Témoignage de René GANDRILLE

Les survivants de Tekla ont marché pendant 27 jours

Heureux ceux d’entre nous qui ont respiré l’air de la liberté dès le 11 avril 1945. Pour ceux de Tekla, à la même époque, les plus dures stations du calvaire restaient à gravir. Mais d’abord, qu’est-ce que Tekla ?

Un des 120 commandos dépendant de Buchenwald qui se trouvait dans la région de Leipzig. C’est vite dit. Voici d’abord en quelques phrases, qui nous sont données par notre ami René GANDRILLE, ancien responsable du block des Français au Camp n° 2 de Tekla, une  » vue  » des lieux :

 » Deux camps séparés par quelques centaines de mètres, dont les détenus étaient astreints à travailler, pour la plupart, dans la  » Erla Werk  » usine de construction de Messerschmitt. Tekla fut constituée en 1943; le camp n°2 avec le transport du 4 décembre 1943 venu de Buchenwald. Environ 300 Français sont passés entre leurs barbelés, mais on ignore encore actuellement le nombre exact de décédés et de survivants.

Le commando de Schoenefeld composé de femmes (environ 500 Françaises) était voisin de celui de Tekla. Vers la fin, il fut rattaché administrativement à Buchenwald. « 

Notre camarade René GANDRILLE nous dit, en ces termes, ce que fut la fin du commando de Tekla :

Pierre Mania_evacuationkommandos
Evacuation d’un kommando, par Pierre Mania

 » Lors des évacuations (13 avril 1945) dues à l’avance des Alliés, les détenus furent scindés en 2 groupes; l’un représentant les invalides c’est-à-dire ceux qui ne pouvaient plus se traîner, fut enfermé dans un Block du Camp n°1, puis toutes issues bouchées, mitraillé par les S.S. assistés d’un char d’assaut ; l’extinction se poursuivit au lance-flammes : 2 ou 3 rescapés.

Le 2ème groupe, composé de déportés venus de différents commandos des environs de Leipzig, fut astreint pendant près d’un mois (du 13 avril au 9 mai 1945) à une marche forcée à travers ce qui restait de l’Allemagne belligérante, jusqu’en Tchécoslovaquie. Attelés avec des chaînes, par groupes de 25, il fallait traîner les grosses remorques où les SS avaient entassé leurs vivres et tout ce qu’ils pouvaient sauver.

Pendant 27 jours, ce furent des étapes de 30 à 50 kilomètres, sans nourriture; ceux qui étaient pris de faiblesse étaient abattus sur le champ et c’est ce qui explique, leurs corps jalonnant notre route, que partis plusieurs milliers de diverses nationalités, nous nous retrouvions quelques centaines à la Libération – environ une cinquantaine de Français.

Libérés le 9 mai 1945 par l’armée soviétique en Tchécoslovaquie, à proximité de Teplice, les Français furent rapatriés à partir du 24 mai 1945. En moins d’un mois combien sont tombés, nous l’ignorons, mais certainement plusieurs milliers. « 

Texte publié le 2° trimestre 1958 dans Le Serment N° 34