Lectures

Mémoire gravée, Pierre Provost, Buchenwald 1944-1945

À PARAÎTRE LE 25 MAI 2016

image-memoires-gravc3a9es« Graveur de talent avant guerre, Pierre Provost arrive à Buchenwald en janvier 1944. Il y trouve la force et les moyens de graver quelques objets et quelques médailles, ce qui était son métier. Il lui fallait être à l’abri des regards, posséder les outils nécessaires et la matière à transformer. Face à la machinerie nazie, la mécanique de la solidarité des détenus se met en place. Elle lui fournit les moyens d’exprimer son art. Il met cet art au service de ses compagnons de captivité. C’est sa manière de continuer à résister. »
Dominique Durand, Comité International de Buchenwald-Dora

« L’œuvre exceptionnelle de Pierre Provost m’a transportée dans un univers où se juxtaposent de façon ininterrompue l’Art et l’Histoire, celle du XXe siècle, qu’il a éprouvée dans ses heures les plus tragiques. « Dans une absolue maîtrise du dessin, de l’art de graver et de sculpter, il anime le métal et lui donne la parole, usant souvent de la symbolique, pour étendre la portée de son message de mémoire sur l’inhumanité du régime nazi, mais aussi sur l’inaltérable solidarité humaine. On voudrait refermer les doigts sur chacune de ses pièces, lentement, comme on le fait quand on tient un trésor qu’on ne veut plus lâcher. »
Agnès Triebel, Comité International de Buchenwald-Dora

Auteur : Gisèle Provost

Broché avec rabats – 16 x 22 cm – 144 pages – 72 documents et photographies en quadrichromie – mai 2016 – ISBN 978-2-86266-738-6

Ouvrage disponible à l’association à l’adresse ci-dessous au prix de 23 €, (frais de port : 5€) Association française Buchenwald, Dora et kommandos 3/5 rue de Vincennes 93100 Montreuil – Téléphone : 01 43 62 62 04 – Fax : 01 43 62 63 08 Mail : contact@buchenwald-dora.fr


BUCHENWALD PAR SES TÉMOINS
Histoire et dictionnaire du camp
sous la direction de Dominique Orlowski

BUCHENWALD PAR SES TEMOINS« Le dictionnaire documente des aspects très divers de la réalité concentrationnaire : la vie quotidienne, les événements importants de l’histoire du camp, la pathologie concentrationnaire, la production de guerre, les mémoriaux ou les associations de déportés. On trouvera aussi de nombreuses entrées sur les personnalités liées à l’histoire du camp, véritable carrefour européen au sein du système concentrationnaire. (…) Cet ouvrage témoigne donc de la vitalité persistante de la mémoire dans la constitution de l’historiographie française de la Déportation. » Michel Fabréguet, Vingtième Siècle, octobre-décembre 2015
« Ce remarquable ouvrage édité chez Belin trouvera assurément sa place non seulement dans les bibliothèques publiques, mais en ce qui concerne l’Éducation nationale, dans les centres de documentation et d’information présents dans tous les collèges et lycées de France. L’élève y consultera des occurrences signalées en classe par son professeur, celui-ci pourra également construire son cours à partir de telle ou telle entrée ; enfin le lecteur averti mais curieux pourra à la manière d’une lecture en hypertexte suivre son inspiration ou le hasard des pages, reconstituant à sa façon une histoire qui restera toujours parcellaire selon le mot de Primo Levi : « Nous les survivants ne sommes pas les vrais témoins (…) nous n’avons pas touché le fond. » Jean-Michel Crosnier, la Cliothèque, février 2015
Ouvrage disponible à l’association à l’adresse ci-dessous au prix de 34 €, frais de port inclus (29 € sans les frais de port) Association française Buchenwald, Dora et kommandos 3/5 rue de Vincennes 93100 Montreuil – Téléphone : 01 43 62 62 04 – Fax : 01 43 62 63 08 Mail : contact@buchenwald-dora.fr
Paru dans le Serment N°359

Lors des Rendez-vous de l’histoire 2014 à Blois, Dominique Orlowski a présenté le livre « Buchenwald par ses témoins ». Retrouvez l’entretien ici : https://www.youtube.com/watch?v=1AO2LhL590U


LE PULL-OVER DE BUCHENWALD
de Bertrand Herz

1716270-20412-thickboxBertrand Herz est déporté vers Buchenwald à l’âge de 14 ans. De retour à Paris, en 1945, il reprend ses études, fait carrière, vit sa vie. Ce n’est qu’au début des années quatre-vingt-dix qu’il revient sur son passé : En retournant à Buchenwald, en participant aux activités de l’Association. Aujourd’hui il publie ses souvenirs en s’efforçant de nous faire partager le regard qu’il avait à l’époque.

« Je suis un miraculé. J’aurais dû être déporté à Auschwitz et gazé comme la quasi-totalité des 76 000 juifs de France arrêtés. Mais j’ai été interné à Buchenwald. J’aurais pu, à Buchenwald, mourir d’épuisement dans la sinistre carrière où les déportés devaient extraire des pierres sous les coups des surveillants SS. Mais je n’y ai presque jamais travaillé. J’aurais pu être battu ou même tué parce que j’avais, un jour, donné un coup de pied à un Stubendienst. Mais il ne m’est rien arrivé. J’aurais pu succomber aux graves infections que j’ai contractées. Mais ma constitution physique m’a permis de m’en sortir. J’aurais dû, pendant l’évacuation forcée vers Buchenwald pour fuir les Américains, traînard épuisé au bord de la route, recevoir une balle de SS dans la nuque. Mais cette balle, je ne l’ai pas reçue. J’aurais dû, à l’issue de cette évacuation, arriver à Buchenwald et repartir vers l’Est dans une « marche de la mort ». Mais, inexplicablement, j’y suis arrivé trop tard et juste à temps pour me faire libérer. En 1945, après mon retour, j’ai voulu effacer de ma mémoire le souvenir de ma déportation. Mais n’était-ce pas injuste vis-à-vis des hommes qui étaient à mes côtés, notamment mon père, un homme d’un courage et d’un optimisme extraordinaires, qui n’a cessé de me protéger jusqu’à sa mort ? » D’une admirable simplicité, ce récit est le bouleversant témoignage d’un adolescent déporté dans les camps de la mort pour la seule raison qu’il était juif. Le lecteur n’en sortira pas indemne. (Texte tiré du site de l’éditeur)

Retrouvez le témoignage de Bertrand Herz

Ouvrage disponible à l’association à l’adresse ci-dessous au prix de 19,90 €, (frais de port : 4,10€) Association française Buchenwald, Dora et kommandos 3/5 rue de Vincennes 93100 Montreuil – Téléphone : 01 43 62 62 04 – Fax : 01 43 62 63 08 Mail : contact@buchenwald-dora.fr


LUTETIA 1945
AFMD-DT

La très belle exposition mise en œuvre par les Amis de la Fondation pour la mémoire de la déportation de Paris sur le retour des déportés, trouve son prolongement dans la parution d’un modeste recueil de témoignages réalisé par Catherine Breton, fille de Pierre Breton, KLB 44109, et titré : Lutetia, 1945. Le choix très pertinent des témoignages, y compris ceux de journalistes accompagnant les libérateurs, ou de personnalités les accueillant, est éclairé de statistiques, d’une chronologie et d’une rapide description des organismes accompagnant ce retour. Il permet de saisir les difficultés matérielles mais aussi les questions éthiques et politiques auxquels la société française se trouva confrontée, et d’abord de nombreux de déportés.

Lutetia 1945, AFMD-DT 75, 12€
Article paru dans Le Serment 361


 DE TROUVILLE SUR MER À BUCHENWALD
de Charles Corlet

Résistant normand, Lucien Levillain, déporté à Buchenwald fin janvier 1944 (KLB 44861) et de retour à Trouville fin mai 1945. Il avoue que « la cicatrisation n’aura jamais lieu » et que « la résurrection (a été) plus pénible que prévue ». Il aura attendu 1995 pour commencer à fixer ses souvenirs de résistant et de déporté, « heureux d’avoir mis à l’abri de tourments supplémentaires » ses parents et son épouse, car « personne n’aurait pu comprendre ». Mais voici enfin ces souvenirs écrits et publiés, un livre dense, souvent épique, qui reste au plus près du quotidien. Le camp de Buchenwald n’y représente qu’un moment relativement court car Lucien Levillain, après quelques semaines de quarantaine au block 62 du petit camp est transféré vers le Kommando Julius de Schönebeck sur Elbe, usine Junkers. Bien que relativement favorisé par un travail dans un atelier, il doit survivre dans un environnement qu’il décrit avec précision. Début avril, le Kommando est évacué. Débute alors une grande errance de 23 jours, qui le conduira jusqu’au Nord de l’Allemagne et au contact avec les troupes américaines qui l’accueilleront fraichement. Son incompréhension, sa colère et son ressentiment sont encore perceptibles, comme le souligne dans sa préface, le Professeur Fournier. Plus de soixante dix ans après la libération, le temps des témoignages n’est pas encore révolu.

Lucien Levillain, De Trouville-sur-mer à Buchenwald, itinéraire d’un déporté résistant, Editions Charles Corlet, Condé sur Noireau, 2014, 300 p. 26€
Article paru dans Le Serment 361


LE SERPENT CHAUVE DEVIENT ZAZOU
de Gérard Fournier

Dans les premiers jours de juillet 1943, l’antenne de Falaise (Calvados) du réseau de résistance Prosper-Physician est décapitée par les services allemands. Ses trois responsables sont immédiatement transférés à Paris où ils s’aperçoivent rapidement que la Gestapo sait tout, ou presque tout, du réseau. Les arrestations locales s’enchainent. Après des semaines ou des mois passés en prison les hommes du groupe de Falaise se retrouvent en novembre au Frontstalag de Compiègne. Ils prennent la route des camps en décembre 1943 et janvier 1944. Jean Michel Cauchy est déporté à Buchenwald par le convoi du 14 décembre, celui de Christian Pineau, le reste des hommes par celui du 17 janvier, les femmes vers Ravensbrück le 31 janvier.
Le Professeur Gérard Fournier, qui raconte avec précisions et allant cette histoire s’appuie sur nombre de documents familiaux pour serrer au plus près la vérité : photos, courriers, liste de transports, interrogatoires. L’histoire de quelques jeunes hommes et femmes, souvent chef de famille, qui s’engagent auprès des Alliés contre l’occupant.
Tout d’abord en quarantaine au block 62 du petit camp, les résistants Falaisiens sont intégrés dans des transport pour Dora ou Flossenbürg, à l’exception de leur chef, Cauchy, affecté au bloc 34 et de Georges Bertin, déplacé au bloc 58 puis admis au Revier où il décèdera. Cauchy sera par la suite transféré à Langenstein. Le 9 avril il sera intégré dans une marche de la mort de laquelle il tentera de s’échapper pour être abattu.
Avaient-ils été trahis ? Comment leur réseau, le plus important réseau britannique du Spécial Opérations Executive en France a-t-il pu s’effondrer en quelques semaines et la plupart de ses agents disparaître dans l’univers concentrationnaire ? Fournier avance prudemment l’hypothèse qu’un « accord, ou un pacte, non écrit, a été passé entre le SD de Paris et les organisateurs du réseau Prosper » en se refusant à accréditer la thèse d’un double jeu des britanniques.

Gérard Fournier, Le serpent chauve devient zazou, Editions Charles Corlet, Condé sur Noireau, 2015, 330 p. 25€
Article paru dans Le Serment 361


REVUE EUROPE
« Témoigner en littérature »

Le débat relatif au primat du témoignage sur la démarche historique archivistique ou, inversement celui du « métier d’historien » versus la parole de « celui qui a compris avec sa chair », est vieux comme la pratique de la démarche historique testimoniale .
De Thucydide à Pierre Nora, en passant par Villehardouin et Michelet , le débat ne cesse de se nourrir d’arguments aussi contradictoires qu’inépuisables .
L’excellent dossier que la revue « Europe *» consacre au sujet a le grand mérite, non seulement de traiter des approches très pragmatiques de la question, mais encore d’ouvrir « grand l’angle de vision » l’inépuisable polémique, incontournable et à rebonds multiples, liée aux grands conflits armés européens du vingtième siècle. Ici, en effet, pas de sujet tabou, pas d’anathèmes à obsession récurrente, mais une pluralité d’approches au service des sujets traitées, avec pour seul point commun : Témoigner en littérature
Mais attention ! Il s’agit bien de littérature avec le «l» minuscule qui s’impose ; les auteurs évoquant ici la nature plus que le sujet de l’écriture ou même sa forme sémantique ou lexicale: ils y insistent constamment, privilégiant, sans reprendre souffle, la méthode au procédé.
Certes, se retrouvent au détour des pages de la revue, Primo Levi , Jorge Semprun ou Robert Anselme… mais le postulat de base y est, avec obstination , la pluridisciplinarité : de l’Economie avec la crise de 1929 ; du Droit avec le procès Eichmann ; de la barbarie d’ Etat avec la Kolyma stalinienne, les crimes de Mao ou les massacres de Pol Pot… tandis qu’aux détours d’analyses savantes mais limpides , se nichent également des perles d’un humanisme bouleversant, tel, notamment le superbe article de Oka Yoko- Todeschini consacré aux victimes des bombes d’Hiroshima et Nagasaki où des dizaines de milliers de femmes et d’enfants furent « plus témoins que tout autre», du fait, rappelle Madame OKA Yoko, que soixante-dix ans plus tard , des petits-enfants de ces « enfants du feu nucléaire » naissent encore victimes de leucémies ou de mal-formations … Un hommage appuyé également pour la remarquable analyse proposée par François Rastier et dévolue au «mentir-vrai» testimonial : un authentique bonheur de subtile érudition .
Bref, un numéro d’anthologie pour qui veut approfondir l’inépuisable thème de la «mémorialisation» et nous invite à ne jamais lâcher le fil d’Ariane devant nous guider, toujours , avec une infaillible vigilance sur le chemin des Hommes de la liberté…

Revue « Europe », Témoigner en littérature, (numéro 1046-1047 janvier-février 2016) 20€
Article paru dans Le Serment 361


JE SUIS EN VIE ET TU NE M’ENTENDS PAS
de Daniel Arsand

Triangle rose déporté à l’âge de 19 ans, à Buchenwald de 1941 à 1945, Klaus, le personnage principal du roman de Daniel Arsand, rentre chez lui à Liepzig. Il y retrouve sa mère, son père et son frère. Au chaos indescriptible de cette ville dévastée, se mêle celui, tout aussi indescriptible, de son âme et de son corps. Torturé adolescent par le rejet sournois de sa famille en raison de son orientation sexuelle ; torturé pas les sévices de 4 années d’enfermement d’un « triangle rose » dans un camp de concentration ; torturé enfin par la disparition de son amour, interné avec lui et mort en déportation ; Klaus décide de quitter l’Allemagne. Sa rencontre avec Maurice, déporté français à Sachsenhausen, est décisive. Maurice, lui, ne se sent pas capable de retrouver sa femme avant d’avoir retrouvé forme humaine. Ensemble ils regagnent Paris. A pied. Au prix d’un long périple à travers l’Allemagne puis la France. A Paris Klaus reprend progressivement une vie sociale, une activité professionnelle. Dans ce Paris d’après guerre la vie d’un homosexuel n’est pas des plus simple.
Daniel Arsand nous fait vivre le combat de Klaus au travers d’une écriture haletante. L’enchaînement de phrases courtes, au rythme accéléré des battements du cœur de celui qui craint perpétuellement d’être pris, d’être vu, d’être découvert, offre au lecteur une vision forte, un ressenti charnel de la lutte quotidienne d’un être bien vivant et qui peine tant à se faire entendre.

Christophe Rabineau

Daniel ARSAND « Je suis en vie et tu ne m’entends pas » : Acte Sud, – 2016, 270 p. 20 €
Article paru dans Le Serment 362


 UNE PETITE VILLE NAZIE
de William S. Allen

L’historien américain William S. Allen propose la radiographie minutieuse et passionnante d’une petite ville d’Allemagne : Thalburg en Basse-Saxe. L’analyse recouvre la période 1930-1935, elle a pour objectif de mettre à jour les rouages de la montée du nazisme dans une petite ville ordinaire bien tranquille qui a voté majoritairement pour le Troisième Reich.
L’enquête de W.S. Allen relève de l’anthropologie. Ici, pas de grande envolée théorique, c’est en ethnologue qu’Allen officie en s’intéressant à tous les détails de la vie quotidienne : salaires, allocations de chômage, coûts des denrées et aussi, vie associative, activités paroissiales, élections, etc. Allen se sert de tout : registres municipaux, presse locale et régionale, entretiens. On voit avec précision les effets de la crise de 29, la montée progressive du nazisme, les jeux de pouvoir entre les différentes factions politiques, l’influence des églises catholique et luthérienne. En effet, l’idéologie nazie s’est infiltrée insidieusement sur fond de crise, de chômage, d’inégalités sociales criantes en véhiculant un rêve grandiose réparateur, une mélodie du bonheur pour mille ans…
Servi par un style clair et enlevé, cet ouvrage technique se lit comme un roman qui montre comment cela a pu arriver : « Sur place, écrit Allen, presque personne à cette époque ne réalisait ce qui se passait […] Chaque groupe discernait bien tel ou tel aspect du nazisme, mais aucun ne le saisissait dans toute son ampleur et dans toute son horreur » (p.373-374).
Un livre sur le passé pour décrypter le chant des sirènes d’aujourd’hui.
Corinne Benestroff

William S. Allen, (1965), Une petite ville nazie, Paris, Collection texto- Editions Tallandier, 2016, 444 p. 10,50 €
Article paru dans Le Serment 362


LA LIBERTÉ GUIDE NOS PAS

« La commémoration du centenaire de la naissance du poète et Académicien français Pierre Emmanuel (1916 -1984) donne lieu à la publication d’un superbe recueil de  ce qu’il  nommait lui même la  » poésie résistante « .
Pierre Emmanuel s’occupa, durant toute l’Occupation,  de la publication de journaux pour la Résistance, (notamment dans la Drôme et le sud de la vallée du Rhône) et de la publication de documents destinés à ses frères de combats. Ses amis ? Paul Eluard, Robert Desnos, Louis Aragon… Ses intimes ? Pierre Seghers et aussi Henri Maspero (matricule 77489), mort à Buchenwald en mars 1945 , et qui n’a cessé d’habiter ses pensées  : de ces  » Hommes (qui ) ont su  mourir pour demeurer des Hommes  » écrira-t-il. Beaucoup de ses amis n’ont pas survécu ; lui eu la chance de ne pas être arrêté et de pouvoir  continuer à  » brandir la plume comme une arme « . Grand humaniste, fervent chrétien, Pierre Emmanuel voit aujourd’hui certainement parmi les plus beaux de ses poèmes publiés dans cette nouvelle édition de textes « datant de l’époque de la servitude » et paru à la Libération chez Seghers ou dans la revue Fontaine, de Max Pol Fouchet, à Alger.

Jean-François Fayard

La liberté guide nos pas, Editions Bruno Doucey, 2016, 144 p.15€
Article paru dans Le Serment 362


REVUE « EN JEU »

Le septième numéro de la revue En Jeu consacre un mini – dossier (et le défini comme tel) aux conséquences psychotraumatiques de la déportation et les questions liées à leur évaluation. Les auteurs en sont connus et spécialistes. Ils ont participé à de nombreux colloques sur la déportation (Serge Raymond dans le colloque sur le corps à l’épreuve de la déportation dont les actes sont publiés aux éditions du Geai bleu, Serge Raymond et Michel Pierre au colloque de la FMD, en 1992 sur Témoins et témoignages paru chez L’Harmattan ) et il est heureux qu’ils publient enfin leurs connaissances et réflexions dans une revue à vocation scientifique. La contribution de Martin Catala et Jean-Michel André est la plus innovante car elle s’intéresse à l’épigénétique et la transmission biologique à la descendance des séquelles du stress de la déportation. Dans une autre contribution, Serge Raymond revient sur la souffrance des déportés libérés,et sur la transmission par le non-dit. Pour sa part, Michel Pierre, s’interroge sur l’identification et l’évaluation des séquelles psychotraumatiques des déportés,

En Jeu, numéro 7, juin 2016, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 152 p. 17€
Article paru dans Le Serment 362


REVUE « EN JEU »
Actualité de Jean Norton Cru
Usages et mésusages des témoignages

EN JEULa Première Guerre mondiale a la particularité de voir surgir sur la scène éditoriale, et cela aussitôt le 11 novembre passé, le témoignage de ceux l’ayant vécue ; mais le Jean Norton Cru acteur et témoin de Verdun n’est pas Fabrice del Dongo à Waterloo…
Ainsi, l’auteur de Témoins  : essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants, ouvre-t-il le territoire du récit testimonial non seulement à la « chose vue » (et vécue), mais aussi au droit, à la psychologie, à la linguistique, à la littérature dite « de guerre », autant d’approches ayant fourni le terreau et la méthode de ce qui ne tardera pas à s’appeler la Nouvelle École historique.
Maurice Genevoix, autre combattant, sera d’ailleurs parmi les premiers à déceler la sagacité et la pertinence de la démarche de Cru pour la connaissance et le reconnaissance du fait historique appréhendé dans sa globalité et sa variété analytique. Le contre-coup ? La réfutation par certains témoins de leur propre expérience mémorielle confrontée à celle d’autres s’étant trouvés dans des circonstances similaires. Mais Jean Norton Cru, lucide, avait d’ailleurs, dès l’immédiat après-guerre, évoqué les possibles conflits mnésiques menés, en toute bonne foi pour la plupart, par les différents « participants » à cet événement singulier que fut 14/18.
C’est ainsi que l’expérience concentrationnaire de la Seconde Guerre mondiale verra, elle aussi, l’émergence d’une authentique littérature portée par ses victimes (Levi, Semprun et tant d’autres), ceux-ci s’étant trouvés en butte à la suspicion en légitimité d’autres témoins.
La récurrence de ce casus belli autour de la « mémoire litteraire » porte désormais un nom, celui que lui a donné l’historienne Charlotte Lacoste : le « couplage éthique-esthétique ».
Ce type de débats, ambigu dans le genre, mais passionnant dans l’expression, est pertinemment analysé par l’excellent dossier que consacre la revue En Jeu dans sa dernière parution intitulée  : Du témoignage autour de Jean Norton Cru. A lire toutes affaires cessantes pour qui s’intéresse aux formes que doit adopter ce que Milan Kundera nomme « l’inépuisable lutte de la mémoire contre l’oubli ». J.-F. F.

Revue En Jeu, n°6, (décembre 2015 ) publié par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation
Article paru dans Le Serment 360


LÉON BLUM, UN PORTRAIT
de Pierre Birnbaum

BLUMLa biographie que Pierre Birnbaum consacre à Léon Blum est à la fois robuste et subtile. La robustesse est celle de cet héritier de Jaurès dénonçant, avec une conviction d’apôtre laïque la persistance chronique du « mur de l’argent » cloisonnant de manière pérenne « ceux qui peuvent vivre sans travailler,de ceux qui ne peuvent vivre qu’en travaillant ». La subtilité réside dans l’évocation de Léon Blum qui, sous le feu croisé et successif des barresiens et des staliniens, exprime son émerveillement pour la phrase stendhalienne, une mélodie de Bruckner ou l’engagement « féministe–» de Virginia Woolf ! Atterré d’avoir vu ses amis socialistes voter les «pleins pouvoirs» à Laval, il est arrêté par la police pétainiste le 15 septembre 1940 avant d’être traduit devant ce qu’il appellera le « tribunal de l’abjection » en février 1942. Envoyé finalement à Buchenwald (comme éventuelle « monnaie d’échange ») il y retrouve Georges Mandel, hébergé également dans un pavillon se trouvant en dehors du camp. C’est là, au milieu de ses livres préférés (Shakespeare, Gide, Hugo ou, ironie du sort, Goethe) qu’il épouse, le 8 octobre 1943, Jeanne Levylier. Le 24 août 1944, du fait du bombardement allié sur les usines dépendant du camp, Blum découvre « l’horreur quasi démente » du crématoire (il évoquera longuement cette atroce révélation dans son livre Le Dernier mois). Léon Blum est finalement rapatrié en France le 14 mai 1945 et Pierre Birnbaum nous donne à lire des extraits de la correspondance qui se noua entre lui et le chef de la France Libre  : « Je ne conçois pas qu’un tel pouvoir (celui issu de la Libération) puisse s’établir et fonctionner sans vous » avant de terminer par « l’assurance de sa haute considération ». Venant de De Gaulle, l’hommage n’est pas mince  ! J.-F. F.

Leon Blum, un portrait, Pierre Birnbaum, Éditions Le Seuil, 2016, 20 €
Article paru dans Le Serment 360


LES GUÉRIR
de Olivier Charneux

LES GUERIRLe médecin nazi danois Carl Vaernet est mort à Buenos aires en 1965 à l’âge de soixante-douze ans d’une rupture d’anévrisme. Le 5 mai 1945, Carl Vaernet avait été arrêté chez son frère, et, comme d’autres collaborateurs nazis, détenu à Alsgade Skole, à Copenhague. Il avait été interrogé par les services de renseignements danois et la mission britannique militaire au Danemark. En septembre il fut considéré comme un criminel de guerre et, à ce titre, déféré devant le tribunal de Nuremberg qui allait juger les médecins nazis en janvier 1947. En novembre, à la suite d’un accident cardiaque, il fut hospitalisé trois mois puis autorisé à poursuivre sa convalescence chez son frère. Le médecin lui donnait une espérance de vie limitée. En août 1946 son état s’étant, selon les médecins, détérioré, Vaernet fut autorisé à se rendre en Suède pour suivre un nouveau traitement. En décembre 1946 il rendit visite à un médecin d’Amsterdam. Puis sa trace fut perdue. On le retrouvera au Brésil, puis enfin en Argentine. Le Danemark demandera vainement son extradition puis abandonnera ses démarches en février 1949.
De quel crime de guerre Vaernet était-il coupable ? C’est le sujet que traite, sous une forme légèrement romancée, Olivier Charneux, dans son livre Les Guérir. Et Buchenwald y tient une bonne place. Car le docteur Vaernet s’y livra, avec l’autorisation express d’Himmler, à une série d’expériences sur des détenus homosexuels allemands dans le but de Les guérir, les guérir de ce que Vaernet considérait comme une maladie les rendant malheureux.Eugen Kogon, dans l’Etat SS a parlé de ce médecin qui arrive à Buchenwald à l’automne 1944 et qui injecte des hormones synthétiques à des cobayes homosexuels et procède également à des essais sur des castrats.Le texte que nous propose Charneux est dense, rapide, proche d’une biographie. Mais il est totalement centré sur son sujet : dire ce qui conduit Vaernet à s’intéresser médicalement aux homosexuels, et à considérer qu’une thérapie peut les rendre « normaux ». Montrer comment ce projet est soutenu par la haute hiérarchie nazie en lien avec des laboratoires.C’est au block 46 qu’eurent lieu les expériences. On retrouve dans le récit de Charneux le docteur Ding-Schuler et le kapo Arthur Dietzsch, on découvre la personnalité des cobayes. L’écriture est sobre, rigoureuse, ne s’autorise aucun détour. Un seul cobaye a survécu.
« Faire connaitre un personnage et des faits historiques totalement oubliés ont été mes motivations principales pour écrire ce livre. Des expériences médicales sur des déportés homosexuels ont été menées en 1944 au camp de Buchenwald par un médecin danois devenu nazi Carl Værnet qui n’a jamais été inquiété ni extradé d’Argentine où il a fini ses jours en 1963. Mon but était de raconter son parcours de 1914 à 1945 hors de tout manichéisme et diabolisation, dans sa banalité même. Værnet n’est pas Mengele. La rapidité et la facilité avec laquelle se sont mises en place ces expériences sont sidérantes. Il a suffi d’un terrain favorable conjuguant une pensée eugéniste assez répandue en Europe et dans les pays anglo-saxons, un médecin ambitieux et opportuniste, une industrie pharmaceutique avide de dividendes et la rencontre avec un pouvoir politique réceptif (Himmler a reçu Værnet, l’a financé, lui a ouvert les portes de Buchenwald et fournit les cobayes) pour qu’une minorité soit réduite au rang de souris. Certains propos entendus au moment de La manif pour tous conjugués aux résultats inquiétants du FN et à certaines déclarations politiques évoquant la « race blanche » m’ont convaincu de la nécessité d’écrire ce livre, dédié aux victimes. Le roman permet de révéler des comportements, de raconter l’Histoire dans le quotidien, de mettre en situation de vrais discours politiques ou médicaux, de montrer l’aveuglement d’un homme d’une façon concrète et vivante. » Olivier Charneux

Article paru dans Le Serment 360


LETTRES D’UN OUVRIER DÉPORTÉ
De Maronne à Auschwitz, les deux résistances de William Letourneur
de Pierre Dietz

lettres-ouvrier-deporte-dietz-zPaul Le Goupil, déporté à Langenstein, m’a adressé ce livre pour que je le porte à votre connaissance. Je l’en remercie car il retrace l’itinéraire d’un homme William Letourneur et ses difficiles conditions tout au long de sa captivité au travers de ces extraordinaires courriers conser- vés par la famille.
William Letourneur est né le 24 février 1898 à Pont Audemer. A cette époque sa mère était déjà veuve, et mère de deux autres garçons. Lors de la première guerre mondiale il est envoyé au front où il sera blessé. Après la guerre, il se syndique et adhère au parti communiste. Lors de la seconde guerre mondial, il s’en- gage très rapidement dans le mouvement de résistance Front National. Il est arrêté le 3 mars 1943 sur dénonciation et est incarcéré à la prison Bonne-Nouvelle de Rouen. Commence alors une extraordinaire corres- pondance avec son épouse Hélène où il dé- crit autant que faire ce peut ses conditions de détention. De la prison, il demande à son épouse de transmettre des nouvelles des autres détenus, par le biais d’un pot à double fond mis avec le linge après lui avoir expliqué comment le réa- liser. Ainsi il pourra faire passer des messages aux familles des autres résistants. Du 7 mai au 26 juin 1943 il est à Compiègne. Il continue sa correspondance et explique que les conditions sont moins difficiles. Il demande à son épouse des vivres et précise qu’il partira sûrement en Allemagne. Effectivement il fait partie du convoi du 25 juin 1943 qui arrive à Buchenwald le 27. Il reçoit le matricule 14516. Il reste au camp jusqu’au 26 janvier 1944 où il est transféré à Lublin (matricule 9316). Il y restera jusqu’au 22 juillet 1944 où il est à nouveau transféré à Auschwitz (matricule 190530) d’où il sera libéré le 27 janvier 1945. C’est après un long voyage de retour qu’il retrouvera sa famille le 10 mai 1945.
Nous suivons son parcours au travers des très émouvantes lettres échangées avec Hélène. Ces lettres sont reproduites dans le livre et retranscrites car parfois difficile à lire en raison de la qualité du papier utilisé. Les témoignages de Paul Le Goupil, Floréal Barrier et René Louis Besse viennent éclairer le lecteur et enrichir le récit historique.
C’est son arrière petit-fils, Pierre Dietz, de nationalité allemande, car sa mère, la petite-fille de William Letourneur, a épousé un allemand, qui a réuni ces courriers pour en faire ce très beau livre, illustré par ailleurs, de nombreux dessins d’Auguste Favier et Pierre Mania, de photos et reproductions d’affiches d’époque, additionné de graphiques retraçant les parcours successifs de William Letourneur.

Pierre Dietz, Éditions Charles Corlet,14110 Condé-sur-Noireau, juillet 2015, 298 pages, 22 euros
Article paru dans Le Serment 359


DE POITIERS À BERGEN-BELSEN
Mémoire d’un résistant-déporté
du docteur Armand Roux

POITIERSNé en 1886, médecin et maire de la commune de Latillé, dans la Vienne depuis 1929, le Docteur Armand Roux s’engage dans la résistance des 1940 : Faux papiers, passage de la ligne de démarcation, aide aux réfractaires, etc. En septembre 1942 il intègre l’un des réseaux du SOE britannique, le réseau Artist et étend son action à la réception de parachutages d’armes et de matériels et à l’entretien de filières vers l’Espagne. Sans doute trahi, il est arrêté par la Gestapo en février 1944, incarcéré à Poitiers, conduit vers Compiègne en avril 1944 et embarqué dans le convoi dit des « tatoués » vers Auschwitz, le 30 avril. « Le bruit se répandait (à Compiègne) qu’il s’agissait de représailles pour l’affaire Pucheu » écrit-il dans le journal qu’il rédigea à son retour des camps et qui est enfin publié. On sait que ce convoi fut des le 14 mai renvoyé vers Buchenwald, le Dr Roux écrivant à ce sujet que Kramer, le commandant d’Auschwitz « ayant été fort troublé de constater qu’il n’y avait là que des Français catholiques (…) et ne voulant pas endosser la responsabilité (de leur) exécution». Le 15 mai le train est à Buchenwald. Armand Roux devient le matricule 52 845 et est dirigé vers le block 51 du petit camp où il reste jusqu’en juillet avant d’être au block 57. Il est alors intégré dans le kommando du Holzhof puis dans celui de la ferme. Fin juillet 1944 le voici dans le grand camp au block 45. Fin août il assiste au bombardement de la Gustloff et est ensuite muté, avec l’aide de Marcel Paul, au grand Revier comme « Häfling Artz », détenu médecin. Le 15 septembre c’est donc comme médecin qu’il part pour le Kommando de Holzen en cours d’installation. En avril ce camp est évacué en direction de Bergen-Belsen où les détenus survivants, décimés par une succession de bombardements des voies parviennent le 10 avril. Le 15 le camp est libéré par les troupes anglaises. Fin mai le Dr Roux rentre en France. Le 7 juin il est accueilli dans sa commune dont il restera maire jusqu’en 1957. Il décèdera en 1960.Son témoignage est exceptionnel : Détaillé sur les conditions de vie, précis à l’extrême dans les descriptions, souvent accompagnées d’un croquis de situation. Dur ou compréhensif vis a vis de ceux qui l’entourent. Sa relation du camp de Bergen-Belsen est effroyable. Celle de Buchenwald l’est moins. Ce sont des descriptions de clinicien. Un ouvrage où l’on apprendra beaucoup sur la vie quotidienne des détenus et sur des endroits peu connus du camp comme la ferme.Armand Roux dans la folie du bombardement de Celle, qui avait détruit le train le conduisant à Bergen-Belsen, s’était fait volé ses « trésors ». Parmi eux, les dessins que lui avait confiés Camille Delétang, l’un de ses compagnons à Holzen. Ces dessins ont été retrouvés 67 ans plus tard et font désormais l’objet d’une exposition inaugurée en Allemagne en 2013. L’ensemble constitue un témoignage de grande valeur sur ce que fut la déportation dans les camps nazis de patriotes français.

Armand Roux, De Poitiers à Bergen-Belsen, mémoires d’un résistant-déporté, Geste éditions, La Crèche, 424 pages, 25€
Article paru dans Le Serment 359


CARNET DE DÉPORTATION de Gabriel Blanc

CARNET DE DEPORTATION DE GABRIEL BLANC - Hubert BLANC -Né à Evian en 1908, arrêté le 15 septembre 1943 par la Gestapo, Gabriel Blanc part de Compiègne vers Buchenwald par le convoi du 17 janvier ( Matricule 41233) et est immédiatement transféré vers Dora où il arrive le 12 février 1944. Le 6 avril 1945 il est évacué vers Bergen-Belsen, où il sera libéré le 15 avril. Durant sa déportation, il écrit sur un petit carnet des recettes de cuisine, des listes de denrées alimentaires, des adresses mais surtout des poèmes. Sa famille a conservé ce trésor qui vient de faire l’objet d’une édition

Article paru dans Le Serment 359


BLOCK 46
de Johana Gustawsson

Couverture Block 46 définitiveAvec le block 50, le block 46  est à Buchenwald, le laboratoire de l’institut d’hygiène de la Waffen SS. Son responsable est le Docteur Erwin Ding-Schuler que seconde le Dr Waldemar Hoven. Le block 50, un laboratoire ultramoderne, est dédié à la recherche de production de vaccin contre le typhus. On sait que la maladie est provoquée par des rickettsies, celles-ci étant transmises à l’homme par les poux. Les rickettsies inactivées par le formol peuvent constituer un vaccin efficace mais on ne sait pas les cultiver à grande échelle en tube à  essais. Diverses expériences sont conduites. A Buchenwald la principale voie choisie est d’infecter des lapins, prélever leurs poumons, qui, une fois broyés et traités au formol  sont transformés en vaccins. Une soixantaine de prisonniers sont  affectés à cette production que conduit Alfred Balachowsky, pasteurien et entomologiste reconnu, membre d’un groupe de résistance rattaché au réseau britannique Prosper, arrêté en juillet 1943 et arrivé à Buchenwald en janvier 1944. Si le block 50 est un block de production, le block 46 est lui le block d’expérimentation. Des détenus y sont transformés en cobayes depuis le début de l’année 1942. On y brûle des détenus au phosphore pour tester des pommades cicatrisantes, on y injecte des hormones à des homosexuels « pour guérir la pédérastie » ; on y cultive des rickettsies sur des prisonniers dont le sang sert ensuite à infecter d’autres cobayes ; on y teste des vaccins et des médicaments contre le typhus et la fièvre jaune… De 1942 à fin 1944, 24 séries d’essais furent menées portant sur un nombre de détenus variable, un millier au total. Qui étaient ces malheureux cobayes ? une poignée de volontaires attirés par des promesses jamais tenues, des « droits communs », des « asociaux », des prisonniers de guerre soviétiques et quelques détenus politiques ». Le kapo du block est un triangle rouge nommé Arthur Dietszch qui est membre de la résistance clandestine du camp.
Bibliographie : Eugen Kogon, L’enfer organisé, 1946, pp 159 / Nicolas Chevassus-au-louis, La recherche, numéro 370, décembre 2003

Le livreL’affaire commence presqu’évidemment  par la découverte d’un cadavre sur une plage suédoise. Un cadavre mutilé dont les mutilations rappellent d’autres cadavres, ceux d’enfants cette fois, découverts auparavant dans la banlieue nord de Londres. Un commissaire suédois, une profileuse britannique, une écrivaine française mènent l’enquête. Mais parfois nous sommes dans la peau du tueur. Ou dans celle de son complice. Un tandem de sociopathes donc. Souvent aussi nous sommes à Buchenwald, au coeur du block 46, en compagnie d’Erich Ebner. Nous sommes arrivés avec lui au camp en juillet 1944, nous connaissons son numéro matricule, nous savons qu’il est Allemand, qu’il est affecté aux crématoires et que bientôt il l’est au block 46 où il devient l’assistant du médecin SS qui…
A la libération du camp, en avril, Erich, interné survivant, a été évacué vers Ravensbrück d’abord puis la Suède, où il s’est installé.
La succession de courts chapitres qui charpentent le livre de johana Gustawsson nous fait aller d’un pays à l’autre, d’un moment à l’autre du présent au passé. C’est une façon habile de brouiller les pistes tout en forgeant des certitudes, sans coup de théâtre. Des indices apparaissent qui lentement se cristallisent pour former solution. Mais ce précipité est-il celui de la vérité ?
Il faut attendre les dernières pages du livre pour se dire « mais oui, bien sûr » !
Pour qui ne savait rien de Buchenwald il apprendra beaucoup. Pour qui savait il ne pourra nier la part de vérité de l’histoire que finiront par trouver les trois enquêteurs.

Johana Gustawsson : « Block 46 est le point de rencontre d’envies et de besoins qui bouillonnaient en moi depuis longtemps : le désir de m’immiscer dans la tête d’un tueur en série et dans celle d’un profileur et de les accompagner dans leur chasse à l’homme ; l’envie de créer un duo d’enquêtrices qui, chacune à sa manière, l’une par la plume, l’autre par la psychologie, se nourrissent des serial killers qu’elles traquent.
Mais le désir le plus impérieux était de fouiller un pan de mon histoire familiale : celui de la déportation de mon grand-père, Simon Lagunas, au camp de concentration de Buchenwald. Je ressentais le besoin d’exhumer les bribes de récits que j’écoutais enfant, à la fois fascinée et terrifiée, de retrouver ses cauchemars de déporté ; rassembler les souvenirs racontés par mon père ; me les approprier pour mieux les ressusciter. Block 46 est ainsi progressivement devenu une plongée dans la Seconde Guerre mondiale et dans l’âme trouble des serial-killers, qui interroge le crime de masse à l’échelle de la grande comme de la petite histoire.
Lors de mes recherches, j’ai découvert une réalité bien plus atroce, barbare et sanguinaire que celle qui m’avait été racontée. Une réalité que j’ai tenté de retranscrire dans Block 46 à travers l’histoire d’Erich Ebner. Une réalité qui au fil d’un thriller classique, rend hommage à la mémoire des survivants de l’enfer des camps, celle des cinquante-six mille victimes qui moururent à Buchenwald, ainsi que des millions d’autres qui périrent dans les camps nazis. »

Article paru dans le Serment N°358


COURAGE ET ESPOIR
de Yves Castaingts

COURAGELes témoins disparaissent, leurs familles « rangent » les papiers et découvrent des correspondances, des documents, des photos. Yves Castaingts vient de connaître cette expérience et publie le récit de déportation de son père, instituteur à SaintPalais (zone occupée) mais demeurant à Béhasque-Lapiste (Zone libre) et membre du réseau Brutus. Arrêté en décembre 1943 à Lyon, JeanPierre Castaingts est interné à Montluc, transféré à Compiègne début mai 1944 et embarqué dans le convoi du 12 mai, celui de Ducoloné et Sudreau, vers Buchenwald où il devient le 52292. Il n’est pas, comme il l’écrit « tiré » de ceux qui sont désignés pour partir vers Dora et se retrouve, en juin, à Harzungen, puis en janvier 1945 à Ellrich. Le 3 avril il commence une «marche de la mort» vers Hambourg, puis Brême et Bergen-Belsen. Dans un état de santé pitoyable, il ne prend la route du retour que le 10 juin, et est chez lui le 5 juillet. Les lettres qu’il envoie à ses parents et qui sont également publiées complètent fort utilement la brièveté du récit d’origine, de même que les quelques allocutions qu’il prononça sur la tombe de ses camarades de résistance ou de déportation, ou les articles qu’il fit paraître dans l’hebdomadaire de la fédération socialiste des Basses Pyrénées (aujourd’hui Atlantiques) Le Travail. On y remarque la solidarité permanente des Basques.
Le poème que lui dédie le troubadour Jean-Pierre Gaubert en fin d’ouvrage résume parfaitement ce qu’a été « Ce Jean-Pierre là », instituteur, résistant, militant de la République et du Progrès, apôtre des lendemains mais aussi de l’Ovalie, « cœur ardent à s’engager ».

Yves Castaingts, Courage et espoir, L’Harmattan, 2015, 200 p. 20euros.
Article paru dans le Serment N°357


PLUS FORTES QUE LA MORT
de Marie-Josèphe Bonnet

CV_PlusForteMortOK4.inddQuelques unes de ces «femmes oubliées» plus connues aujourd’hui, que notre association avait présentées en 2007 sont les actrices de la courte étude que MarieJosèphe Bonnet vient de consacrer aux gestes d’amitiés, de solidarité, que les déportées ont pu pratiquer dans les camps tout simplement pour survivre.
Le mérite de ce livre est d’utiliser une quarantaine de témoignages féminins pour mettre en valeur le tissage de liens sociaux voire amoureux pour résister à la déshumanisation, par-delà les clivages sociaux et nationaux. Cette approche complète utilement des travaux plus académiques menés notamment par Claire Andrieu ou Christine Bard sur la déportation féminine.

Marie-Josèphe Bonnet, Plus forte que la mort, Editions Ouest France, 176 p., 13euros
Article paru dans le Serment N°357


LA MÉMOIRE DE LA DÉPORTATION
de Olivier Lalieu

histoire_SHOAHOn connaît le travail pionnier d’Olivier Lalieu sur le « devoir de mémoire », ses travaux sur la mémoire de la déportation, son livre sur la résistance française à Buchenwald qui complète utilement le livre que Pierre Durand avait écrit il y a près de quarante ans sur le même sujet. C’est à la mémoire de la shoah qu’il consacre sa dernière étude. De facture classique, suivant une chronologie que lui dictent les événements et la société, le temps gaullien, le temps Klarsfeld, le temps Chirac Olivier Lalieu montre l’émergence publique d’une mémoire juive de la déportation, qui va supplanter la mémoire résistante et politique de celleci. Quelles sont les raisons de ce paradigme, si paradigme il y a ? Olivier Lalieu refuse de se situer dans cette alternative. Il parle d’évolution et non de rupture, décrit les facteurs endogènes et exogènes de cette situation : A la libération, 3000 rescapés «raciaux», 50 000 survivants « résistants et politiques ». L’ordonnance de 1945 qui définit un statut du déporté en le plaçant sous le signe de la résistance. Des témoignages et une mémoire où dominent, dans l’immédiat après guerre Buchenwald et Ravensbrück. Une amicale d’Auschwitz qui contribue à asseoir «l’image d’un camp à part par l’ampleur des crimes commis et les moyens employés par les nazis et en même temps d’un sort non spécifique aux juifs ». La création d’une Association d’anciens déportés juifs de France où l’antifascisme prédomine. L’autonomisation de la perception du génocide est liée aux procès qui s’ouvrent dans les années 1960 puis au renouveau historiographique des années 1970. Elle s’affirme avec des reconnaissances législatives et institutionnelles au début des années 1990, une présence inédite dans la culture de masse au gré d’inflations littéraires ou cinématographiques. La page n’était pas blanche en 1945, conclut Lalieu, la Shoah s’est échappée de la globalisation. Il faut conserver dans l’avenir une mémoire collective des victimes du nazisme.

Olivier Lalieu, Histoire de la mémoire de la shoah, éditions Soteca, 250 p. 22euros.
Article paru dans le Serment N°357


UNE JEUNE FILLE QUI A DIT NON
de Juliette Bes

Livre Une jeune fille qui a dit NON P 11La parution du Petit Cahier sur les évasions des Marches de la mort, nous a permis de découvrir le récit de notre amie Juliette Bes Une jeune fille qui a dit non, déportée à Ravensbruck, envoyée en juillet 1944 au Kommando de Leipzig-Schönefeld puis jetée sur les routes dans la nuit du 13 au 14 avril, pour une errance qui s’acheva le 8 mai 1945.
Cette longue route, Juliette Bes en raconte les jours et les nuits, et la transformation d’une colonne de femmes en troupeau puis en horde. Le groupe s’est disloqué quand les gardiens SS ont disparu. Avec quelques «copines», Juliette a erré jusqu’à se retrouver seule avec l’une de ses camarades, Paulette, et devoir affronter les balles et les hommes. Elles ont échappé aux premières et ont dû se protéger des seconds, trouvant chez les uns convoitise et chez d’autres compassion.
Début mai, elles ont croisé un camion américain. La liberté et le retour vers la France n’ont pas été une chose simple mais enfin ce fut Paris.
«Ai-je repris une vie normale ? écrit Juliette Bes. Lorsque je suis rentrée je n’avais pas 22 ans, j’étais devenue vieille. Il m’a fallu des années pour retrouver mon équilibre, pour réapprendre à sourire, à ne plus avoir peur».
Ce court témoignage, édité chez Cap Bear éditions, ferait un beau film. Il montre le cheminement qui a conduit de nombreux jeunes ayant grandi dans un climat de luttes sociales, de solidarité antifasciste à s’engager dans la résistance, être arrêtés, déportés, qui, après guerre, se sont reconstruits et, en témoignant, poursuivent leur engagement.

Juliette Bes, Une jeune fille qui a dit non, Cap Bear Editions, 114 pages, 12 euros
Article paru dans le Serment N°356


SOUVENIRS, SOUVENIRS
de André Boucicault

André Boulicault, fils d’Henri, déporté à Buchenwald (Mle 44478) vient de coucher sur le papier quelques «éclats de vie» qui éclairent son parcours d’enseignant, d’éducateur, de militant, d’honnête homme engagé. C’est un texte écrit d’abord pour sa famille et ses amis, où sont mis en valeur quelques épisodes de sa vie personnelle dans un désordre chronologique. Né en 1934, André a eu une enfance «fracassée» par le nazisme avec la disparition de son père, secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Chagny, en Bourgogne, militant communiste, conseiller municipal de la ville, tôt passé dans la résistance FTP puis arrêté et déporté à Buchenwald où il est mort le 6 mars 1944. C’est en lisant le courrier qu’André Boulicault a adressé au célèbre psychiatre et psychanalyste Boris Cyrulnik, que le poids du père disparu prend toute son importance pour comprendre les engagements du fils dans la laïcité, l’éducation populaire, et la transmission de la mémoire de la déportation dont il est encore, à plus de quatre-vingts ans un ardent protagoniste.

André Boulicault, Souvenirs, souvenirs, 15 euros sur commande à : boulicault@orange.fr
Article paru dans le Serment N°356


L’ENFER RÉGLEMENTÉ
Le régime de détention dans les camps de concentration
de Nicolas Bertrand

Livre Nicolas Bertrand L'enfer réglementé P 11La thèse de Nicolas Bertrand sur l’encadrement normatif qui s’est appliqué aux camps de concentration nazi apporte un éclairage nouveau au fonctionnement de ces camps. Jorge Semprun avait écrit, dans Quel beau Dimanche ! que «tout était administré, classé, répertorié, inventorié et contresigné à Buchenwald», que «l’ordre bureaucratique règne sur l’empire SS», et il avait raison. Cette administration obéissait à des règles de droit, comme le démontre parfaitement le remarquable travail de M. Bertrand. Avec la minutie du juriste, il reconstruit les procédures précises qui gèrent la détention, de l’arrivée du détenu au camp jusqu’à l’incinération de son cadavre et le traitement de ses cendres. Cet encadrement normatif, invisible du déporté qui ne perçoit que le règne de l’arbitraire, comme le relève avec la vision du témoin Stéphane Hessel dans la préface de l’ouvrage, est fait pour broyer le détenu après avoir exploité sa force de travail. Mais il a une autre fonction : légitimer les violences de l’encadrement. Le SS qui frappe et tue agit «dans les règles».
Le travail de N. Bertrand permet de mieux comprendre la question du courrier ou des colis, la gradation des châtiments, les différents statuts du travail dans les camps, etc. Plus fondamentalement il apporte de nouveaux éléments aux discussions sur la nature du régime nazi souvent considéré comme un régime arbitraire dans lequel l’ordre de la terreur peut s’exercer sans contrainte.
Cependant, comme en convient Nicolas Bertrand, s’il existe des règles, ce sont celles d’un régime totalitaire, souvent à discrétion de celui qui les applique, mais permettant au camp de fonctionner conformément à un ordre d’apparence juridique et rationnelle.

Nicolas Bertrand, L’Enfer réglementé, le régime de détention dans les camps de concentration, Perrin, 400p. 23,90 euros
Article paru dans le Serment N°356


UNE VIE CONTRE UNE AUTRE
de Sonia Combe

COMBESÀ Buchenwald en 1944, des communistes allemands sauvent un enfant juif âgé de trois ans d’un convoi pour Auschwitz en rayant son nom de la liste. L’histoire de cet enfant servira de trame au livre de Bruno Apitz Nu parmi les Loups. Si cet enfant a été sauvé, un autre est parti à sa place. Ces «échanges de vies» ou de vie contre un mort, comme le raconte Semprun dans Le mort qu’il faut en 2001 étaient connus et acceptés comme une nécessaire solidarité. Mais les circonstances du sauvetage de cet enfant là et la découverte de procès secrets menés à la fin de la guerre dans la zone d’occupation soviétique et en RDA contre des détenus politiques anti-nazis, devenus kapos de Buchenwald, procès qui conduiront certains d’entre eux à la mort, posent une multitude de questions soulevées dès la libération puis revenant régulièrement au gré du contexte politique (en France dans les procès faits à Marcel Paul notamment à la fin des années 1940) puis des interprétations historiques. En Allemagne, la parution du livre collectif de Niethammer sur Les Kapos rouges de Buchenwald, en 1994 puis celle du documentaire éponyme de Bönnen et Endres en 1996 marquent à ce titre un tournant.
Fondée sur l’écoute de témoignages essentiellement collectés par la Shoah Foundation, sans que ce choix soit clairement explicité, croisés avec une partie de la littérature mémorielle ainsi qu’avec des archives personnelles de déportés (notamment celles de David Rousset), l’étude de Sonia Combe veut montrer comment la substitution de déportés a pu être une modalité de survie dans les camps de concentration dont ont bénéficié aussi bien Stéphane Hessel qu’Imre Kertész ou encore Jorge Semprun pour citer des noms connus. Analysant la pratique de l’échange comme une situation à laquelle médecins déportés et prisonniers politiques ont été confrontés au quotidien, elle s’interroge sur les usages de la révision de l’histoire de l’antifascisme dans l’Allemagne actuelle. Sans idéaliser la conduite des détenus comme avait pu le faire une certaine vulgate de la résistance antifasciste, ni la condamner au nom de l’éthique, elle cherche à comprendre l’évolution des jugements portés sur la pratique de «l’échange de vie» dans les camps en fonction du nouveau climat politique et d’une reconfiguration des mémoires.
La réception de son livre en France a été instrumentalisé par une partie de la presse, et ces critiques ont été l’objet de vigoureuses réactions d’anciens déportés, dont nos amis Viens et Herz. Sonia Combe a accepté de répondre à leurs objections.
Historienne, chercheuse à l’ISP-CNRS (Université de Paris-Ouest) et chercheuse associée au Centre Marc Bloch, à Berlin, où elle a enseigné à l’université Humboldt et à la Freie Universität, Sonia Combe est l’auteure notamment de Archives interdites, L’histoire confisquée (La Découverte, nouvelle édition 2001) et Une société sous surveillance, les intellectuels et la Stasi (Albin Michel, 1999).
Dominique Durand

La réponse de Sonia Combe : « Je crois avoir expliqué dans ma préface les raisons de cette étude : dans le prolongement de mes recherches sur la réécriture de l’histoire dans la période de l’aprèscommunisme, le traitement du sauvetage de Stefan J. Zweig m’est apparu comme un cas d’école : on « découvre » qu’il a été échangé et cet échange serait la preuve que les héros de la Résistance antifasciste glorifiés par la RDA ne seraient pas des héros. On parle désormais de « mythe antifasciste » et de « légende » du sauvetage. Cette nouvelle vision de l’histoire a deux conséquences sur le remaniement de l’exposition du Mémorial : a) surévalué par la RDA, le rôle des antifascistes (essentiellement communistes) à Buchenwald est désormais minoré (le mot « communiste » est pratiquement banni des panneaux d’explication) ; b) la surexposition du cas de Stefan J. Zweig dans l’exposition (exhibition de la liste) vise à détruire un mythe de l’idéologie antifasciste estallemande. Malheureusement elle ne conduit pas à l’essentiel, soit à expliquer cet aspect de la « zone grise » que constituait l’échange. De surcroît, il s’agit, vis-àvis de Stefan J. Zweig, d’un manque de tact (Herzenstakt, comme on dit en allemand) de la part des commissaires de l’exposition dont le directeur reste, en dernière analyse, le responsable. Quel était alors le but recherché ? Son cas donne l’impression d’avoir été surtout utilisé pour délégitimer l’historiographie et l’exposition de la RDA.
Mon objectif n’était pas d’écrire l’histoire de Buchenwald. D’autres (que je cite) l’ont fait et sont bien plus qualifiés que moi pour l’écrire. Je me suis concentrée sur une pratique, reprochée aujourd’hui aux antifascistes, qui est celle de l’échange de victime dont je crois avoir démontré qu’elle relevait du quotidien. Comme il n’existe pas d’ouvrages qui lui soient consacrés, j’ai recherché dans la littérature mémorielle des références à ce procédé (ma connaissance des archives et de l’œuvre de David Rousset m’a beaucoup aidée) et j’ai pensé que c’étaient dans les témoignages oraux ou audiovisuels que je pourrais en trouver. Il est rare, ou alors sous la plume sophistiqué de Semprun, qu’on trouve mentionné dans un récit avoir été échangé et cela se comprend. Les entretiens écoutés ont confirmé mon hypothèse et leur indexation, notamment pour ceux recueillis par la Shoah Foundation, comme je l’explique, en permettait le repérage.
En ce qui concerne les archives, celles de Buchenwald sont à Bad Arolsen où je me suis rendue et j’ai pu voir des listes de convois pour Auschwitz ou pour des commandos de travail. Des noms y sont bel et bien rayés et remplacés, ce qui atteste de la pratique de l’échange. Je doute qu’elle soit inscrite dans les documents produits à Buchenwald. »

Article paru dans le Serment N°353


SI J’AVAIS SU, J’AURAIS PAS ENTENDU
de Marie José Bernanose – Van Gheluwe

-si-j-avais-su-j-aurais-pas-entendu-une-enfant-et-le-silence-des-deportes-de-marie-jose-bernanose-van-gheluwe-livre-896627407_LCheffe d’entreprise Marie José Bernanose – Van Gheluwe raconte, dans un langage simple et précis, ses souvenirs d’enfant face au silence des déportés. Son grand père paternel, engagé dans le réseau Turma Vengeance est mort à Buchenwald. Sa grand mère paternelle, elle aussi membre de ce réseau, a été déportée à Ravensbrück. Son père a été déporté à Dachau et est mort quelques années plus tard. Elle avait alors quatre ans. Elle n’a appris ce passé que par bribes et a enfin compris des silences, des attitudes, disons le des manies, tous ces signes qui ont parfois hanté ses rêves. Les chapitres sont courts, liés à ses souvenirs dont l’empilement problématique ne trouvera son explication que tardivement.
Cela commence par l’affaire du Liquide vaisselle pour dégraisser les assiettes, passe par ces noëls qui ne sont pas des noëls, évoque les miettes de pain ramassées sur la table, raconte les visites au médecin, l’inquiétude et la tristesse d’une mère.
Ces fragments de mémoire sont écrits avec les mots de la vie courante et les lecteurs de ma génération y retrouveront sans doute des lambeaux de leurs propres souvenirs.
L’auteur de cet ouvrage témoigne désormais dans les collèges normands où sa parole est très écoutée. Elle n’a pas été témoin déportée mais elle sait dire la reconstruction mémorielle à laquelle elle s’est livrée pour évoquer ce que fut la déportation des siens et les séquelles qui en ont imprégné sa vie.
Si j’avais su, j’aurais pas entendu, une enfant et le silence des déportés, éditions Fabert, 15 euros.

Article paru dans le Serment N°353


LES AMIS SÉPARÉS

Livret réalisé par les élèves de la classe de CM1 CM2 de l’école Matisse à Vesoul (70), pour le concours départemental de la Résistance et de la Déportation 2012 : ils ont obtenu le premier prix. Pour préparer ce concours, Colette Gaidry (Présidente de l’ANACR 70) les a rencontrés pour expliquer ce qu’est la déportation, à l’aide de dessins d’un enfant déporté, Thomas Geve, réalisés à la libération de Buchenwald. Ils ont imaginé une fiction mettant en scène deux enfants de leur âge, qui vivent des situations ayant réellement existé.

Edité par l’ANACR 70. Prix : 3 euros (4,55 euros avec port) Commander à Colette GAIDRY, 5 rue de Franche Comté, 70000 VESOUL
Article paru dans le Serment N°353

Ouvrage disponible à l’association à l’adresse ci-dessous au prix de 3 €, (frais de port : 2€) Association française Buchenwald, Dora et kommandos 3/5 rue de Vincennes 93100 Montreuil – Téléphone : 01 43 62 62 04 – Fax : 01 43 62 63 08 Mail : contact@buchenwald-dora.fr


AUGUSTE CELSE, DIT LE GUSTE-MATRICULE 40035
De Auguste Celse

Le parcours tragique d’Auguste Celse, dit le Guste, ressemble à celui de mon oncle, Marcel Thouplet – matricule 41163. Tous deux sont arrêtés le même jour lors de la manifestation patriotique du 11 novembre 1943 à Grenoble, internés à Compiègne pendant deux mois, puis déportés à Buchenwald dans le même convoi le 17 janvier 1944. Auguste se retrouve dans le block 62, oncle Marcel dans le block 51. Le premier est transféré à Dora le 11 février, le second deux jours plus tôt.
A son retour de déportation, Auguste Celse consigne son calvaire dans un cahier d’écolier pour l’enfouir aussitôt au fond d’un tiroir et tenter de l’oublier. Mais cette précieuse mémoire resurgit 60 ans après grâce à son fils, Jean-Pierre Celse, et au journaliste Claude Muller qui décident de publier son récit.
Auguste est dépouillé de tout. Il connait la désinfection, la faim, les appels interminables, les nuits sans sommeil sur des châlits pouilleux. Puis c’est la sélection et le départ pour les tunnels de Dora. Auguste y travaillera 12 heures par jour pendant 14 mois sous la férule de gardiens sadiques et brutaux. Sa première équipe compte 118 déportés. Trois mois plus tard, ils ne sont plus que 18 encore vivants ou en état de travailler. Auguste tient bon grâce aux colis et aux photos objets strictement interdits que sa femme lui envoie. Au mois de janvier 45, il assiste à l’arrivée d’un convoi de déportés évacués d’Auschwitz. Véritable spectacle d’épouvante. 4000 personnes entassées dans des wagons sans eau et sans nourriture pendant 13 jours. Peu d’entre elles survivent. Les rations alimentaires, déjà bien maigres, diminuent et les exécutions sommaires se multiplient ; Auguste doit défiler devant ses camarades pendus. Mais les troupes alliées se rapprochent et l’ordre d’évacuation est lancé le 4 avril 1945. Débute alors un voyage-supplice de 10 jours dans des wagons à bestiaux, sans nourriture et sans hygiène, puis à pied sur un terrain difficile. Certain de ne pas survivre, Auguste pleure et transmet ses dernières volontés à un camarade qui parvient à le réconforter. Le 14 avril, affamé et épuisé, il atteint le camp de Ravensbrück. Il y restera jusqu’à son évacuation le 26 avril. Auguste doit repartir sur les routes. Deux jours plus tard, à son réveil sur les bords d’un lac, il s’aperçoit que les gardiens ont disparu. Auguste est libre ! Hélas, le retour en France n’est pas une mince affaire. Auguste et ses camarades voyagent par leurs propres moyens jusqu’à Ludwigslust. Pris en charge par les armées américaine et anglaise, ils se retrouvent dans le camp de rapatriement de Rheine. Pour Auguste, un nouveau voyage en train commence à Kevelaer. Le trajet sera : KevelaerBruxelles, puis Bruxelles-Hasbruck dans le nord de la France. Après un arrêt à Lyon, Auguste arrive enfin chez lui, à Grenoble, le 22 mai 1945.
Isolé, loin de la France et des êtres qui lui sont chers, Auguste nous décrit au fil des pages sa souffrance morale et physique : les privations, le froid, la sauvagerie des S.S. et des kapos – il est férocement battu à plusieurs reprises. Il explique le processus de deshumanisation du système concentrationnaire nazi : lorsque les hommes en sont réduits à voler dans les gamelles des chiens pour survivre. Mais le récit d’Auguste est aussi truffé d’anecdotes qui révèlent une camaraderie à toute épreuve, un espoir toujours latent, toujours précieux, et une extraordinaire résistance de l’homme dans les pires conditions.
Oncle Marcel aussi est rentré de déportation, mais rongé par la maladie. Une maladie inoculée volontairement par un médecin nazi. Cobaye humain pour des expériences médicales sur la tuberculose, il n’a jamais pu recommencer sa vie là où elle s’était arrêtée un 11 novembre 1943 à Grenoble devant le monument des Diables Bleus. La maladie finit par l’emporter un jour de mai 1962, à l’âge de 38 ans.
Agnès Barnard

Auguste Celse – Ma déportation, Editions Claude Muller 594 rue du Brocey 38920 Crolles-Prix 15 euros (+frais de port)
Article paru dans le Serment N°352


VINGT-TROIS MOIS DANS LES CAMPS NAZIS
de André Mulier

MulierMembre de notre association, André Mulier a voulu dans son livre raconter sa vie avant, pendant et après la déportation car ces trois périodes sont inséparables. La première, par la résistance, l’a conduit à Buchenwald et Langenstein. Typographe de formation, le journal de Pithiviers L’Avenir où il travaille étant interdit par les Allemands en 1942, il est embauché à la Société nationale de constructions aéronautiques du Nord, en banlieue parisienne, où il sabote du matériel destiné à l’occupant. Il rentre dans la résistance au Front national de Libération. Il est arrêté avec une partie de son groupe pour se retrouver à Compiègne et fait partie du convoi du 25 juin 1943. Décrivant la vie quotidienne à Buchenwald, il parle de son travail à la DAW mais aussi de ses camarades de Pithiviers, dont son ami Albert Muller grâce auquel il obtiendra le poste de stubedienst à Langenstein, Kommando où il est transféré le 26 septembre 1944.
S’il a pu ainsi éviter le travail dans le tunnel, il n’échappe pas à la faim terrible de fin 1944. Evacué le 9 avril 1945, il s’échappe avec d’autres de la «marche de la mort». De retour à Pithiviers le 9 mai 1945, il souffre des séquelles de sa déportation. De nombreuses opérations, à partir de 1951, dix jusqu’à maintenant, affectent son moral et il connaît plusieurs dépressions. «Le camp nous a littéralement démolis, physiquement et moralement …la déportation a complètement bouleversé ma vie….c’est impossible d’oublier.»
Il se bâtit néanmoins une nouvelle vie, se marie, a deux enfants et reprend son travail de typographe à Pithiviers puis à Orléans. Il a, à nouveau, des activités sportives et musicales mais surtout il partage des moments heureux avec ceux qu’il appelle «des amis pour la vie», tous anciens déportés. Avec eux, il se donne pour mission de faire connaître la déportation à travers l’association des Mutilés du Loiret, l’UDAC et l’AFMD. Son livre est à la fois un témoignage et un flambeau de la Mémoire de la Déportation qu’il veut transmettre.

Marie-France Reboul André Mulier, Vingt-trois mois dans les camps nazis Buchenwald et Langenstein, L’Harmattan, 2013
Article paru dans le Serment N°351


LA DÉPORTATION DANS LES CAMPS NAZIS
d
e Agnès Triebel

racontezmoiCette nouvelle édition de 56 pages, ouvrage relié et illustré, insiste sur la déportation en France et explique les particularités des principaux camps en Europe. L’ouvrage explique également les raisons de la montée du nazisme en Allemagne et de son expansion dans toute l’Europe. Il décrit ce que furent les camps de concentration et d’extermination : le voyage, la vie dans les camps, les maladies, les violences mais aussi la Résistance et la solidarité. Le livre relate la fin des camps : la libération, le procès de Nüremberg et aborde également le devoir de mémoire face à cette atrocité que fut la déportation. Les encarts « Saviez-vous que… », véritable ADN de la Collection du Citoyen, complètent la lecture en la rendant plus pédagogique. Ce sont des précisions ou des commentaires originaux, qui dépassent le cadre purement informatif et permettent d’élargir sa culture générale.
Par exemple : « Saviez-vous que… Les crimes contre l’Humanité sont imprescriptibles, c’està-dire que leurs auteurs peuvent être poursuivis jusqu’au dernier jour de leur vie. ».
La déportation est un événement capital et terrible de notre histoire. Connaître la réalité des camps est nécessaire pour éveiller les consciences face à toutes formes de barbarie. Cet ouvrage, Racontez-moi… La Déportation, a pour but de faire découvrir aux lecteurs cette période noire de l’Histoire, de faire savoir ce qu’ont été ces camps de l’horreur.
Un livre indispensable pour découvrir avec des mots simples un fait capital de l’Histoire.
Explique-moi… racontez-moi, expliquez-moi… raconte moi, La déportation dans les camps nazis
Auteur : Agnès Triebel
Préface : Marie José Chombart de Lauwe, présidente Fondation Mémoire de la Déportation
Format : 15 x 21cm, 56 pages, Ouvrage relié illustré
Editeur : NANE Editions
ISBN : 978-2-84368-106-6

Prix public : 10 euros TTC (13 euros port compris)
Article paru dans le Serment N°350


LES LOUPS DE GERMANIE
De Raymond Levasseur

4601-loups-zPublié sous forme de feuilleton dans un journal local de l’Eure en 1946, le récit de la déportation de Raymond Levasseur, ancien séminariste, à Buchenwald et Neu-Stassfurt est réédité pour la quatrième fois. “Les Loups de Germanie”, est un témoignage poignant et authentique, construit à partir des notes d’un jeune déporté, depuis son arrestation dans l’Eure par les SS en mai 1944 alors qu’il est entré dans la résistance et cherche à établir un contact avec Le Front national de libération jusqu’à son évasion d’une marche de la mort, un an plus tard.
Chaque étape est évoquée avec précision, dans un style clair et d’une lucidité parfois brutale. Pour la préface à une réédition antérieure, R. Levasseur, décédé en 1982 avait publié le courrier que lui avait adressé un de ses lecteurs, compagnon de déportation. Celui-ci écrivait «Chacune des pages des «Loups de Germanie» a pénétré dans ma chair, tes souvenirs sont mes souvenirs, tes souffrances sont les miennes, tes déceptions, tes colères, tes angoisses font partie de mon passé et peut-être de mon présent.(…) Ton livre est plein de choses qui résonnent en ma mémoire et de cris que j’étouffe encore en ce moment.(…) Puissent les générations futures se pencher sur des livres comme le tien, s’y réfugier, imaginer les méfaits d’un peuple qui s’est laissé diriger par une meute et accepter le spectacle que nous avons connu !»

Les Loups de Germanie, éditions Charles Corlet,19 €
Article paru dans le Serment N°350


UN PARCOURS AGITÉ
De Émile Gente

Notre ami Emile Gente, plus de quatre-vingt-dix ans aujourd’hui, s’est enfin décidé à fixer par écrit les souvenirs qu’il livre avec une passion exemplaire depuis des années aux plus jeunes : il y raconte l’inhumanité des hommes, lorsqu’ils deviennent racistes ou xénophobes sous différents drapeaux. Robert Charvin, Doyen honoraire de la Faculté de Droit de Nice a raison de souligner, dans sa préface la «vie d’honnêteté, de désintéressement, de refus des compromissions, de fidélité de l’auteur,» que ce récit, ou plutôt ce témoignage, illustre. C’est un homme du nord, de ceux dont les parents ont vu passer les Hulans pendant la grande-Guerre, de ceux qui n’ont pu poursuivre leur scolarité, réservée à l’ainé, et qui se sont retrouvés au boulot dès la sortie du Primaire. Travaillant ici et là, suivant des cours du soir, pas malheureux, Emile a 15 ans au moment du Front Pop’. Il s’engage contre l’extrême-droite. Il est mobilisé en juin 1940, a dit-il, «juste le temps de s’habiller en militaire et de disposer d’un fusil sans bandoulière» pour suivre l’armée qui recule, « sans provisions, ni nourriture ». Parce qu’il est de la classe 1939, le voici en chantiers de jeunesse, en Lozère, et enfin démobilisé il revient chez lui. Il y retrouve ses « copains », rentre aux FTP et de juin 1943 à avril 1944 assure des liaisons entre des groupes et avec les FFI. Arrêté, il arrive en août 1944 à Buchenwald. Il faut lire son récit de l’arrivée à la gare de Weimar, son entrée dans le camp. Comment se retrouve –t-il au block 26 et à la blanchisserie du camp, qui côtoie-t-il ? Le témoignage d’Emile Gente est précis, explicatif. Le 8 avril 1945 il part dans une colonne, une marche de la mort dont il s’évade le 28. Il croise les troupes Américaines le 1er mai, est en France vers le 8 ou 9 mai. Dans l’élan de la reconstruction, il devient permanent communiste avant de rompre avec le Parti assez rapidement. Il entre alors à la Sécurité sociale où il poursuivra sa carrière.
J’ai connu Emile Gente alors qu’il présidait la Mutuelle générale de Nice avec la passion qui l’avait fait survivre jusque là. Elle anime ses mémoires et lui permet de continuer son chemin. Scellé dans la mémoire d’Emile demeure à jamais le souvenir d’une scène originelle qui, régulièrement, refait surface. Ce pacte conclu le 2 mai 1945 entre les quatre jeunes hommes émaciés et tremblants, qui s’étaient évadés : ne jamais oublier les camarades tombés derrière les barbelés et témoigner de l’horreur des camps…Depuis, près de soixante-dix ans ont passé et Emile Gente se remémore la solidarité qu’il avait organisée au block 26. Inlassablement, il continue à dérouler cette page d’histoire, à transmettre ce corpus tissé d’héroïsme, de peur, de sang, de courage et de lâchetés, cette mémoire douloureuse et nécessaire.
DD

Emile Gente, Souvenirs d’un homme libre, intègre et rassembleur, les Amis de la Liberté, 4 rue Fodère, Palais Astraudo 06300 NiceTéléphone : 06.87.09.25.44 Email : amisdelaliberte@yahoo.fr
Article paru dans le Serment N°350


UN « POILU » À BUCHENWALD
De Jean Hoen

HOENLorsqu’il est déporté au camp de concentration de Buchenwald le 3 septembre 1943, Jean Hoen décide de poursuivre une entreprise commencée dès le premier jour de sa détention au camp de Compiègne : l’écriture, au fil des jours, du récit de sa captivité. Il a alors 58 ans. Il est ancien combattant de la Grande Guerre, menuisier-ébéniste de formation, résistant. Il a été dénoncé. Il veut témoigner en conscience de ce qu’il vit et voit.Pendant près de deux ans, jusqu’à son évasion et son retour à Paris le 15 mai 1945, il met un point d’honneur à poursuivre et clore son « reportage vécu » conservé précieusement dans une boîte en fer blanc. Ce récit immédiat de son parcours et de sa confrontation à l’univers des camps nazis est un document historique inestimable. Jean Hoen décrit ainsi, de façon saisissante, les étapes du transport, l’arrivée à Buchenwald, le tri des déportés puis la vie quotidienne du camp et de ses camarades, sa vision de la condition humaine confrontée à la violence et la misère extrêmes. Une matière brute nous est livrée, une voix « immédiate » s’élève en une évocation minutieuse de la vie quotidienne et de l’univers du camp par un homme d’âge mûr, porteur d’un ideal patriotique forgé par ses origines lorraines, l’épreuve du feu durant la Première Guerre mondiale et son engagement dans la Résistance à Marseille. Un document exceptionnel aujourd’hui publié pour la première fois. Il est présenté par Olivier Lalieu, historien (auteur de La Résistance française à Buchenwald, 2012), illustré par des dessins originaux de Ralph, compagnon de déportation de Jean Hoen, et suivi de photos prises par les Américains à la libération du camp, en avril 1945.

Jean Hoen, K.L.B. Journal de Buchenwald (1943-1945), ou le journal inédit d’un déporté, Presses universitaires de France, 23 euros.
Article paru dans le Serment N°350