Disparition de Günter Pappenheim

Communiqué du 1er avril 2021 du Comité International Buchenwald Dora

Günter-Pappenheim
Photo : Andreas Domma

A quelques jours de la commémoration du 76e anniversaire de la libération de Buchenwald, à laquelle il avait participé, notre ami Günter Pappenheim, premier vice-président du Comité international Buchenwald-Dora et Kommandos vient de décéder. Il était âgé de 96 ans. Il représentait les internés allemands et était premier vice-président du Comité international depuis l’année 2001.

Günter Pappenheim n’a jamais cessé d’affirmer sa fidélité au Serment de Buchenwald en dénonçant avec constance « les forces qui ressurgissent pour ranimer le nationalisme et la pensée völkisch, pour promouvoir les idéologies racistes, xénophobes, antisémites et anti-tsiganes ». De même il s’insurgeait contre les déclarations de l’extrême droite allemande qui se refusait à voir dans l’idéologie du IIIe Reich autre chose qu’une « fiente » de l’histoire, et regrettait aussi la pusallinité de la police allemande dans la recherche des auteurs des crimes d’extrême droite contre des immigrés et des personnalités politiques allemandes.

Il encourageait la transmission des connaissances de l’histoire de Buchenwald et, plus largement de la période du nazisme auprès des nouvelles générations regrettant, là aussi, que cette transmission régresse et fragilise la politique mémorielle allemande.

Les contributions de Günter Pappenheim au travail du Comité international ont permis à celui-ci d’être écouté, respecté et accepté comme représentant qualifié des milliers d’internés et déportés   de Buchenwald.

Attaché à la fraternité entre les peuples et la paix entre toutes les nations, Il tenait de son père, Ludwig Pappenheim, personnalité politique, assassiné par les nazis en 1934 dans un des premiers camps de concentration, un amour qui ne l’avait jamais quitté pour la France. Cet amour a été en grande partie la cause de son internement à Buchenwald puisqu’il n’avait pas hésité à jouer l’hymne de la Marseillaise, en juillet 1943, pour des prisonniers de guerre français qui travaillaient dans l’usine de Schmalkalden, où il gagnait son pain.

La France lui a été reconnaissante en lui décernant la Légion d’honneur. L’Allemagne l’a honoré en le décorant de la Bundes Verdienstkreuz et la Thüringe de la Thüringer Verdienstkreuz. Il y a quelques semaines il avait été nommé citoyen d’honneur de la ville de Weimar.

Avec Günter Pappenheim une mémoire vivante du XXe siècle et de ses conflits vient de s’éteindre. Elle nous a beaucoup appris et donné. Nous la gardons dans nos cœurs et nos esprits et saurons la faire vivre.

Dominique Durand, Président du Comité international Buchenwald, Dora et Kommandos

La mémoire à l’épreuve de la Déportation

Du 11 au 13 mars 2021 la Faculté de Théologie de L’Université catholique de Lille poursuit sa réflexion sur la déportation. Cette année, son travail porte sur la mémoire de la déportation, sa construction, ses débats avec le passé, son utilité dans le présent (Cambodge et Rwanda) mais aussi son instrumentalisation pour justifier système concentrationnaire et génocide

Programme et horaires disponibles sur le site www.cathyleblanc.fr

inscription et liens internet de participation auprès de cathy.leblanc@univ-catholille.fr

Mise en ligne du N°377 du Serment

 

SOMMAIRE
Edito, p.2
Actualités, p.3
– Buchenwald et la Journée de la Déportation
– La conférence de Nikolaus Wachsmann à la Sorbonne
– Un memorial pour le Kommando de Berga-Elster
– Kommandos Martha 1 et Martha 2
– Kommandos Hasag Leipzig
– Les antifascistes allemands fragilisés
– Antifascisme = terrorisme
– Le 8 mai 1945 : Regarder l’Histoire à travers « le prisme des persécutés »
Dossier 75e anniversaire de la libération
du camp de Buchenwald, p.8
– 1 000 arbres pour Buchenwald
– Déclaration de Thuringe
– Discours de Dominique Durand
– Discours de Günter Pappenheim
– 75e anniversaire de la libération du camp de Langenstein-Zwieberge
– 75e anniversaire de la libération du camp de Dora
Dons 2020, p.17
Dans nos familles, p.18
Lecture, p. 20

MESSAGE DE L’ASSOCIATION FRANCAISE BUCHENWALD, DORA ET KOMMANDOS POUR LE 75e ANNIVERSAIRE DE LA LIBERATION DU CAMP DE BUCHENWALD

11 AVRIL 2020

75 ans après le 11 avril 1945, nous honorons la mémoire des déportés de Buchenwald et saluons le combat clandestin pour la dignité et la destruction du nazisme que beaucoup ont mené au péril de leur vie.

A Buchenwald et dans ses 139 kommandos, entre 1937 et 1945, 249.570 hommes et 28.230 femmes de plus de cinquante nationalités ont été enfermés, dont plus de 20.000 hommes et 1.800 femmes français. Parmi eux, 56.000 ont été assassinés ou sont morts des terribles conditions imposées par les nazis.

En ce jour, nos pensées sont solennellement tournées vers les disparus et les survivants, ainsi que leurs familles.

Nous adressons à la poignée de derniers rescapés un message d’amitié et de fraternité, renforcé par les circonstances extraordinaires actuelles qui empêchent la tenue des commémorations prévues et provoquent l’isolement de tous.

Le 11 avril 1945, les troupes américaines découvraient le camp de concentration de Buchenwald. Les combats avaient provoqué la fuite des SS et permis le déclenchement d’une insurrection des déportés, préparée depuis plusieurs mois et menée courageusement par les membres de l’organisation clandestine de Résistance. Les libérateurs étaient accueillis par les survivants, les armes à la main, un événement unique et majeur.

Buchenwald était alors le plus important des camps nazis.

Buchenwald allaient devenir le symbole de cette Résistance à l’oppression nazie qui s’est poursuivie au cœur de l’enfer concentrationnaire.

Réunies au sein du Comité des intérêts français dirigé par Frédéric Henri Manhès et Marcel Paul, les familles de la Résistance française refusèrent de céder à l’abattement et organisèrent au mieux dans des conditions dramatiques, la solidarité, le sabotage, le soutien moral et le sauvetage des vies, en s’appuyant particulièrement sur la composante communiste.

Au nom de ce combat commun contre le IIIe Reich, nous ne saurions admettre que la spécificité du nazisme et du fascisme soit niée et que les nazis et leurs collaborateurs soient confondus avec ceux qui en furent des opposants de premier plan, au mépris de l’histoire et des mérites rendus. Nous dénonçons également toutes les tentatives de négation ou de banalisation des crimes nazis, qui visent à réhabiliter en Allemagne et ailleurs les meurtriers, leurs complices et relégitimer les tenants d’une idéologie coupable et de ses dérivés.

Nous saluons la mémoire des soldats alliés qui sacrifièrent leur vie pour défaire le IIIe Reich et ses complices, permettant ainsi aux survivants de retrouver la liberté.

75 ans après le 11 avril 1945, nous proclamons notre fidélité au souvenir des déportés de Buchenwald en refusant l’oubli de leurs vies, de leurs combats et de leur martyr, et l’absolue nécessité de l’enseignement de l’histoire du système concentrationnaire et génocidaire nazi et de la transmission de la mémoire des victimes, par-delà les époques et les générations.

Ces quelques années dans l’histoire de l’humanité marquent bien au-delà par les ressorts qui incarnent la propension des hommes à s’autodétruirent et à remettre en cause l’unicité de l’espèce humaine.

Le « Serment de Buchenwald », adopté le 19 avril 1945 sur l’ancienne place d’appel, proclame : « Notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté ». Cette proclamation demeure la nôtre plus que jamais, rescapés, familles de déportés, amis membres de l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos. Au nom de cet héritage, nous refusons toutes les dérives autoritaires et rappelons notre profond attachement aux valeurs républicaines et démocratiques, face aux menaces qui n’ont pas disparues et qui se développent encore et toujours, sous de nouveaux et d’anciens visages.

Gardons vivante la mémoire des déportés de Buchenwald et des camps nazis, gardons vivante la vigilance et l’espérance qu’ils nous ont léguées.

Olivier LALIEU

Président de l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos