Dessins de Léon Delarbre

Léon Delarbre (1889-1974) arrive à Buchenwald le 14 mai 1944, matricule 53083.
Né en Alsace, où son père est horloger-bijoutier, passionné de dessin et de peinture, il est admis en 1911 à l’École des arts décoratifs et aux Beaux-Arts de Paris. Peintre et conservateur du musée de Belfort à partir de 1929, il y fonde l’école des beaux-arts, où il enseigne jusqu’à sa mort. Au cours de la débâcle de 1940, il sauve les œuvres confiées au musée de Belfort par les Musées nationaux.
Puis il réunit dans son musée vide les membres de la « Société des amis du musée », qui n’est autre qu’un comité de résistance. Au cours de la dernière réunion, le 3 janvier 1944, il est arrêté par la Gestapo et interné à la prison de la caserne Friederich, puis transféré le 9 mars au camp de Royallieu, à Compiègne, sans avoir été jugé. Le 27 avril, il fait partie du convoi qui part pour Auschwitz, mais il est ensuite envoyé à Buchenwald, où il est affecté à l’usine Gustloff pour fabriquer des crosses de fusil. Il est transféré à Dora après la destruction de l’usine lors du bombardement du 24 août 1944. Léon Delabre comprend
très vite que son talent d’artiste lui impose de témoigner de ce qu’il voit. Au prix de mille difficultés, Il réussit à se procurer des crayons et du papier – en arrachant par exemple des morceaux des bandes de papier qui recouvrent les tuyaux de chauffage – et dessine les
scènes de la vie ordinaire et misérable de ses compagnons. Pour cela, il doit se cacher, travailler dans toutes les positions, abrité derrière un camarade. Malgré son épuisement, il parvient à conserver ses dessins et à les transporter, cachés sur sa poitrine, jusqu’à son dernier camp, celui de Bergen-Belsen, où il est libéré par les Alliés. A son retour à Paris, ses dessins sont acquis par le musée d’Art moderne et ils sont déposés et exposés au musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. A peine rétabli, il reprend ses activités au musée et à l’École des Beaux-Arts. Entre 1953 et 1954, il exécute les cartons de cinq nouveaux vitraux pour la chapelle de Brasse, à Belfort. Entre 1950 et 1960, il décore des écoles de Belfort et en 1990, son nom est donné à l’Université de la vieille ville de Belfort.

Extrait de Buchenwald par ses témoins, Éditions Belin, 2004

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