Maurice Ballet

 


Maurice Ballet 90 ans cette année

A l’occasion de l’hommage rendu, cette année, par la Mairie de Saint-Ouen pour les 90 ans de Maurice Ballet grand résistant, déporté, Chevalier de la Légion d’Honneur et toujours membre actif de la vie audonienne, son grand ami Jean Lefort nous a fait parvenir cet émouvant témoignage.(les italiques sont du Collectif)

Mon cher Maurice ,
Pourquoi ne pas redire ce qui ailleurs a déjà été dit : qu’à te voir qui penserait que tu es, que tu fus l’un des témoins et il n’en reste plus beaucoup, l’une des victimes de l’indicible, d’un monde à côté duquel L’ENFER de Dante est une aimable plaisanterie  que tu fus déporté à 20 ans et que tu connus les camps de concentration de Buchenwald et Sachso…(Oranienburg-Sachsenhausen puis Henkel)
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Fête des associations 2005. Maurice montrant sa carte de déporté devant sa femme Jacqueline

Né en janvier 1922, tu es l’aîné d’une nombreuse famille et les temps sont durs dans ton Loiret natal . En 1940, avec ton père ancien combattant de 14-18, vous ramassez les armes laissées par les soldats pendant les débacles et vous les  cachez. Ellesserviront plus tard et c’est ton premier acte de résistance.

Quand je t’ai connu (à la fin des années 50) tu étais celui qui portait la tenue rayée dans certaines manifestations, et ton visage émacié rappelait l’horreur passée. Vous veniez d’arriver à Saint-Ouen, vous habitiez dans le Vieux  Saint-Ouen…avec Jacqueline, ta femme, vous participiez rapidement à la vie politique locale et tu devenais un des piliers de la section locale de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes), et un peu plus tard après sa création avec Marcel Mugnier et le parrainage de Rol-Tanguy ( Le Colonel Rol, grand artisan de la Libération de Paris )viendrait le comité local de l’ANACR ( les anciens combattants de la Résistance).
Syndicaliste, tu fus de ceux qui avec la CGT organisèrent la solidarité avec les mineurs lors des grèves de 1963 ( grève de 38 jours soutenue moralement et financièrement par la population pour une augmentation des salaires, finalement obtenue )
Nous avons de cette époque quelques beaux souvenirs communs, qui ont marqué une amitié de plus de 50 ans.
Souvenirs de ce 12 rue Berthoud,où nous étions voisins, Bernard Épin vient de rappeler cette période ( ami de Maurice et ancien adjoint au Maire de Saint-Ouen ). Vente de l’Humanité Dimanche, sur le marché de l’avenue Michelet, collages d’affiches mais…c’était aussi le temps de l’O.A.S. quand le moindre bruit suspect te mettait en éveil quand «  tu montais la garde »
Et le RED STAR…les déplacements avec l’équipe, les regrets éternels des buts loupés lors des matches de Coupe de France, Maurice est toujours fidèle à «  L’ÉTOILE ROUGE » ( membre du Collectif des amis du Red Star depuis sa création ) pour ma part j’ai quelque peu décroché depuis des années.
Et puis…JULLOUVILLE,quand les mômes s’y comptaient par centaines et dont tu fus, sur proposition de mon père ( Fernand Lefort, Maire de Saint-Ouen de 1945 à 1979 ), le gestionnaire attentif aux finances et attentionné aux enfants mais aussi aux personnes agées, qui y venaient en vacances et que tu retrouvas plus tard comme gestionnaires des foyers-restaurants tout aussi attentif et attentionné. C’est aussi à « Jullou » que tu as reçu les premiers groupes de jeunes venus de villes jumelées et que tu as connu Yves Souptés qui était le directeur, un homme d’une grande humanité et que vous allâtes rejoindre quand ton état de santé nécessita un changement radical de cadre de vie loin de la pollution urbaine.
Le changement a été bénéfique ce dont nous nous réjouissons nous qui fêtons aujourd’hui tes 90 ans Et tu as gagné une solide expérience d’élu, comme adjoint aux côtés d’Yves Souptès qui n’était pas que l’ancien directeur de Jullouville mais le Maire et Conseiller général d’Andrest ce bourg voisin de Tarbes où tu as troqué l’amour du ballon rond contre celui du ballon ovale.
Quand vous êtes revenus à Saint-Ouen, vous avez retrouvé vos marques militant pour les ideaux de toute votre vie, défendant l’héritage des valeurs de la Résistance, du programme du Conseil national de la Résistance, et tu as retrouvé le chemin du Red Star du boulodrome toujours animé d’une formidable envie de vivre, d’un si grand amour de la vie toi qui a connu le pire et es passé si près de la mort.
Que c’est beau la vie a écrit Jean Ferrat, la tienne est belle et riche.
Qu’elle continue encore longtemps pour toi et Jacqueline

Publié le par Stéphanie Gollard.
Maurice Ballet, ce héros

Maurice Ballet a aujourd’hui 96 ans. Il vit au Château-d’Oléron depuis 2013. À l’âge de 20 ans, il fut déporté, vingt-six mois durant, dans les camps de concentration de Buchenwald et de Sachsenhausen.

« Sud Ouest » Quand avez-vous décidé de parler de ce que vous avez vécu ?

Maurice Ballet Quand le film « Shoah » est sorti, nous avons prêté serment, mes camarades et moi, celui de raconter, nous aussi. Nous avons été arrêtés et déportés car nous résistions, nous défendions la France. Nous voulions cesser de culpabiliser.

Vous avez été retenu pendant vingt-six mois dans deux camps différents. Comment avez-vous tenu ?

Nous avions la chance d’être un groupe soudé, nous nous sommes tous soutenus, du début à la fin, y compris pendant la marche de la mort dans le bois de Below les 2 et 3 mai 1945 (qui a fait plus de 10 000 victimes, NDLR). Notre groupe a survécu dans son intégralité. Et c’est parce que nous sommes restés solidaires dans l’adversité. Nous étions une équipe soudée.

Aujourd’hui, vous témoignez encore. De quelle façon ?

Je me rends, chaque année, dans les collèges de l’île, auprès des élèves de 5e, 4e et 3e, et j’aide les 3e à préparer leur brevet et leur participation au Concours national de la déportation et de la résistance. L’an passé, ils ont raflé beaucoup de prix, dont le premier ! Je travaille en concertation avec les professeurs d’histoire des collèges de Saint-Pierre et du Château-d’Oléron. Les élèves sont toujours très intéressés et me posent beaucoup de questions.

Michel Parent, le maire du Château-d’Oléron, vous soutient aussi dans vos actions.

En effet, avec Michel Parent (1), nous avons réfléchi à une action sur la commune et organisons désormais des actions pour cette journée d’avril.

(1) Michel Parent, quant à lui, tient à saluer le dévouement de l’épouse de Maurice Ballet, car « derrière chaque héros, il y a une femme ».