Jean Bourgeat (1924-2021)

Jean BOURGEAT – @ANARC70

Jean, René, Ernest Bourgeat est né le 10 novembre 1924 à Saint- Claude (Jura) dans un milieu modeste. Son père, ouvrier, est revenu de la guerre de 1914-1918 avec de nombreuses séquelles. A la séparation de ses parents, Jean Bourgeat est accueilli par ses grands-parents. Atteint de poliomyélite, il en gardera des séquelles à la jambe gauche. Il est contraint de quitter l’école après l’obtention du certificat d’études primaires et va travailler chez un maître pipier.

A Saint- Claude, il fréquente La Fraternelle, coopérative de consommation mais aussi association qui offre des activités culturelles, éducatives et sportives et qui dispose de succursales dont une à Lamoura. La Fraternelle devient en 1942 un véritable centre de la résistance et fournit le ravitaillement au maquis situé aux environs de Lamoura. Jean Bourgeat, réfractaire au S.T.O., effectue des liaisons entre la maison-mère et sa succursale pour aider les résistants.

Dans le cadre de l’opération Frühling organisée par le général Karl Pflaum contre les maquis de l’Ain et du Haut-Jura, le 9 avril 1944, 2000 hommes de 18 à 25 ans sont convoqués Place du Pré, à Saint -Claude pour un contrôle organisé et dirigé par la Gestapo. Klaus Barbie est présent. 302 hommes sont retenus et seront déportés, 186 ne reviendront pas. Comme ses camarades, Jean Bourgeat passe la nuit à l’Ecole des Filles, rue Rosset. Là, il voit Jean Lugand être abattu par un Allemand après avoir protesté contre son arrestation.

Le lendemain, ils sont conduits à la gare dans des cars et embarquent dans un train spécial. Sur les wagons est écrit : « Terroristes du Haut-Jura ». Sans nourriture pour la plupart depuis leur arrestation, ils arrivent le 12 avril au camp de Compiègne-Royallieu. Ils y restent jusqu’au 12 mai, date de leur départ pour le camp de concentration de Buchenwald (Thuringe). Ce convoi comprend 2073 personnes, parmi eux de grands noms de la Résistance mais surtout les 500 hommes raflés à Saint-Claude et à Oyonnax (Ain).

Ils arrivent le 14 mai à Buchenwald sans avoir quasiment eu à boire et à manger. Quatorze hommes sont morts durant le trajet ou à l’arrivée du transport, d’autres sont devenus fous. Jean Bourgeat devient le matricule 51864.

Il est envoyé au Petit camp où il loge sous une tente. Après la quarantaine, au Grand camp, il est affecté au Block 48 situé en limite du Petit camp puis au Block 19. Il est envoyé à la carrière. Le travail dans ce Kommando représente une des plus sévères tortures physiques que les détenus de ce camp doivent subir. Ils doivent extraire, tailler et transporter les pierres calcaires de l’Ettersberg avec les moyens les plus sommaires sous les mauvais traitements des Kapos.

Le 21 juillet 1944, il est transféré au Kommando de Wansleben installé dans une mine de sel abandonnée. Là, jusqu’au mois de septembre, les détenus creusent de gigantesques halls dans le sel, à 400 mètres de profondeur. Puis des machines-outils destinées à la fabrication des pièces d’avions Heinkel sont installées. Peu de brutalités gratuites de la part des S.S. et des Kapos. Des colis arrivent jusqu’au début de septembre.

L’évacuation a lieu le 12 avril 1945, à pied sur la route, en direction de l’est. Au bout de deux jours de marche pendant lesquels sont abattus les hommes trop faibles pour continuer et ceux qui ont essayé de s’évader, ils sont libérés par les Américains.

Jean Bourgeat, rapatrié à Paris le 20 avril, revient en voiture à Saint-Claude le 22 mai 1945.

Après une période de repos, il reprend le travail comme diamantaire.

Militant ouvrier, communiste, bon vivant, véritable guide gastronomique des restaurants du Haut-Jura, il « pousse la chansonnette » tirée le plus souvent du répertoire de La Fraternelle.

Mais, pendant très longtemps son émotion l’empêchera de témoigner.

Jean Bourgeat est décédé le 5 avril 2021 à l’âge de 97 ans à Saint-Claude. Son inhumation a eu lieu le 9 avril, date anniversaire de la rafle.

Il avait publié ses souvenirs dans deux livres : avec Jean Dupin, Le même cauchemar : Deux témoignages sur la rafle du 9 avril 1944 à Saint-Claude (Jura) et sur ses conséquences, Les Editions du Net, Saint-Ouen, 2017. Avec Maurice Choquet, Roger Jourdain, Les Jurassiens dans les camps de concentration, Association des Déportés du Jura, FNDIRP, 1988.

Il était membre, très assidu, de l’ANACR du Jura (Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance) et de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos.

Titulaire de la Médaille militaire (décret du 14 février 2002), il avait été nommé au grade de chevalier de la Légion d’honneur par décret du 14 avril 2005.

Jean Anesetti

Anne Furigo

Jean BOURGEAT et Jean ANESETTI 2019@ANARC70