Pierre Breton (1914-1993) KLB 44109

Biographie de BRETON Pierre, matricule 44109 à Buchenwald, Mittelbau-Dora

Né le 22 novembre 1914 à Paris 1er, Pierre Breton est pupille de la Nation, son père a été tué en octobre 1914 au début de la Première Guerre mondiale.

Après ses études secondaires, il obtient en 1931 un certificat d’aptitude d’opérateur radiotélégraphiste.

Début janvier 1934, il s’engage dans l’Aéronautique navale (matricule 60c34). En 1940, son hydravion est abattu par l’ennemi, tuant son mécanicien. Grièvement blessé, il est soigné à la Seyne-sur-Mer et démobilisé le 21 septembre 1940 comme maître radio volant de réserve.

Le 1er janvier 1942, il est engagé comme agent P2 (assimilé lieutenant) dans le réseau F2 du colonel Edwin (Lt-colonel Gilbert Foury), dans le maquis de Frasnois, dans le Doubs, avec le matricule R236, sous le pseudonyme de « Pierre Delsol » ou celui de « Bichon », surnom du fils de sa compagne Denise, et d’une fausse profession de « cultivateur dans le Doubs ».

Chargé de missions, il participe à différentes activités de résistance dont celle de recrutement.

Le 10 août 1943, Pierre Breton est arrêté par la Gestapo de Besançon, à la Ferme de Frasnois, près de Besançon.

Sont arrêtés avec lui : Fanny Schlegel, Georges Maurivard, et sa compagne Denise Risch, née Dumas. Au lendemain de la guerre, ils apprendront qu’ils ont été dénoncés par un agent double d’origine bretonne.

Fanny Schlegel et Denise Risch seront déportées à Ravensbrück par le convoi dit des 27000.

Fanny, matricule 27542, rentrera, en avril 1945, libérée par la Croix-Rouge.

Denise, matricule 27528, sera libérée du kommando de Zwodau le 8 mai 1945.

Georges Maurivard décèdera à Dora (matricule 38317) le 16 janvier 1944.

Pierre Breton sera interné à la prison de Besançon jusqu’au 10 janvier 1944, il transite par celle de Dijon où il fait la connaissance de Roger Fouillette parisien comme lui.

Il est transféré, le 24 janvier 1944, au camp de rassemblement de Royallieu, à Compiègne (Oise), où il reçoit le numéro 27841. Deux jours plus tard, il pourra dialoguer cinq minutes avec sa compagne Denise arrivée dans ce même camp.

Du Frontstalag 122, Pierre Breton et Roger Fouillette sont déportés vers Buchenwald par le convoi parti le 27 janvier 1944.

Avec 1584 détenus recensés à ce jour, après trois jours et deux nuits entassés dans des wagons, sans air, avec une seule « soupe » à Trêves, le convoi arrive, le 29, à Buchenwald.

Pendant la période de quarantaine, Pierre Breton, matricule 44109, se déclare électricien. Assigné au Block 48 à Buchenwald, il est astreint à des corvées à la carrière et au « jardin ». Il est aux côtés de Louis Garnier (matricule 44259), Michel Delaval (matricule 44216), Gustave Estadès – surnommé Tatave – (matricule 44263), Maurice Clergue (matricule 44121), du prêtre Robert Ploton (matricule 44015), de Marcel Leprêtre (matricule 44262), Paul Mallet (matricule 44127).

Le 13 mars 1944, avec 797 détenus, il est transféré en train au Kommando de Dora.

Pierre Breton est d’abord affecté au déblaiement d’un tunnel en construction puis, en avril – ou mai -, il fait partie du Kommando extérieur, le Zanbau, chargé du transport et de la pose de poteaux, d’isolateurs et de fils barbelés pour construire une clôture électrifiée autour du camp. Ces activités sont rendues très difficiles par le manque d’outils, les coups, le froid et la pluie du massif du Harz ainsi que par la sous-alimentation permanente, mais il n’est plus dans le tunnel. Pendant quelques semaines, se rappelle-t-il, il ira, avec cette brigade, poser une clôture autour du camp d’Harzungen, qui deviendra une annexe de Mittelbau-Dora en novembre 1944.

De nouveau, il est affecté dans le tunnel de Dora où sont assemblées les fusées A4-V2. Logé au Block 102, il est assigné à l’appareillage électrique des cônes de torpille dans le Kommando Bünneman, l’un des plus importants de cet ensemble, situé dans le Hall 28, au milieu de l’usine souterraine, et ce jusqu’au début avril 1945.

À plusieurs reprises, il est contacté par des déportés français pour saboter le travail et ainsi retarder la fabrication des fusées, sachant que ces actes conduisent directement à la pendaison. Il se souvient avoir dû y assister sur la place d’appel et dans le tunnel. Il précise également que leur « amusement » est de crever les pneus des vélos des Meisters ou des SS, avec les mêmes risques.

Le 4 avril 1945, devant l’avancée des armées alliées, les SS décident l’évacuation de Dora.

Pierre Breton et ses camarades quittent Dora en wagon à bestiaux puis à pied « marche de la mort » vers le nord-est.

Ils arrivent à Ravensbrück le 14 avril et sont à nouveau évacués à pied le 26 avril.

Le soir du 29 avril 1945, profitant que la colonne s’étire dans une forêt du Mecklembourg et de l’obscurité, il s’évade en compagnie de Louis Garnier, Michel Delaval et Maurice Clergue, avec lesquels il est lié depuis plus d’un an.

Alors qu’ils font du feu pour se réchauffer, un SS les met en joue, tire sur Louis Garnier le blessant à l’épaule. Mais la mitraillette s’enraye (anecdote rappelée par les 4 témoins). Le SS les livre à un capitaine de la Luftwaffe qui, après les avoir interrogés, les cache dans une ferme, près de Fürstenberg, d’où ils sont libérés, le 30 avril, par l’armée soviétique.

Une semaine plus tard, le groupe rejoint un camp de recensement, près de Magdeburg d’où ils sont rapatriés en France.

Rentré par le train via Hirson (Aisne), Pierre Breton arrive à Paris, le 4 juin 1945, au centre d’accueil de l’hôtel Lutetia.

Il retrouve sa mère dont l’appartement a été mitraillé par la Gestapo, sa compagne survivante de Ravensbrück et de Zwodau, qui, elle-même, a retrouvé son fils Robert, dit « Bichon », âgé de 5 ans.

Ils se marient à la Mairie du 1er arrondissement de Paris le 7 février 1948.

En 1950, Pierre Breton devient entrepreneur de Travaux Publics à Paris.

Après la mort de sa mère, la famille quitte Paris en 1952 pour résider à Sartrouville (Seine-et-Oise).

Pierre Breton sera élu Secrétaire général de la FNDIRP de Seine-et-Oise la même année.

Il sera élu maire-adjoint de cette ville de 1959 à 1977.

En novembre 1967, il sera témoin à charge au procès des SS de Dora (Bischoff, Sander et Busta) à Essen (RFA), délégué par l’Association française de Buchenwald-Dora dont il est un vice-président très actif (organisations et accompagnements de pèlerinages, de Congrès, émission du timbre postal Marcel Paul en 1992, etc…).

Egalement membre très actif de la Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), il effectuera de multiples missions d’aides humanitaires dans les pays en guerre et assistera en 1987 au procès de Klaus Barbie à Lyon.

Jusqu’à son décès le 8 décembre 1993, à Maisons-Laffitte, il gardera des liens profondément amicaux avec ses trois camarades de déportation.

 

Décorations :

Croix de guerre avec étoile de vermeil (24 juillet 1940)

Médaille commémorative de la Guerre 39-45 avec barrette (26 avril 1948)

Croix du Combattant volontaire de la Résistance (5 janvier 1952)

Médaille militaire (10 mai 1958)

Croix de la Reconnaissance tchécoslovaque (12 mai 1969)

Chevalier de la Légion d’Honneur (9 octobre 1975)

Officier de la Légion d’Honneur (3 mai 1983)

 

Cf Bu 7/2-9/9- Liste Amicale de Buchenwald ; RT « Mémoire Vivante » (78) ; Liste Do ; DS ; « Histoire de Dora », André Sellier p. 147, p. 390 ; fonds André Sellier SEL/190 (La Coupole).

  1. Fouillette (matricule 44823) sera transféré au kommando de Ellrich.