Témoignage de Jacqueline FLEURY-TAMANINI

Kommando Hasag (kommando de femmes)

FleuryIl est bien difficile de se souvenir, 50 ans après, des derniers mois passés au Kommando Hasag de Leipzig où nous étions 250 Françaises.

Nous travaillions en équipe, une semaine de jour, une semaine de nuit. Le travail était pénible de jour comme de nuit. Il était difficile de se reposer, de dormir. Nous étions deux par deux sur des paillasses pas toujours propres. Nous avions faim, un morceau de pain pour la journée et une soupe, en réalité de l’eau tiède. Le samedi le repas était un peu amélioré, quelques sprats, 2 ou 3 morceaux de sucre. Nous nous lavions en commun et il fallait faire vite.

Réveillées par les hurlements des SS, il fallait se lever rapidement. L’équipe de nuit qui rentrait prenait nos places dans les lits. Puis c’était l’appel, nous étions comptées et recomptées au retour également et gare s’il en manquait une. Nous restions alors debout jusqu’à ce que le compte soit juste.

À l’usine, nous nous efforcions de ralentir la production au maximum, nous fabriquions des pièces destinées à des armes de guerre, très certainement des obus. C’était des tubes assez longs qu’il fallait tremper dans des bains d’acides. Nos gestes étaient lents mais les SS étaient derrière nous et il fallait accélérer.

Une autre forme de sabotage, lorsque ces tuyaux passaient dans une machine, il y avait quatre manoeuvres à faire l’une après l’autre. Passées les quatre manoeuvres, d’un seul coup la machine était en panne. Les réparations demandaient un certain temps. Le sabotage continuait avec les contrôleuses qui laissaient passer les pièces défectueuses.

Les jours passant, certaines de nos compagnes étaient très fatiguées. Alors la solidarité s’exerçait, un morceau de pain prélevé sur les rations les plus fortes, un morceau de sucre, les aides dans leur travail leur permettaient de tenir.

Des informations nous parvenaient, nous étions au courant de l’avance des alliés, notre libération approchait. Pourtant il nous restait une dure épreuve à passer, l’évacuation du camp.

C’est vers les 17-18 avril que toutes les détenues valides quittèrent le kommando pour une marche forcée. Pendant des jours et des nuits, nous avons marché avec seulement quelques arrêts de repas en plein air sur le bord des routes ou dans les champs.

Trompant la surveillance des SS au bout de huit à dix jours, nous avons réussi à nous évader de la colonne. Nous avons rencontré les Américains pour certaines et pour d’autres les Soviétiques.

Texte publié en juin-juillet-août 1995 dans Le Serment N° 242

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