Témoignage de Victor ODEN

Langenstein – Malachit

Langenstein-Malachit, commando d’extermination situé dans un marais près d’ Halberstadt et dépendant de Buchenwald. On ne connaît pas le nombre de déportés qui y furent exterminés, son effectif étant toujours d’environ 4.000 hommes.

Je fus envoyé à Malachit après un sabotage à la Mi-Bau et mon refus de travailler chez  » Heinkel  » à Halberstadt. On ne peut, en quelques lignes, relater les souffrances endurées par les déportés dans l’enfer de Malachit.

Réveil matinal à 3h.30 -corvées diverses – appel pour le départ  » au tunnel « . Encadrés par les S.S. et leurs chiens, tel un troupeau de vaches, les déportés se rendaient à l’usine souterraine  » Hermann Goering  » située à 3 km du camp. Nous avions appris à dormir en marchant.

Cette usine commençait la fabrication de bombes volantes (V 2), mais la majorité des déportés étaient affectés au creusement des galeries.

– Appel en arrivant sur les lieux de travail.
– Mise au travail effectuée comme il se doit sous les coups de crosse de  » gummi  » et autres.
– Pas de pause le midi (sauf dans le dernier mois de notre captivité).
– Arrêt du travail vers 19 heures.
– Appel avant le retour au camp.

C’est là que les difficultés commençaient. Si 3.500 hommes étaient partis au travail, il fallait, bien entendu, qu’ils rentrent au camp. La moyenne journalière des rentrées était d’environ 3.350  » valides  » comme pouvaient l’être les concentrationnaires, et 150 morts que nous devions chercher partout dans les galeries (morts d’épuisement, assassinés par les S.S., écrasés par les wagonnets circulant en tous sens, etc … ).

Quand l’effectif était au complet, après un 2ème ou 3ème appel, nous rentrions au camp traînant les cadavres dans les chariots. Il pouvait être 21 heures. Nouvel appel dès l’arrivée. Corvée des morts dans les fosses communes situées en dehors du camp.

Après ce service funèbre, nouvel appel et enfin nous rentrions au block pour y avaler un litre de lavasse servi depuis le midi et 100 ou 150 grammes de pain.

Pour clôturer la journée, une corvée quelconque : nettoyage du block, revue  » mémorable  » de poux… et nous prenions un repos bien gagné. Il était 11h30 ou minuit, la notion du temps était quelque chose de totalement inconnu après quelques semaines à Malachit. Voici brièvement résumée une journée « Malachit ».

Texte publié le 1° trimestre 1961 dans Le Serment N° 47