LEFAURE Jacques KLB 75242

Né le 18 aout 1920 à  Cognac dans le département de la Charente, il est électricien . Il a rejoint la Résistance au sein des FTPF (Francs-tireurs partisans français)  compagnie St Just, dans le secteur sud du département de Charente-Maritime. En janvier 1942, il est responsable de la formation des résistants (grade de sous-lieutenant), dans le secteur de la Tremblade. Il participe activement aux opérations de récupération d’armes et en cache plusieurs chez lui. Il fournit aussi des renseignements sur les troupes d’occupation. Suite à une dénonciation à la Gestapo, il est arrêté le 7 août 1942, incarcéré à la prison Lafond de La Rochelle (17), puis interné au camp de Royallieu à Compiègne (60). Déporté le 23 janvier1943 à destination du camp de Sachsenhausen  qu’il atteint le 25, il reçoit le matricule 58073. Il est affecté au Kommando  Heinkel (Block 6). Il est transféré le 28 juillet 1944 au  Kommando d’Halberstadt qui dépend de Buchenwald, il devient le matricule 75242. Ce Kommando est chargé de la fabrication des ailes des avions Junkers 88. Le 22 février 1945, il est envoyé au Kommando de Langenstein chargé  du forage de tunnels pour l’installation d’une usine souterraine pour la firme Junkers. Le 9 avril 1945, le Kommando est évacué. Le 23 avril, il s’évade de la colonne avec plusieurs camarades aux environs de Wittenberg / Elbe. Il est libéré à la rencontre de l’Armée rouge.

Jacques LEFAURE est décédé le 17 février 2020 à Royan dans le département de la Charente-Maritime. Il est Chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille militaire et de la Croix de guerre 39-45 avec palme.

Comment saboter ?

J’ai été arrêté à Royan le 7 août 1942. Nous avons pris le train pour La Rochelle et avons été internés à la prison de Lafond. Ensuite nous sommes allés à Compiègne, puis, le 23 Janvier 1943, en Allemagne, à trente kilomètres au nord de Berlin. Autour de la place d’appel, il y avait une compagnie de discipline qui marchait avec un sac sur le dos. Il nous a fallu ruser pour survivre et s’inventer des professions quand on était étudiant. Par exemple, on disait que l’on était électricien, afin qu’ils nous gardent pour le travail. Moi, j’étais vraiment électricien, c’était mon métier et c’est peut être grâce à cela que je suis ici, aujourd’hui. Ils nous ont attribué un numéro, c’est tout ce que nous étions, des numéros qu’ils prononçaient en allemand, pour nous appeler. Je me souviens encore du mien : 58073.

Moi, après la quarantaine, je suis allé dans une usine qui fabriquait un quadrimoteur, Heinkel 177. C’était une usine construite dans la forêt, une usine faite pour remplacer les ouvriers qui étaient au front ou décédés. Donc, il leur fallait de la main d’œuvre. La question qui était importante pour nous à ce moment là était : comment saboter ? Je m’explique : on ne pouvait pas saboter une pièce car il y avait des contrôles, mais on pouvait saboter autrement. Si le fil devait faire cinq mètres, il faisait cinq mètres dix ou six mètres. On le coupait en petits morceaux et on le mettait à la poubelle. Il y avait beaucoup de gâchis. On en faisait le moins possible et le plus lentement possible.

J’aurais voulu clôturer cet article sur une note de gaîté mais je ne le peux pas. J’aurais voulu vous dire que j’ai été heureux quand j’ai revu mon épouse sur le quai de la gare, que j’ai fêté ma liberté mais ça n’a pas été le cas. Il m’a fallu des années pour effacer ce traumatisme, pour que ces assassinats se dissipent un peu de ma mémoire. Il m’a fallut vivre avec, et certaines nuits, j’en rêve encore…

Jacques LEFAURE, In Souvenons nous, Oranienburg Sachsenhausen, Bulletin de l’Amicale, n° 213, p.10