Né le 5 juin 1927 dans le Xe arrondissement de Paris, il demeure avec sa famille dans le XIIIe où son père est tailleur à domicile. En 1939, à la déclaration de la guerre, la famille est évacuée vers le Maine-et-Loire comme beaucoup de familles nombreuses de cet arrondissement, elle emménage à Saint-Lambert-du-Lattay. Henri suit les cours de l’école catholique du village et obtient son certificat d’études primaires, puis entre comme apprenti chez le garagiste de la commune. Le 15 juillet 1942, il est raflé par la police allemande au domicile familial avec sa mère, sa sœur Denise et son frère Bernard. Ils sont internés cinq jours au Grand séminaire d’Angers durant lesquels son père remplace en détention sa mère pour qu’elle puisse s’occuper des enfants en bas âge, restés au domicile. Il est déporté le 20 juillet par le convoi N°8 à Auschwitz qu’il atteint le 23. Le matricule 51055 lui est tatoué sur l’avant-bras gauche. A Birkenau Henri intègre le Block en dur N°9, puis le Block N°19, celui des jeunes. Il est affecté à divers travaux de terrassement et de manutention de cailloux qui n’ont aucun but, si ce n’est de les exterminer. En août 1942, il est envoyé à Auschwitz I à la Maureschule (l’école du Bâtiment) affecté aux travaux d’agrandissement du camp de Birkenau. En octobre 1943, il réintègre Birkenau, affecté au Kommando Strassenbau (construction et entretien des routes). Le 28 octobre 1944, il est transféré au camp de Sachsenhausen, logé dans les bâtiments du Kommando Heinkel. Le 15 janvier 1945, il est envoyé directement au Kommando d’Ohrdruf qui dépend du camp de Buchenwald où il reçoit le matricule 102437. Ce Kommando est chargé de travaux de terrassement, du creusement de vingt-trois galeries et de la construction d’une voie ferrée pour la future installation souterraine de l’État-major-général de la Wehrmacht. Pour échapper à ces travaux, il parvient parfois à se cacher dans le camp au moment du départ des Kommandos de travail. Un jour, il est découvert et réquisitionné pour accompagner un convoi de cadavres au crématoire de Buchenwald. Un autre jour, il est envoyé dans la ville d’Ohrdruf chercher du ravitaillement de viande pour la cantine des SS. A cette occasion, il rencontre et noue un contact avec un prisonnier de guerre français qui travaille dans cette boucherie. Il réussit lors d’une inspection, à se faire affecter de manière permanente, à la cantine des SS comme serveur. Lors de l’évacuation du Kommando, il se cache dans la cave de la cantine, mais est découvert et incorporé à la dernière colonne d’évacuation. Profitant d’un moment d’inattention des gardes, il réussit avec son camarade à regagner le Block de la cantine et à s’y cacher entre le plafond et le toit du bâtiment. Ils y restent cachés jusqu’à que le camp soit totalement évacué et que le bruit des fusillades cesse, puis ils se risquent de nuit sur la route et se réfugient dans la boucherie d’Ohrdruf où ils sont accueillis par le prisonnier de guerre qui leur fournit des vêtements civils marqués dans le dos des lettres KG (Kriegsgefangener). Ils assistent dans leur cachette à l’arrivée des Américains et décident d’aller au devant de leurs libérateurs. Ils rencontrent deux soldats et prennent l’initiative de les emmener au camp. Devant ce qu’ils découvrent, une communication est faite à l’État-major des armées alliées ce qui entraîne la venue le 12 avril sur le site des généraux Eisenhower, Bradley et Patton. Il regagne la France et à Paris, dans leur ancien appartement retrouve sa mère et ses sœurs auxquelles il apprend le décès de leur père et de Bernard à Birkenau. En 1946, il reprend ses études et passe le Brevet élémentaire. En 1947, il obtient son baccalauréat, devient médecin en 1956 puis en 1958, s’installe comme généraliste dans le XIe arrondissement de Paris. Il a été un passeur de Mémoire au Mémorial de la Shoah, et dans de très nombreux établissements scolaires et universités de France, d’Allemagne, d’Autriche et du Canada.
Henri BORLANT est décédé le 3 décembre 2024 à Paris. Il était le seul survivant des 6 000 enfants juifs de France de moins de 16 ans déportés à Auschwitz en 1942.