Pierre Suzor (1922-2020) KLB 43981

Pierre Suzor est mort le 23 juin dans sa 98e année. Membre de notre Association, il était aussi membre du Beirat (conseil des détenus) du Mémorial de Buchenwald.
Né le 2 juillet 1922 au Cap (Afrique du Sud), il passe son enfance et son adolescence au Canada (Vancouver) et en Australie (Sydney). En 1938, il intègre le lycée français de Tanger (Maroc) où son père, diplomate, a été affecté. Jusqu’alors anglophone, il y apprend le français.
En octobre 1942 il rejoint Lyon (France) pour poursuivre ses études supérieures, Droit, Sciences Po. Il ignore alors à peu près tout de la guerre, du nazisme, de l’occupation, son père voyant en Pétain un aimable vieillard.
En novembre 1942 l’occupation de la zone sud par les troupes nazies lui fait prendre conscience des réalités de la situation. Il est sur les quais du Rhône, rive droite, il pleut, « un petit crachin bien lyonnais » se souvient-il et il voit les motards, les camions, les blindés de l’armée allemande qui défilent.
« Il me fallait du concret pour comprendre. Je l’avais. C’est ce déploiement de force brute qui a tout changé ».
En mai 1943, en cherchant à rejoindre Londres, il entre en contact avec la Résistance et devient membre du service de liaison du Commandant Marcel Descour qui structure, en région lyonnaise, le mouvement « Organisation de résistance de l’Armée ». Descour deviendra chef d’état major de l’Armée Secrète et organisera les maquis du Vercors et de l’Ain. Il participera à la Libération de la ville de Lyon dont il deviendra Gouverneur militaire.
Au service de Descour, Pierre Suzor accomplit des fonctions variées : liaisons, faux papiers, transferts d’armes, organisation de parachutages. Ses activités et celles de ses compagnons, une trentaine, ont été décrites dans un livre, « L’équipe, Lyon, 1943-1944 », paru en 2006 à Montpellier.
Pierre Suzor est arrêté à Lyon le 22 octobre 1943 et la plus grande partie de son réseau est démantelée. Après une période d’internement à la prison allemande de Montluc, il est transféré à Compiègne-Royallieu en janvier1944, puis vers Buchenwald par le convoi du 27 janvier 1944, dans le cadre de l’opération Meerschaum. Avec l’un de ses compagnons, il tente une évasion avant Chalons-sur-Marne, mais d’autres l’ont tentée avant lui et le train s’arrête. Ils termineront le voyage privés de vêtements. Il reste au camp central jusqu’à la libération, matricule 43981. Il y est enregistré comme étudiant et va changer deux fois d’affectation. Il fait partie de la résistance dans le camp : solidarité, diffusion d’informations, résistance aux « marches de la mort ». Kurt Koenig, l’un des antifascistes allemands parlant français et responsable du Block 34 l’a repéré et engagé dans le mouvement clandestin.
Après la libération du camp et jusqu’au 1er mai 1945, Pierre participe au ravitaillement du camp libéré, en réquisitionnant des vivres dans la région.
Il est de retour à Paris le 8 mai 1945.
Il débute des études d’ethnographie au Musée de l’Homme. Puis, pour des raisons diverses, en particulier pour gagner sa vie, il devient professeur d’anglais. D’abord comme professeur remplaçant dans quelques lycées parisiens (Condorcet, Voltaire etc…), dans des classes préparatoires à des grandes écoles : Supélec, métiers du cinéma, etc.
Il terminera sa carrière de professeur titulaire en 1980, au lycée Joffre à Montpellier.
Engagé politiquement et syndicalement, il a multiplié les témoignages sur sa résistance et sa déportation à Buchenwald dans le cadre des préparations au Concours national de la Résistance et de la Déportation. Son témoignage a fait l’objet d’une pièce de théâtre écrite, jouée et filmée par des élèves du collège Les Escholiers de la Mosson, à Montpellier et portant le titre « Rester Debout ».
Quand il parlait de sa résistance, de sa déportation, il insistait beaucoup sur l’acceptation des différences et la nécessité de se révolter devant les injustices.
Il était chevalier de la Légion d’honneur et Croix de guerre 39-45.

Paru dans Le Serment N°378