Témoignage de Paul PONCHUT

Le convoi des « 21000 » et le wagon métallique

Auguste Favier : Transport des déportés de France en Allemagne, de 110 à 140 par wagon.

« Selon les articles parus dans « Le Serment », le lecteur devrait en déduire qu’il n’y avait, parmi les wagons constituant ce convoi, qu’un seul métallique… Si ces données sont exactes, c’est dans ce supposé seul wagon métallique que je me suis trouvé.»

«En tout cas, je me souviens du nombre de 130, résultant du comptage par un des S.S., qui nous faisait monter à coups de crosse, et qu’avait entendu un de nos camarades comprenant l’allemand. Le lourd panneau de porte coulissante refermé et le train ayant repris sa marche, un camarade plein de bonne volonté prit argument de ce nombre énorme pour essayer de nous convaincre de nous auto discipliner, nous approcher, à tour de rôle, près des étroits interstices autour de la porte, afin d’y respirer un peu d’air extérieur. C’était une vue irréaliste de notre situation.

De même que celle d’un autre camarade, peut-être prêtre ou tout au moins religieux, qui nous demanda de nous recueillir pendant qu’il dirait une prière près d’un des nôtres, qui avait dû être mitraillé en essayant de s’évader lors de l’arrêt du train, et que les S.S. avaient jeté mourant dans le wagon.

Malheureusement, ce furent bientôt l’instinct de conservation et la loi du plus fort qui prévalurent. Comme un mort prend plus de place qu’un pauvre type essayant de survivre accroupi sur quelques décimètres carrés de sol, leur nombre devint tel par la suite que nous en vînmes à nous les rejeter, pour ne pas être étouffés nous-mêmes sous leur poids. Je n’ai jamais su combien nous étions sortis vivants de ce wagon infernal en gare de Weimar.

Quant au cours de colloques, organisés dans les établissements scolaires, j’évoque cet épisode pour moi le plus terrible de ma déportation, je relate : «Q’une fois montés dans les wagons, à Compiègne, nous avons trouvé, sous la paille recouvrant le sol, quelques morceaux de ferraille laissés là intentionnellement par les cheminots. Nous nous en servîmes pour attaquer les parois des wagons en bois, afin de tenter l’évasion… Mais cela échoua malheureusement.»

«Devrais-je dire maintenant : «J’eus la malchance d’être au nombre de 130 camarades entassés dans le seul wagon métallique dans lequel périrent d’étouffement les 63 morts du convoi ?»

«Soucieux, comme il se doit, d’exprimer la réalité des faits dans le devoir de mémoire que nous avons tous à accomplir, j’espère que témoignages et documents éclaireront définitivement cette si douloureuse page de la déportation.»

C’est dans le RUPT DE MAD, une montée obligeant à un ralentissement, à environ 20 km de Metz, que furent tentées les évasions sauvagement réprimées par les gardes du convoi. Et c’est dans la gare de Novéant-sur-Moselle, alors appelée Neuenburg, qu’eurent lieu la «mise à poil» et l’entassement dans les wagons non abîmés, dont ce « cercueil » métallique.

Texte publié en mai-juin 2001 dans Le Serment N° 277