BIOGRAPHIE
Né le 23 juillet 1924 à Folembray dans le département de l’Aisne, il est carrier et demeure à Luché-Pringé (72). En juin 1943, il rejoint la résistance au sein du réseau Alphonse Buckmaster en qualité d’agent de liaison, il est chargé de la récupération du matériel parachuté, puis le réseau Hercule Sacristain Buckmaster dans le groupe courrier. Il est arrêté le 23 novembre 1943, suite à une dénonciation, par la Gestapo. Interrogé par le Sipo SD d’Angers (49), il est incarcéré à la prison du Pré-Pigeon dans cette ville. Le 20 janvier 1944, il est interné au camp de Royallieu à Compiègne (60) matricule 24405. Déporté le 27 janvier à Buchenwald qu’il atteint le 29, il reçoit le matricule 43932. Il effectue sa période de quarantaine au Block 61 du Petit camp, puis intègre le Block 33 au Grand camp. Il est affecté à divers Kommandos intérieurs. Le 6 novembre il est transféré au Kommando de Dora. Le complexe de Mittelbau-Dora est évacué les 4 et 5 avril 1945. Il est incorporé le 5 dans une colonne d’évacuation en direction du camp de Ravensbrück qu’il atteint le 14. Il devient le matricule 15030. Il est de nouveau incorporé le 24 dans une Marche de la mort en direction de la Baltique. Il réussit à s’évader de la colonne en se cachant dans un fossé, puis au bout d’une semaine, il est libéré le 5 mai à la rencontre de l’Armée rouge.
Jean Maurice, dernier résistant Sénonais déporté à Buchenwald et Dora
Publié le 20/09/2015 à 16h06
Entré dans la Résistance en 1942, puis arrêté par les Allemands, le Rosaltien a été déporté seize mois dans les camps de concentration de Buchenwald et Dora.
De cette période, il a gardé la malice dans le regard. Son humour aussi. « Même dans les pires moments, j’ai toujours eu bon moral. Et je parvenais même à faire rire les autres. » Jean Maurice, 91 ans, a vécu les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne, dans les camps de concentration : Buchenwald, en janvier 1944, où plus de 56.000 prisonniers moururent?; Dora, en septembre de la même année, pour travailler dans l’usine souterraine où se fabriquaient les V2. Le Rosaltien a également survécu à la terrible « marche de la mort » qui suivit l’évacuation du camp par les SS, en avril 1945, à l’approche des troupes alliées. Sa tenue de déporté portait le matricule 43.932.
Entré en Résistance en 1941, pour avoir su dire « non » à l’occupant allemand, alors qu’il travaillait dans une carrière dans la Sarthe, Jean Maurice est devenu, au gré des circonstances, l’un de ces combattants de l’ombre qui ont côtoyé « l’horreur absolue ».
Longtemps après sa libération par les troupes russes, en avril 1945, du côté de Parchim (au nord-est de l’Allemagne), l’ancien déporté a tu le souvenir de ses seize mois de captivité. « On ne nous croyait pas. On nous prenait pour des fous à l’époque. Je n’en parlais pas. Ni même à mes trois filles. Plus tard, mes petits-enfants ont voulu savoir. » Sans doute les mots ne rendent-ils qu’une partie de la réalité. Du temps écoulé. « Car dans les camps les plus durs, on se demandait chaque soir si on aurait la force de revivre le lendemain. »
Mais parce qu’il convient de témoigner encore et encore sur « l’inconcevable », Jean Maurice a fini par briser le silence respectueux de « ce vécu qui ne vous quitte jamais vraiment ». À travers des conférences, en rencontrant des collégiens où lors de grandes cérémonies commémoratives. « Avec le temps, évoquer cette période revient pour moi à regarder un film dont je connais les moindres détails du scénario. C’est une sensation bizarre. Je suis devenu le spectateur de mon propre vécu. »
Le souvenir est vif, la chronologie des faits plus aléatoire. Les cinquante-quatre jours d’incarcération et d’interrogatoires par la Gestapo, à la prison d’Angers, en 1943 : « Les coups de nerf de bœuf étaient plus insupportables que la matraque, car ils arrachaient la peau. » Ou encore l’épouvantable voyage jusqu’à Buchenwald, entassés par centaine dans des wagons à bestiaux, sans boire, ni manger : « Les SS nous faisaient porter les corps des gars morts au cours du trajet dans le dernier wagon. Dans ces situations-là, on ne pense plus, on attend la mort. »
