 19 mars 45. Il rassemble 700 Déportés, dont une majorité de Français. Il est dirigé par Alfred, un SS brutal, alcoolique et hystérique, exilé de Buchenwald pour avoir tué un homme que ses camarades veulent venger. A Witten Annen, il assomme un Français qui ne se tient pas assez droit à l’appel.

Une dizaine de blocks en bois contiennent chacun une centaine de châlits superposés à deux places. Chaque box, composé de 10 châlits, désigne un responsable pour le partage de la nourriture. Le camp est entouré de barbelés, sans miradors. Lors des bombardements, tous se réfugient dans un abri souterrain.

A tour de rôle, les box sont réveillés à 4hl5 par le stubendienst criant « kaffe holen », pour aller chercher le déjeuner de tout le block à la cuisine située à l’extérieur du camp. Il consiste en un pain par box, à partager sans couteau, accompagné d’un ersatz de café. A midi, le chef de block distribue une soupe de choux rouges, agrémentée parfois d’une rondelle de saucisson mou, et, une fois par semaine, d’une cuillère de sel et de deux cuillères de sucre en poudre. Le repas du soir consiste en 1,5 litre de soupe, remplacée une fois par semaine par des patates.

Le Revier est dirigé par un médecin français, soupçonné de favoritisme envers les Russes dont il parle la langue. Pour y être admis, il faut avoir plus de 40° de fièvre. Alfred annule les entrées au gré de son humeur.

Les prisonniers travaillent en 2 équipes, 12 heures par jour et 6 jours par semaine. Les relèves, alternées chaque semaine, se font à 6h et 18h. Ils se rendent à pied à l’usine d’armement AGW, située à 4kms, au pas cadencé et escortés par des soldats armés. Face à l’attitude hostile des habitants qui les insultent, les menacent et leur jettent des pierres, ils doivent contourner la ville, à travers les potagers.

Au-delà d’un grand portail, une route mène à un immense hall neuf en briques. Sur le sol fait de petits pavés de bois, utilisés ultérieurement pour façonner des pipes, ou comme bois de chauffage, sont disposées plusieurs rangées de machines-outils neuves, servant à la fabrication de pièces détachées pour chars et avions. Les meisters dispensent un apprentissage visuel de 30 minutes. Il est formellement interdit de s’asseoir, même si les chaînes sont arrêtées par manque de pièces. L’ardeur au travail des Russes et Polonais leur permet, avec l’approbation des meisters, de s’approprier les bouches de chaleur dont ils repoussent violemment les Français. Mais 80% de la production est rejetée et doit repartir à la refonte. Le samedi soir, du papier et des chiffons sont distribués pour nettoyer les machines; ils serviront en fait de papier hygiénique, de papier à cigarettes, et pour la confection de chaussettes de protection contre le froid. Les prisonniers doivent travailler toute la nuit du samedi 23 décembre 44 pour compenser le repos de Noël.

L’entreprise AGW paye les prisonniers avec une monnaie n’ayant cours que dans le camp, et distribuée par Alfred. Mais la distribution entraîne une telle pagaille qu’il la remporte définitivement.

D’autres prisonniers travaillent la nuit à des travaux de terrassements. Nombreux sont ceux qui meurent d’épuisement.

Le dimanche est réservé à la propreté: corvées de nettoyage, ainsi que rasage et coupe de cheveux par un Italien qui trace, selon son humeur, la « strasse » ou la « crête ».

Un Russe, qui a tenté de s’évader, doit rester debout 24h sur un tabouret, un seau d’eau à chaque main; il s’écroule au bout de 8h et est exécuté. Un autre s’est fracturé une cuisse en tombant d’un mur; il meurt sur place après 24h sans secours. A la suite d’une évasion, pendant le trajet camp/usine, les prisonniers doivent avancer en rang par 5, en se tenant par le bras. Les Russes se placent toujours derrière les Français et, en marchant sur leurs talons, tentent de les déchausser et de récupérer leurs chaussures.

(in Le Livre Mémorial de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos)

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