Histoire du camp

DU KOMMANDO AU CAMP DE DORA

Entrée sous la colline d'un des deux tunnels de Dora
Entrée sous la colline d’un des deux tunnels de Dora

À la suite du bombardement (nuit du 17 au 18 août 1943) de l’usine de Peenemünde (sur la Baltique) où étaient fabriquées les fusées V2, il a été décidé le transfert de cette production dans des usines souterraines de Thuringe et d’y utiliser des détenus. C’est ainsi qu’à la fin août 1943, le camp de Dora a été créé, et que le « tunnel « a été aménagé pour la construction des V2. D’abord kommando de Buchenwald, Dora devint un camp autonome à partir du 28 octobre 1944. Il comportait, autour du site propre de Dora, une trentaine de kommandos (camps extérieurs). L’histoire de Dora, celle de l’usine du Tunnel et du camp, c’est à la fois une partie de l’histoire des fusées et aussi l’une des périodes les plus noires de l’exploitation des déportés dans le système concentrationnaire nazi.

Dora est l’usine-camp souterraine où la machine du guerre la plus secrète nazie exploite et tourne à plein.
Ordre d’Himmler: personne ne doit sortir vivant de Dora.
Soixante mille hommes de toutes les nationalités connaîtront l’enfer de Dora pendant ses vingt mois d’existence, vingt mille en mourront.
Les cadavres partent deux fois par semaine par camions vers le crématoire de Buchenwald, jusqu’à ce que Dora se dote d’un crématoire en septembre 1944.

Ce sont en moyenne mille cinq cents hommes qui meurent tous les mois à Dora.
Les kommandos de travail de Dora sont épouvantables. Ils s’appellent Ellrich, Harzungen, Langenstein, Helmstedt, Blankenburg, Nuxei, Osterode, Mackenrode, Rottleberode, Rossla, Leau, Laura, Schönebeck, Stempeda, Woffleben,Wieda etc.
De très grandes sociétés industrielles (AEG; SIEMENS, VOLKSWAGEN, IG Farben entre autres) soutiennent activement le production de guerre allemande à Dora.

L’usine installée au cœur du tunnel s’appelle  » Mittelwerk « . Nombreux sont les déportés français envoyés vers Dora où la mortalité est si grande, qu’on l’appelle  » le cimetière des Français « . (Consulter à propos du camp de Dora l’ouvrage historique de André Sellier,  » Histoire du camp de dora « , éditions La Découverte, 1998).

Dora a une telle importance stratégique pour les nazis qu’il cessera d’être un kommando de Buchenwald pour devenir un camp de concentration autonome en octobre 1944, celui de Mittelbau-Dora.

Le nouveau camp se dote lui-même de kommandos pour accélérer la production des V2. De nouveau, on creuse, on bétonne, on perce de nouveaux tunnels ultra-secrets pour le montage des fusées.


 

LA MÉMOIRE DE DORA

Paru dans Le Serment N°321

Le Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord-Pas-de-Calais et l’Association Française Buchenwald-Dora et Kommandos, avec le soutien de la Commission Dora-Ellrich près la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, organisent le 25 octobre 2008 à La Coupole (Saint Omer) une journée d’étude sur les déportés français au camp
de concentration de Dora (1943-1945).
Fondée sur les recherches historiques conduites sous la direction d’Yves Le Maner et d’André Sellier et sur les témoignages d’anciens déportés, cette journée se donne pour objectif d’éclairer la partie finale de l’histoire du système concentrationnaire nazi : celle où l’on observe la symbiose la plus poussée entre le travail concentrationnaire, l’industrie d’armement et l’élimination des opposants au Reich, dans le cadre de ce que Eugen Kogon a défini comme « l’État SS. »

LE DERNIER DES GRANDS CAMPS NAZIS

Dora est le dernier des « grands camps » créés par le régime nazi. Son histoire s’organise en trois grandes périodes.
La première, d’août 1943 à mars 1944, est celle de la transformation d’un dépôt souterrain de carburants stratégiques en usine de montage ultramoderne où seront
assemblés des V2, ou plus exactement des fusées A 4 surnommées Vergeltungswaffe 2 (arme de
représaille numéro 2).
Cet aménagement est confié à un kommando de Buchenwald, baptisé Dora, qui arrive sur les lieux le 28 août.
Les travaux s’effectuent dans un contexte d’urgence, d’improvisations, de violence, sans grands moyens matériels. Les détenus vivent jours et nuits sous terre
dans les conditions les plus déplorables. La mortalité est considérable. 2 882 cadavres –dont 25% sont ceux de Français- sont expédiés au cours de cette période vers le crématoire de Buchenwald et 3 000 détenus malades sont éliminés par des transports en direction de Maïdanek et Bergen-Belsen.
La production de fusées commence en janvier 1944 pour alimenter le polygone d’essai situé sur le camp SS de Blyzna, en Pologne.
A partir d’avril 1944, les détenus du Kommando Dora sont logés dans un camp neuf construit à proximité de l’entrée sud de l’usine souterraine. Il ne s’agit plus d’aménager mais de fournir de la main d’oeuvre à la chaine d’assemblage. Les fusées qui sortent de la chaine de montage sont opérationnelles depuis juin et alimentent la campagne engagée contre Londres à partir de septembre 1944. L’alimentation et les conditions d’hygiène s’améliorent. La violence recule et se déplace
vers de nouveaux camps aménagés autour de Dora (Notamment Ellrich et Harzungen) ou des chantiers
extérieurs.
Le 1er novembre 1944, le Kommando de Dora se transforme en camp autonome et reçoit le nom de Mittelbau.
Devenu camp souche, il contrôle les camps annexes d’Ellrich et d’Harzungen et tout un ensemble de kommandos. La situation se dégrade. Les effectifs du camp s’élèvent à 26 000 détenus en novembre 1944 et à près de 40 000 en mars 1945 car une partie des convois d’évacuation des camps de l’Est aboutit ici. Pour “vider” le camp et ses annexes, un véritable mouroir est mis en place dans une caserne désaffectée située à la périphérie de Nordhausen, la Boelke Kaserne.
Dans les semaines qui précèdent la libération les SS redoublent de violence et assassinent plusieurs centaines de détenus.
La fabrication de V2 ne s’arrête que le 31 mars 1945 et les SS évacuent le camp les 4 et 5 avril vers Bergen-Belsen et Ravensbruck. Dans une Allemagne en plein chaos, ces marches de la mort vont faire des milliers de nouvelles victimes.
Les textes qui suivent s’inspirent largement de la contribution d’Yves le Maner à l’ouvrage publié par le mémorial de Caen en 2007 sous la direction de Bernard Garnier, Jean-Luc Leleu et Jean Quellien et intitulé « La répression en France, 1940-1945 ».

ECRIRE L’HISTOIRE DES HOMMES

Depuis plusieurs années notre Association participe au travail mené au Centre d’Histoire et de mémoire du Nord Pas de Calais pour écrire un dictionnaire biographique des déportés français à Dora et dans ses Kommandos. Ce travail est en voie d’achèvement. On sait désormais qu’a minima 9 100 personnes ont été déportées de France vers Dora et parmi elles 550 étrangers arrêtés en France. L’analyse du profil démographique (âge, situation matrimoniale, origine géographique) et sociologique (profession…), ainsi que des motifs d’arrestation va permettre de dresser un portait collectif de ce groupe d’hommes.
Pourquoi ces 9 000 détenus ont-ils été déportés à Dora et pas dans un autre camp ? Cette question a aujourd’hui sa réponse. Nous disposons d’une connaissance fine des grands transferts de déportés français de Buchenwald vers Dora et des raisons de ce choix par les nazis.
Que sont devenus les survivants ? Les historiens allemands du Mémorial de Dora – Mittelbau et son directeur, M. Wagner, ont réalisé sur ce sujet un remarquable travail. Mais celui-ci n’est pas achevé. C’est pourquoi nous avons ouvert nos archives.

POURQUOI DORA

Le plus secret des programmes d’armement du Reich mis en oeuvre sous la responsabilité technique de Wernher von Braun consiste à fabriquer des fusées V2 en série en utilisant la main d’oeuvre concentrationnaire.
Le 17 juin 1943, les ingénieurs et responsables militaires de Peenemünde obtiennent un premier contingent de détenus allemands et soviétiques venus de Buchenwald pour mener à bien ce projet. Ce kommando, dénommé Karlshagen II, est administrativement rattaché au camp de Ravensbrück. Le 11 juillet 1943 un second groupe de déportés, là encore provenant de Buchenwald, presque tous français, des 14000, arrive à Peenemünde. Mais le 18 août, la Royal Air Force britannique bombarde le site. Dans les heures qui suivent Hitler lui-même décide de transférer la production de fusées dans une usine souterraine. Le choix du site est rapidement effectué. Il s’agit d’une colline du Harz, le Kohnstein situé en Thuringe, près de Nordhausen, à une quarantaine de kilomètres de Buchenwald.

Voir aussi :

Comment fut sauvé Marcel Dassault

 

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