Le kommando de LICHTENBURG

Inauguration du mémorial de l’ancien camp de concentration de Lichtenburg

Notre ami Bertrand Herz était invité à l’inauguration du nouveau musée du KZ Lichtenburg le 1er décembre 2011.

Situé à Prettin (Land de Saxe-Anhalt), à environ 20 km de Torgau et 60 km de Leipzig, le château Renaissance (16e siècle) de Lichtenburg (1) servit aux nazis dès 1933 de camp-prison pour y interner les opposants au régime, syndicalistes, communistes, sociaux-démocrates, etc. Ce fut l’un des premiers camps nazis ; le sinistre SS Theodor Eicke en fut un des commandants ; il y mit au point, sur le modèle de Dachau, le terrible règlement intérieur qui servit de fondement à l’organisation du système concentrationnaire.
Après la création des camps de Sachsenhausen et de Buchenwald, le camp de Lichtenburg fut fermé pour les hommes en 1937, mais interna des femmes jusqu’à la mise en service du camp de Ravensbrück en 1939 ; puis le camp, après avoir été utilisé comme arsenal SS, devint entre 1943 et 1945 un kommando de Sachsenhausen.
Après la réunification, le site resta un certain temps à l’abandon et fut même menacé de vente à un propriétaire privé. Cette situation provoqua dans les années 2000 de vigoureuses protestations de la part de l’association allemande de Buchenwald, dont les premiers internés antifascistes à Buchenwald venaient en grande partie de Lichtenburg.
La société civile s’en émut, et l’affaire fut évoquée au Bundestag.
Depuis quelques temps, les autorités politiques du Land de Saxe-Anhalt et de la République fédérale ont mis en place les moyens nécessaires à la préservation de la mémoire des camps de la région ; la décision fut prise de créer un Mémorial à Lichtenburg et d’y installer un musée, inauguré le 1er décembre.
Le jeune Directeur du Mémorial, Johannès Schwartz, au demeurant parfaitement francophone, fit visiter le nouveau musée au nombreux public présent.
Ce musée est d’une dimension modeste, mais bénéficie d’une présentation moderne : ainsi sont mis en valeur les documents (fiches, témoignages) des internés ainsi que certains objets témoignant de leur résistance, comme le dessin du château peint sur un os de boeuf ou un jeu d’échecs. Les grandes cartes géographiques translucides rendent compte de façon très pédagogique de l’évolution du système concentrationnaire nazi depuis 1933. Une vue singulière s’offre au visiteur à travers la grande baie vitrée du bâtiment moderne où est implanté le musée : un authentique château du 16e siècle, certes décrépit mais qui a encore fière allure. Le visiteur est quand même ramené à la sordide réalité nazie lorsque, traversant la cour du château, il découvre les sinistres cellules du Bunker installées au rez-de-chaussée.
Les responsables politiques du Land, dont le Ministre de la culture et le Président du Parlement, ont inauguré officiellement le nouveau Mémorial, et les témoignages de certains anciens internés ont aussi été présentés. Ainsi, Edzard Reuter a rendu hommage à son père Ernst Reuter, bourgmestre social-démocrate de Magdebourg, interné par les nazis à Lichtenburg, qui fut après la guerre maire de Berlin-ouest jusqu’en 1953. Dans la documentation du musée figure également un hommage à Olga Benario, militante révolutionnaire communiste, qui, comme certains autres prisonniers de Lichtenburg, fut assassinée au centre “d’euthanasie” de Bernburg, proche de Lichtenburg.
Le nouveau Mémorial de Lichtenburg est désormais rattaché à la Fondation des Mémoriaux de Saxe-Anhalt, créée en 2007, qui comprend également le Mémorial du camp de Langenstein-Zwieberge, kommando de Buchenwald, le centre d’“euthanasie” de Bernburg, ainsi que quelques autres lieux de mémoire de la période nazie, et aussi de la période communiste après 1945.

Bertrand Herz

(1) cf. article très complet du Patriote Résistant de novembre 2010
Site internet : http://www.sachsen-anhalt.de/index.php?id=31583