Jacques Lefèbvre

L’un des derniers résistants témoigne

Publié le par Bernard Bocquenet

Jeudi après-midi, dans le cadre de la préparation du concours de la Résistance et de la Déportation, une quinzaine d’élèves du collège d’Hagetmau et leur professeur, Jean-Luc Bouet, ont accueilli Jacques Lefèvre, ancien combattant, résistant et déporté, installé à Hagetmau depuis 1994. À 97 ans, il est l’un des derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale vivant dans la région.

Face à un auditoire captivé, il a retracé son parcours assez exceptionnel durant la guerre. En 1939, engagé comme charpentier de marine et exerçant aussi la fonction de pompier de bord, il navigue dans le Pacifique et le long des côtes africaines. En 1940, en application des conditions d’armistice, la flotte est stationnée dans le port de Toulon. En novembre 1942, les Allemands envahissent la zone libre et entrent dans Toulon pour s’emparer de la flotte française, Jacques Lefèvre est à bord du cuirassé « L’Océan ». Il participe au sabordage du navire.

Le marin est démobilisé en 1943. Il regagne Paris où il travaille quelque temps pour la SNCF, avant d’être réquisitionné dans le cadre du Service obligatoire du travail (STO). Envoyé en Allemagne, il est affecté dans une gare de triage à Sarrebruck. Le camp des travailleurs et la gare ayant été entièrement détruits par un bombardement allié au printemps 1944, il est transféré dans un camp plus isolé, duquel il s’évade pour traverser clandestinement la frontière et rejoindre le maquis en Alsace.

Privé de tout

Mal équipés, avec seulement un fusil pour trois et quelques grenades, les résistants sont dénoncés et capturés par une division SS. Le long calvaire de la déportation débute pour Jacques Lefèvre. Il passe dans cinq camps différents.

Interné à Dachau, il est très vite transféré à Auschwitz, où il est tatoué et affecté à des travaux de terrassement sur les bords de la Vistule, par –20°C. Privé de nourriture, soumis au froid et aux brimades des gardiens, il assiste à l’exécution de centaines de juifs. Transféré au camp voisin de Buna Monowitz, il y côtoie des prisonniers anglais. Devant l’avancée des Soviétiques, le camp est évacué et la marche de la mort débute. Les déportés survivants sont transférés sur des trains de marchandises et entassés dans des wagons bennes à ciel ouvert. Pendant deux semaines, par des températures glaciales, sans boire ni manger, après avoir traversé la Pologne, la Tchécoslovaquie et la moitié de l’Allemagne, il arrive à Buchenwald où il est envoyé à Langenstein, un camp d’extermination par le travail.

11 avril 1945 : fin du calvaire

Lorsque les Américains approchent du camp en avril, affaibli par les mauvais traitements, il ne pèse plus que 35 kilos. Il est abandonné par les SS, voué à une mort certaine. Il est libéré par les Américains le 11 avril 1945 et rentre en France quelques semaines plus tard.

Ce récit a fortement impressionné les jeunes collégiens qui ont posé des questions à cet homme au parcours exceptionnel. Ils ont désormais tous les éléments pour monter leur dossier pour le concours de la Résistance et de la Déportation et tenter de décrocher un prix, comme leurs camarades l’année dernière.

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