Lucien Chapelain (1920-2009)

Lucien Chapelain

Né en juin 1920, notre camarade Lucien Chapelain vient de nous quitter.
Nous l’avons accompagné lundi 29 décembre au cimetière de Bondy. Floréal Barrier lui a rendu hommage au nom de l’Association.
Lucien, membre dirigeant du Parti
s ocialiste ouvrier et paysan (tendance
 ultra-gauche du parti socialiste) avant-
guerre, avait été arrêté en décembre
 1939 pour avoir distribué des tracts
 dénonçant la drôle de guerre, aux
 usines Renault de Billancourt. Emprisonné, il comparait devant le tribunal
 militaire de la Seine le 1er mars 1940
 et est condamné à cinq ans de prison.
 Direction la centrale de Poissy puis
 celle de Fontevraud, comme tant d’au
tres futurs déportés à Buchenwald, où
 il adhère au Parti communiste 
clandestin lors du premier anniversaire
 de la décapitation du député communiste Jean Catelas, en septembre 1942.
Déporté à Buchenwald le 4 septembre 1943 dans le convoi des “20 000” il devient l’un des responsables de l’action clandestine, qui prend un nouvel élan avec l’arrivée de Marcel Paul.
Commandant adjoint de la Compagnie de Choc de la B.F.A.L. (Brigade Française d’Action Libératrice), c’est À ce poste qu’il prendra une place de premier plan dans le soulèvement du camp.
Emile Poirot, matricule 21582, qui a bien connu Lucien Chapelain au camp écrira: “seuls quelques rares hommes d’une trempe exceptionnelle peuvent faire ce qu’il a fait”.
A son retour, le 30 avril 1945, il prendra toute sa place au sein de la section bondynoise du PCF et sera élu au conseil municipal pendant quarante ans.
En 1956, il sera à nouveau arrêté et incarcéré pour son action contre la guerre coloniale menée contre le peuple algérien.
Lucien a cependant toujours consacré du temps à notre association dont il a été secrétaire général de 1947 à 1955.
Il a accompagné de très nombreux voyages et formé des accompagnateurs aux cotés de Jean Cormont et Pierre Durand.
Nous renouvelons à Mireille, son épouse ainsi qu’à Marie-Claude et Pierre, ses enfants toute notre sincère amitié.

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Lucien Chapelain

Le 19 mai 1944, Pierre Durand arrive à Buchenwald. Après avoir subi, comme il l’écrit dans ses mémoires, «le cérémonial habituel», il est conduit au camp des tentes. C’est là qu’il fait la connaissance de Lucien Chapelain

« C’est un résistant français, Lucien Chapelain, venu au « camp des tentes » qui nous avertit des dangers que nous courions. Nous avions tous été rassemblés et Lucien nous harangua avec l’autorité d’un « ancien » et l’assurance qui le caractérisaient.
Il nous avait dit, en substance, qu’il ne fallait pas confondre un camp de concentration nazi avec une prison ou un camp vichyste. Il ne saurait être question de refuser le travail ou de répondre à un SS. Ce serait la mort immédiate. Il fallait se montrer prudents dans les rapports avec les
Blockälteste, les chefs de Block, les Kapos ou les Vorarbeiter, responsables des équipes de travail. Les meilleurs étaient les Résistants allemands porteurs de triangle rouge sans adjonction de la lettre indiquant leur nationalité, ou étrangers, généralement des Tchécoslovaques ou des Polonais. Ils étaient néanmoins habitués aux méthodes SS et soumis à des moeurs brutales, souvent insupportables. Les pires étaient les Allemands porteurs du triangle vert, des « droits communs» assassins ou gangsters, cherchant à satisfaire les SS pour maintenir leurs privilèges et qui n’hésitaient pas à tuer, parfois par simple plaisir. Ils étaient toutefois de moins en moins nombreux, les «politiques» s’employant à les écarter de l’administration interne, pour le plus grand bien des déportés. Mais tout cela n’était pas simple et nous avions intérêt à observer les règles et règlements imposés, par exemple à se découvrir instantanément à la vue d’un SS, faute de quoi on pouvait aussi bien recevoir une gifle qu’une balle de revolver. Il fallait connaître par coeur son numéro matricule et savoir l’exprimer en allemand ce qui, pour la plupart, n’était pas évident… C’est donc Lucien Chapelain, venant du « grand camp » qui nous initia à ces divers mystères avec sans doute moins de nuances que je n’en rapporte ici… »

Pierre Durand, Ite Missa Est, Le temps des cerises éditeur, pages 108-109

Article paru dans “Le Serment” N°323