Et malgré tout… la culture à Buchenwald

Dessin de Pierre Mania. "De temps en temps, certains dimanches, les SS permettaient l'organisation de concerts où, entre Déportés, on faisait assaut de bonne humeur. Mais certains camarades se laissaient aller à dormir de fatigue."
Dessin de Pierre Mania.
« De temps en temps, certains dimanches, les SS permettaient l’organisation de concerts où, entre Déportés, on faisait assaut de bonne humeur. Mais certains camarades se laissaient aller à dormir de fatigue. »

Le moral des troupes est essentiel pour gagner. Les internés-déportés politiques le savent et rapidement s’organisent non seulement pour engager des actions dans le camp qui améliorent la vie quotidienne (notamment question de nourriture, répartition du travail et santé), mais comprennent qu’en plus du moral à garder, il faut le transmettre aux autres, redonner courage à ceux qui abandonnent et confiance à ceux qui ne croient plus dans cet enfer que la victoire est peut-être possible. Ainsi naîtront de véritables moments de détente à l’ombre des crématoires.

Des déportés allemands parviennent à monter une bibliothèque, des Russes et des Ukrainiens qui chantent admirablement organisent des séances de chorale, des Français organisent pendant quelques heures libres des soirées où littérature et poésie sont à l’honneur, des Yougoslaves une soirée de danses folkloriques. Bien sûr, tout est clandestin.

De Buchenwald sont revenus de magnifiques poèmes et des écrits bouleversants.

Conjurer l’angoisse, c’était triompher, écrire c’était témoigner.

Les déportés résistants russes décident de créer une journal clandestin qui aura pour but de donner des informations sur le front militaire, des nouvelles du pays, et de parler de la situation intérieure dans le camp. Vingt six exemplaires sortiront. (consulter l’ouvrage « Buchenwald, Mahnung und Verplichtung », op. cit., p. 420)

Yves Boulongne, déporté français, écrira :

Ô ma mère très douce au cœur jamais lassé,
Pourquoi tant de soleil, pourquoi tant de jeunesse,
Puisque tu n’es plus là et que Dieu n’est plus là? (…)
Un jour proche il est vrai, je baiserai ton front,
Nourri de tous les sucs de l’humaine misère;
Ô mère, accorde-moi le geste fraternel,
Pour qu’au-delà des morts me surprennent tes yeux.

André Verdet, poète, ami de Robert Desnos, témoigne pour un camarade mort :

Tu me disais : Ma femme est belle comme l’aube (…)
Tu me disais : Ma femme est plus étrange que la vierge qui fuit derrière sa blancheur et ne livre à l’époux qu’un fantôme adorable
Tu me disais encore : Je voudrais lui écrire Qu’il n’est pas un aurore où je n’ai salué
Son image tremblant dans le creux de mes mains (…)
Tu es mort, camarade,
Atrocement dans les supplices
Ta bouche souriant au fabuleux amour

C’est dans la poche des guenilles de Robert Desnos que l’on retrouvera son dernier poème, dédié à sa bien-aimée et intitulé « Dernier poème » :

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé, tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres,
D’être cent fois plus ombre que l’ombre,
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.

Robert Desnos est mort le 8 juin 1945 à Thérézin.

Pierre Mania, Boris Taslitzky, Léon Delarbre, Auguste Favier rapportèrent des dessins-témoins de la vérité de Buchenwald qui tous, furent exécutés chaque fois au prix de leur vie.

Toutes ces manifestations d’art et d’émotion restent la preuve que le responsable de la jeunesse hitlérienne, Baldur von Schirach, pouvait bien hurler lors de ses meetings nazis : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver », la culture ne meurt pas pour ceux qui croient à la liberté.

Dessin de Léon Delarbre : Portrait au crayon de Maurice Hewitt, Violon du quator Capet
Dessin de Léon Delarbre :
Portrait au crayon de Maurice Hewitt, Violon du quator Capet

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