Témoignage de Alfred ROTELLA

Kommando HOHWACHT

Nous sommes partis de Buchenwald le 26 octobre 1944 et sommes arrivés au camp de Neuengamme le 27. On nous a attribués un nouveau matricule – pour moi le 63667.

Nous restons quelques jours à Neuengamme et partons le 14 novembre 1944 pour le Kommando Hohwacht (1), où nous arrivons le 16. Là, nous travaillons sur des pièces destinées aux fusées V1 et V2. Ce Kommando est composé de 200 détenus de plusieurs nationalités. Pour ma part, je faisais partie d’un groupe de quatre Espagnols arrêtés en France.

Nous sommes restés à Hohwacht jusqu’en avril 1945 et avons été évacués, avec nos gardiens, lors de l’avance des troupes alliées. Nous sommes arrivés dans le village de Rathmansdorf, je crois, et avons dormi dans une grange. Le 3 mai 1945, un de nos gardiens qui parlait le français pour avoir été prisonnier lors de la guerre de 1914-1918, nous dit : «Si vous voulez je vous fais passer de l’autre côté du canal de Kiel et, après, moi je rentre chez moi, car pour moi la guerre est finie.»

Nous sommes partis, un groupe de vingt camarades, (4 Espagnols, 6 Belges et 10 Français), escortés par ce gardien qui avait été rappelé à la fin parce que l’on manquait de SS. En arrivant au pont sur le canal de Kiel, nous sommes arrêtés par des gardiens qui surveillent le pont. Notre gardien leur dit qu’il avait ordre de nous escorter pour réparer une route qui avait été bombardée. Nous passons et arrivons à Kiel. Là, le gardien nous abandonne.

Nous passons la nuit dans un bunker et le lendemain nous décidons d’essayer d’aller au devant des troupes alliées. Nous partons sur la route et en cours, nous devons laisser un camarade belge âgé qui ne peut plus marcher dans un camp de prisonniers français que nous trouvons en route. Nous arrivons à Neuenmunster sans rencontrer de troupes alliées mais nous voyons sur la route des panneaux qui signalent leur passage.

Nous allons à la mairie pour demander un hébergement. Ils appellent la police locale et nous nous retrouvons en prison où nous restons trois jours. Nous faisons du tapage et un gardien vient nous voir. Nous demandons à rencontrer le directeur. Après des palabres, des soldats alliés viennent; nous leur disons que nous sommes des soldats. Ils nous font libérer aussitôt et nous arrivons dans une caserne d’anciens soldats allemands. Ils nous demandent nos noms et adresses en France. Nous sommes enfin des hommes libres.

Le 20 mai 1945, nous partons de Neuenmunster et arrivons à Lübeck. Nous y restons trois jours et partons pour Rhene. Le lendemain, en camions de la Croix Rouge, nous sommes dirigés vers un camp d’aviation pour être rapatriés à Bruxelles. Le 24 mai, nous prenons un train de Bruxelles jusqu’à Lille. Ensuite, Paris, l’Hôtel Lutétia, puis Toulouse et enfin le 26 mai, arrivée à Auch.

Voici quelques noms de camarades qui étaient avec moi dans ce Kommando: Gilbert Chevalier, Albert Gachet, Jean Garreau, André Gaubert, Robert Genty, Louis Lempereur (belge), Louis Nègre, Pucheul (?), Michel Estève (espagnol), Ispicia (espagnol) et Lancia (espagnol).

(1) Ce Kommando était situé en bordure de la mer Baltique, dans la région de Kiel

Texte publié en janvier-février 2003 dans Le Serment N° 287