Témoignage de Willy FOGEL

Un enfant témoigne

Photographie d’un groupe d’enfants libérés de Buchenwald © AFBDK
Photographie d’un groupe d’enfants libérés de Buchenwald © AFBDK

Le 11 avril 1945, Buchenwald, le premier camp de concentration important vient d’être libéré. Les journalistes, les reporters de guerre envahissent alors le camp pour voir et constater le désastre créé par le régime nazi que le monde a soupçonné, depuis le début de la guerre sans trop y croire ni réagir. Le camp est visité par une délégation du Congrès des Etats-Unis.

Des monceaux de cadavres squelettiques jonchent le sol, et des centaines d’hommes, bien que vivants, ressemblent déjà à des spectres de la mort.

Mais ce que les visiteurs remarquent le plus c’est le millier d’enfants, pour la plupart juifs, qui se déplacent parmi ces cadavres à la recherche de quelque nourriture. Le plus jeune a 4 ans, une centaine ont moins de 10 ans ans et les autres entre 10 et 16 ans.

Depuis déjà quelques jours l’organisation du camp ne fonctionnait plus et aucune nourriture n’était plus distribuée. Un comité clandestin avait, bien des mois avant la libération, dérobé et collecté des armes, pour s’en servir le jour « J « . Et en effet, ce mercredi 11 avril vers 15 heures un groupe de déportés avec leurs armes occupent les points stratégiques du camp et notamment la « tour » de la porte d’entrée.

La nouvelle nous parvient aussitôt. Le combat avec les ex-gardiens est bref, ils partent en laissant leurs armes sur place, pour la grande joie des enfants qui en profitent aussitôt pour les récupérer. Les enfants se déplacent en groupe à la recherche de nourriture, pour eux, mais aussi pour des camarades malades ou affaiblis qui ont eu du mal à quitter leur couchette et sont restés dans le block. Les fermiers voyant arriver ces enfants armés n’en mènent pas large. Ils reviennent chargés de pain, d’oeufs et autres victuailles qui permettent aux jeunes de se nourrir.

Malgré les souffrances endurées par ces jeunes, aucun d’entre eux n’a fait usage des armes pour une quelconque vengeance. Même la brigade libératrice qui a fait plus de 100 prisonniers parmi les ex-gardiens SS du camp n’a pas pratiqué la vengeance. On a vu à peine quelques visages tuméfiés. Tous les prisonniers ont été remis vivants quelques jours après aux autorités militaires américaines.

Quelques jours après, nous avons quitté le camp pour nous installer dans la caserne de nos gardiens, et une nouvelle direction a pris les mesures pour que nous soyons ravitaillés normalement. Nous avons été désarmés par les Américains en même temps que la brigade, avec un peu de regret.

Texte publié le en juillet-août 2001 dans Le Serment N° 278