René Pernot


Quand des collégiens rencontrent un ancien déporté

Déporté très jeune puisque à 15 ans et demi et bénéficiant encore d’une belle énergie et d’une facilité d’élocution remarquable, R. Pernot, 84 ans, a su captiver les jeunes en répondant à leurs questions.

Parmi les classes qui ont profité de l’exposition « Résister dans les camps nazis » pour une leçon d’histoire « hors les murs » de leurs établissements, une classe de troisième du collège Chintreuil, emmenée par leur professeur d’histoire Mme Arcil, a eu la chance d’échanger avec un ancien déporté, René Pernot, un habitant de Cormatin en Saône-et-Loire. Déporté très jeune puisque à 15 ans et demi et bénéficiant encore d’une belle énergie et d’une facilité d’élocution remarquable, R. Pernot, 84 ans, a su captiver les jeunes en répondant à leurs questions.

– Pourquoi avez-vous été déporté ?

– C’est mon père, résistant, que les miliciens recherchaient. Comme il avait pu se sauver à temps, ils m’ont emmené à sa place. C’était le 16 novembre 1943. Après un passage à la prison de Montluc, direction le camp de Buchenwald, dans des wagons à bestiaux. J’ai déjà eu la chance de résister au « voyage ».

– Comment avez-vous pu résister à la vie des camps ?

– J’étais jeune donc mentalement, je n’ai pas vécu ça comme des adultes, des parents qui souffraient de la séparation d’avec leurs enfants par exemple. Et physiquement, j’étais assez costaud et résistant grâce sûrement à des années de scoutisme. Et puis j’avais la foi aussi. Mais je reconnais que j’ai eu de la chance car il suffisait d’un rien pour que tout bascule… Il ne fallait surtout pas se faire remarquer pour avoir une chance de survivre.

– On vous donnait à manger ?

– Le matin, un peu de pain avec une espèce de margarine et un liquide noir en guise de café… rien à midi et la soupe le soir. Comme ils travaillaient très dur dans des carrières, des usines ou sur les voies ferrées, les déportés devenaient d’une maigreur épouvantable et ne pouvaient que s’affaiblir. En fait, c’était une mort lente.

– Des gros travaux, une nourriture insuffisante, qu’est-ce qui était dur aussi ?

– Le fait de ne plus être considéré comme des personnes puisqu’on n’avait plus de nom dès l’arrivée dans un camp. On nous donnait un numéro qu’il fallait bien retenir, en allemand bien sûr, pour répondre à l’appel lors des innombrables regroupements des prisonniers.

– L’exposition s’intitule « Résister dans les camps nazis », qu’est-ce que cela signifie ?

– Ce n’était pas une résistance avec des armes évidemment. C’était résister à des conditions inhumaines en essayant de survivre déjà. Et puis être solidaire mais c’est difficile quand on n’a rien. Alors, ça pouvait être aider un copain plus faible dans son travail, toujours sans se faire remarquer ; si on était affecté à la distribution de nourriture, donner un peu plus ; se soutenir moralement les uns les autres.

– Comment avez-vous été libéré ?

– Quand ils ont compris que c’était fini pour eux, les nazis ont voulu éliminer les camps avant l’arrivée des alliés mais ils n’ont pas pu. Nous, une partie des déportés de Buchenwald, avons été convoyés à Dachau. 21 jours de train : de 5 000 au départ, nous n’étions plus que 830 à notre arrivée à Dachau et tous avec le typhus ! C’est à Dachau que j’ai été libéré.

Silence…

Voyez comme il est important que ce genre de choses ne se renouvelle pas. C’est à vous les jeunes générations de décider de préserver la paix et la liberté pour tous. J’insiste mais c’est tellement important car d’autres camps de concentration ont existé dans d’autres pays dans un passé plus proche alors il faut vraiment rester très vigilant et faire en sorte que cela ne se reproduise plus.

Maryvonne Berthoud,

Correspondante


Les élèves du lycée Wittmer ont rencontré René Pernot déporté à Buchenwald

Le Jeudi 16 février 2017, une trentaine d’élèves de 2nde et de 1ère inscrits au Concours National de la Résistance du lycée Julien Wittmer a reçu M. René Pernot.

Le sujet du concours portant sur la « déshumanisation dans l’univers concentrationnaire nazi », le témoignage de M Pernot, arrêté le 16 novembre 1943 alors qu’il n’avait pas encore 16 ans, est lourd de sens.

Fils d’un résistant de Cormatin, arrêté avec son grand-père, emprisonné au fort de Montluc à Lyon puis déporté à Buchenwald, M Pernot a raconté aux lycéens ses conditions de détention et l’enfer de la vie dans les camps nazis. Il a notamment expliqué la dureté du voyage, l’arrivée au camp et son travail dans une carrière ainsi que dans une usine de la Ruhr. Avec simplicité, mais aussi humour, M Pernot évoque ces moments douloureux en répondant aux questions des élèves. Il parle aussi avec émotion de son retour à Cormatin et des retrouvailles avec sa famille après la guerre ainsi que de la nécessité du devoir de mémoire.

La parole des témoins est essentielle pour faire comprendre aux plus jeunes la réalité de cette période sombre et le discours de M Pernot, sobre et poignant, a suscité de nombreuses questions de la part des élèves. Les échanges entre les lycéens et ce témoin de notre Histoire furent enrichissants et marquants pour tous.

Le message de M Pernot est clair : la compréhension du passé est indispensable à la construction des citoyens de demain.

M Morel et M Romiszvili, professeurs d’Histoire-géographie